Semaine du 13 au 19 décembre 2017 - Numéro 1204
Le fondateur renversé
  Dans une décision imprévue, le parti des Egyptiens libres a destitué son fondateur, le célèbre homme d'affaires Naguib Sawirès. Une mesure controversée qui affiche au grand jour les divisions
Le fondateur renversé
Sawirès a partagé son intention d’intenter un procès contre ces récentes décisions qu’il considère « illégales »
May Atta04-01-2017

Le parti des Egyptiens libres, fondé en 2011 par l’homme d’affaires Naguib Sawirès, fait face à des dissensions intestines. Cette semaine, le fondateur en a lui-même été victime.

Vendredi 31 décembre, l’assemblée générale du parti a été réunie sur la demande de Essam Khalil, cadre du parti hostile au front de Sawirès. A la suite de cette réunion, il a été décidé de modifier le règlement interne du parti et de dissoudre son conseil d’administration dont Sawirès était membre. Via Twitter, Sawirès a partagé son intention d’intenter un procès contre ces récentes décisions qu’il considère « illégales ».

« Je me suis éloigné du parti car je n’étais plus satisfait de ses performances. C’est pourquoi je m’étonne aujourd’hui de voir des gens fomenter un litige pour m’écarter définitivement du parti. Je me demande quels sont leurs vrais motifs ? », a réagi Sawirès.

Le conseil d’administration a lui aussi dénoncé les décisions de l’assemblée générale. Dans un communiqué publié samedi, le conseil a affirmé qu’il s’agissait d’un « coup antidémocratique ». Le communiqué a noté que cette série de décisions contredisait l’article 59 du règlement du parti qui exige l’accord du conseil d’administration avant tout amendement. De son côté, Essam Khalil a dénoncé « l’autoritarisme » de Sawirès. « Qualifier de coup la volonté de la majorité de l’assemblée générale est un détournement de la vérité. Ces décisions reflètent la volonté de la majorité des membres du parti qui souhaitent se débarrasser de l’hégémonie du conseil d’administration. Celui-ci est dominé par Sawirès qui a toujours entravé les tentatives de réformes ».

Comme beaucoup de nouveaux partis, le parti des Egyptiens libres est né à l’issue de la révolution du 25 janvier 2011. Fondé par Sawirès, il est devenu en peu de temps l’un des plus grands partis politiques en Egypte. Il est actuellement présidé par Essam Khalil, élu en janvier 2016 suite à la démission de son ex-président Ahmad Saïd. Sous la présidence de ce dernier, le parti a remporté 65 des 596 sièges aux élections législatives de 2015, faisant des Egyptiens libres le premier parti politique représenté au parlement. Seulement après ces législatives, des divisions ont commencé à gagner le parti lorsque des membres ont été suspendus pour s’être ralliés à la coalition Fi Daem Misr, une plateforme pro-régime de 400 députés. D’autres membres ont démissionné comme l’ancien secrétaire du bureau politique du parti, Oussama Al-Ghazali Harb, qui avait présenté sa démission en 2015, dénonçant une « mainmise » de Sawirès sur le parti.

« Je crains que ce ne soit là le prix politique que Sawirès devrait payer pour ses positions critiques envers le gouvernement. D’autant plus que l’aile pro-régime au sein du parti semble se renforcer », estime le politologue Moustapha Kamel Al-Sayed qui se dit ne pas être surpris par la destitution de Sawirès. Il estime que les anciens membres du PND qui ont adhéré au parti des Egyptiens libres sont à l’origine de ces dissensions internes. Toutefois, il ne dispense pas les fondateurs du parti de la responsabilité : « Le cas du parti des Egyptiens libres est très significatif du paysage politique. Beaucoup de partis politiques fondés après le soulèvement de janvier 2011 n’ont pas été en mesure de créer un climat différent de celui qui prévalait avant la révolution. Il n’y avait aucune stratégie établie lors de la fondation de ces partis. Aujourd’hui, ils sont fragilisés par les divisions internes ».




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