Semaine du 13 au 19 mars 2019 - Numéro 1266
Quelles options pour l’Egypte ?
  Face à son allié saoudien et au magma moyen-oriental, l’Egypte semble entrer dans une phase où elle devra jouer très serré.
Quelle options pour l
Bon ! Nous, on est en vacances jusqu’à ce que vous sachiez où vous en êtes ! Caricature de Makhlouf dans Al-Masry Al-Youm.
Najet Belhatem04-03-2015

Qu’attendez-vous de la conférence économique de Charm Al-Cheikh ? C’est l’une des questions que le journaliste du journal saoudien Al-Charq Al-Awssat, paraissant à Londres, a adressée au président égyptien Abdel-Fattah Al-Sissi, dans un entretien la veille de la visite de ce dernier en Arabie saoudite, dimanche dernier. « D’abord, nous faisons de grands efforts pour préparer cette conférence, afin de recevoir les investisseurs, les amis et les frères. Et comme vous le savez, l’idée de cette conférence a été dès le départ une idée saoudienne lorsque le défunt roi Abdallah bin Abdel-Aziz a tenu la conférence des pays donateurs pour soutenir l’Egypte … Aujourd’hui nous oeuvrons pour réguler la structure législative afin de résoudre les problèmes en suspens, de quoi améliorer le climat des investissements », a répondu le président. C’est le roi Salman bin Abdel-Aziz qui tient désormais les rennes de l’Arabie saoudite et la donne a, si l’on croit les nouvelles données, apparemment quelque peu changé, dans les relations égypto-saoudiennes. L’Egypte semble jouer très serré. Au moment de la visite d’Al-Sissi à Riyad, le président turc Recep Erdogan en faisait de même : « L’Arabie saoudite, qui est au fait des règles protocolaires, a planifié de coïncider les deux visites dans l’espoir d’enclencher une réconciliation égypto-turque et de permettre une nouvelle coalition régionale sur l’axe Arabie saoudite-Egypte-Turquie, ce que j’ai déjà appelé la coalition sunnite élargie. Et même si la rencontre n’a pas eu lieu, les pressions saoudiennes sur l’Egypte sont apparentes dans le but d’intégrer cette coalition. L’Egypte se trouve, ainsi, devant deux options ou faire des concessions tant sur le plan extérieur en changeant sa vision au sujet de dossiers chauds, comme celui de la Syrie et le Yémen, que sur le plan intérieur, en optant pour une réconciliation avec la confrérie des Frères musulmans. Ou alors risquer une détérioration de ses relations avec l’Arabie saoudite. Et cela se passe à un moment délicat avec l’approche de la tenue de la conférence économique la mi-mars, qui représente pour l’Egypte l’occasion de booster son économie. Il paraît clair que le timing a été très bien calculé par Riyad », écrit dans le journal libanais Al-Safir, Moustapha Al-Labbad, écrivain égyptien et directeur du Centre Al-Charq pour les études régionales et stratégiques.

Dans le quotidien Al-Chorouk, le chercheur égyptien Ahmad Abd-Rabbo, professeur de sciences politiques à l’Université du Caire et chercheur au Centre des études du Moyen-Orient à l’Université de Denver, écrit : « Les centres de fabrique de l’opinion publique se sont déplacés du Caire, vers la presqu- île arabique à l’ombre d’une forte concurrence entre les deux réseaux médiatiques, Al-Jazeera à Doha et Al-Arabiya à Dubaï. La concurrence ne se concentre pas seulement sur l’audimat, mais sur la conception d’une opinion publique et sur l’écriture de l’histoire de la révolution et des régimes arabes avant et après les révolutions. Les médias égyptiens ont de leur côté créé leur propre histoire à un niveau centralisé et ont ainsi coupé leurs spectateurs de la sphère arabe, les cantonnant dans la sphère égyptienne à l’horizon très réduit ». Effectivement cette bataille des médias est, avant tout, une bataille de visions et de projets des régimes en place.

Pas de chèque en blanc

Dans le journal saoudien Al-Hayat, le chercheur et écrivain saoudien, Khaled Al-Dakhil publie un article sur les inquiétudes égyptiennes, face au nouveau roi du royaume saoudien : « Il paraît clair que l’inquiétude s’est emparée de l’Egypte après la mort du roi Abdallah bin Abdel-Aziz. Et il paraît clair aussi que la source de cette inquiétude provient des tendances politiques du nouveau roi. Et les médias égyptiens ont été le premier véhicule de cette inquiétude. Ces médias ont fait état du fait que le roi Salman n’est pas aussi tranché sur la question des Frères musulmans que le roi Abdallah et qu’il penche pour un rapprochement avec le Qatar et la Turquie. Et partant de là, que sa position envers l’Egypte aura des limites et sera soumise à des conditions. Bref, il y a une crainte que le soutien saoudien ne se fasse, désormais, selon une approche politique nouvelle. Les inquiétudes égyptiennes sont normales, ce qui ne l’est pas, par contre, c’est de l’exprimer médiatiquement de la sorte ». Et d’ajouter : « Le roi Salman bin Abdel-Aziz a réitéré que le soutien saoudien à l’Egypte ne changera pas. Où est donc le problème ? Le problème réside dans la forme de ce soutien et son cadre. Certains, en Egypte, veulent ce soutien comme un cadeau royal illimité ou un chèque en blanc. Et dans cette vision, il y a un déni pour une évidence, à savoir que les relations entre Etats ne reposent pas sur l’affect ». Il fait allusion aux différends égyptiens avec la Turquie qui juge le 30 juin 2013, comme un putsch. « Mais la majorité des pays du monde considère que c’est un putsch. Faut-il alors rompre ses relations avec ces pays ? Si l’Egypte veut que le monde reconnaisse que c’est une révolution et c’est son droit, elle doit fournir ce qui soutient sa thèse politiquement et constitutionnellement à l’intérieur avant l‘extérieur », poursuit-il.

Moustapha Al-Labbad préconise lui, que l’Egypte avait « avec le soulèvement du 30 juin l’occasion de dessiner les contours de son projet, face aux projets régionaux qu’ils soient turcs ou saoudiens ou iraniens, le projet de l’Etat nation arabe, mais elle n’a pas réussi à le faire avec un retour des feloul et les arrestations des manifestants et des activistes du 25 janvier. C’est pour cela qu’elle doit revenir à la coalition qui a donné naissance au 30 juin, pas pour soutenir quiconque mais pour souder le front intérieur. Ne serait-il pas plus judicieux de faire des concessions sur le plan interne face aux forces politiques qui se sont jointes au 30 juin, que de céder aux pressions grandissantes de forces régionales qui ne reconnaissent pas la notion de l’Etat nation ? ».




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