Semaine 21 au 27 juin 2017 - Numéro 1181
Un parking sur les ruines ptolémaïques
  Une partie du mur historique du port est d’Alexandrie a été détruite en vue de la construction d'un parking. Archéologues et habitants dénoncent un « scandale ».
Un parking sur les ruines ptolémaïques
Samar Zarée04-03-2015

Alexandrie, les milieux archéologiques, mais aussi les habitants de la ville ne cachent pas leur indignation face à la décision des autorités locales de démolir une partie du mur historique du port Est, l’un des monuments les plus importants de la ville. La raison de cette démolition n’est pas moins scandaleuse que l’acte lui-même. Il s’agit en fait de construire un parking privé pour servir le complexe des tribunaux dans le quartier de Manchiya. « Construire un parking dans cet endroit, c’était la solution que j’ai proposée pour trouver une place aux dizaines de voitures qui se garent un peu n’importe comment sur la corniche, provoquant un vrai problème de circulation », se vante Ahmad Abou-Taleb, chef du quartier Gomrok.

Pour les archéologues, il s’agit simplement d’une catastrophe en plus qui s’ajoute aux violations qui frappent le patrimoine alexandrin depuis des années. Mohamad Awad, professeur d’architecture à la faculté de génie d’Alexandrie, explique que le mur de la corniche dans le quartier de Manchiya a été construit pendant le règne de Abbas Helmi II en 1905. « Ce mur qui fait partie de l’histoire d’Alexandrie a été classé sur la liste, dressée en 2003, du patrimoine de la ville, en plus de toute la zone de Selséla devant la Bibliothèque d’Alexandrie. Il est donc interdit de faire n’importe quel changement susceptible d’endommager ces édifices », ajoute le spécialiste. Selon lui, le projet du parking n’est pas nouveau. « J’ai pu le freiner en 2008, mais malheureusement, cette fois-ci, ils ont réussi à démolir 3 mètres du mur, sans même consulter les spécialistes ». En tant que responsable actif dans le domaine de la préservation du patrimoine d’Alexandrie, le professeur Awad n’entend pas laisser passer cette violation sous silence. Il promet d’en parler avec le nouveau gouverneur.

De leur côté, les habitants ont lancé la campagne « Protégez l’héritage d’Alexandrie » dans le but d’arrêter ce projet. Sur les réseaux sociaux, ils affirment avoir envoyé une plainte au nouveau gouverneur qui n’aurait pas encore réagi.

« Ce qui se passe actuellement sur la corniche du port Est est un vrai crime contre un chapitre de l’histoire d’Alexandrie, tous les responsables doivent être punis », s’indigne à son tour Ahmad Abdel-Fattah, un archéologue et membre de la campagne. « Le port Est d’Alexandrie qui commence du quartier de Selséla jusqu’à Bahari est d’une grande importance historique et archéologique. Ce fut l’un des ports les plus importants au monde il y a plus de mille ans. Ce port a été témoin de l’échange culturel et commercial entre l’Egypte et les autres pays du monde. C’est tout ce qui reste comme monument de l’ère ptolémaïque », souligne-t-il.

En fait, le mur en question n’est qu’un exemple de la vague de démolition et de défiguration qui balaie depuis 2011 les bâtiments historiques de cette ville portuaire. En l’espace de quatre ans, plus de 33 villas et bâtiments historiques ont été démolis sous le regard passif des responsables. Cette fois, c’est encore plus grave puisque le dégât provient de ces derniers.




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