Semaine du 17 au 23 avril 2019 - Numéro 1271
Numériser pour conserver
  Un colloque international consacré à la sauvegarde numérique du patrimoine s'est tenu du 25 au 28 février à l’Université Senghor d’Alexandrie. La documentation des langues en voie de disparition et la présentation d'un modèle 3D pour la visite interactive des sites ont figuré parmi les points forts du programme.
Numériser pour conserver
L'église Qorqor en Ethiopie.
Samar Zarée06-03-2019

L’université Senghor d’Alexandrie a organisé, du 25 au 28 février, un colloque international sur le thème de la sauvegarde numérique du patrimoine et intitulé « De la pierre au papier, du papier au numérique ». La conférence s’est intéressée aux conséquences de la mondialisation et à la menace accrue du terrorisme, de même qu’aux risques de la destruction du patrimoine africain et arabe, qui touchent un grand nombre de pays. Elle a par ailleurs mis l’accent sur l’importance du numérique, qui pourrait constituer la meilleure solution en matière de sauvegarde du patrimoine en péril.

Le colloque a offert une plateforme d’échange pour des présentations de cas issus de plusieurs domaines, soit les monuments, les objets d’art et les bibliothèques. Il a accueilli des experts, principalement francophones, en plus de décideurs économiques et politiques, de chercheurs et d’universitaires, venus expliquer aux participants les meilleures solutions en vue d’une conservation durable du patrimoine.

Parmi les tables rondes les plus intéressantes du colloque figurait celle consacrée à l’importance du numérique pour la documentation des langues en voie de disparition. « Les langues constituent une composante fondamentale du patrimoine immatériel de l’humanité. Plusieurs milliers de langues sont menacées (Crystal, Dixon, Maffi) et leur sauvegarde est une question dont les chercheurs, les organismes internationaux et les fondations se sont emparés au cours des dernières décennies », a expliqué Laura Abou Haidar, professeure à l’Université Grenoble à Aleps, indiquant que « dans le domaine des sciences du langage, la révolution numérique nous a aidés à lancer un nouveau projet de recherche dont nous posons les bases actuellement et qui s’appelle ANSOLVAR ou Atlas numérique sonore des langues vernaculaires du monde arabophone ». Et d’ajouter : « En regardant un peu la situation géopolitique du monde arabophone, son instabilité chronique et les situations de guerre qui entraînent des mouvements migratoires massifs, il paraît évident que les langues en usage dans cette partie du monde subissent des bouleversements majeurs, et le recours au numérique, à travers la constitution d’un atlas numérique sonore de langues vernaculaires, peut constituer une solution de sauvegarde digne d’intérêt sur le plan patrimonial », a-telle expliqué, précisant que le projet est actuellement en cours d’exécution, afin de venir au secours de ces langues en voie d’extinction.

Des sites en 3D

Durant une autre session, les chercheurs Claire Bosc Tiesse, de l’Institut national d’histoire de l’art, et François Guena, de l’Ecole nationale supérieure d’architecture à Paris, ont montré aux participants comment ils ont réalisé un modèle 3D à partir duquel il est possible d’effectuer des visites interactives d’églises et de sites chrétiens d’une façon simple et attrayante. « Nous avons travaillé sur un exemple 3D pour l’église antique de Maryam Qorqor, ou Korkor, en Ethiopie, qui est l’une des plus grandes et plus belles églises rupestres dans la région éthiopienne datant du XIIIe siècle. A travers ce 3D, l’internaute peut effectuer une visite avec une présentation complète de son histoire et de ses caractéristiques », a expliqué Claire Bosc Tiesse. Il s’agit d’un travail permettant de poser les bases d’une future étude plus large sur les sites chrétiens du nord de l’Ethiopie et susceptible d’intéresser les chercheurs et les professionnels des domaines de la conservation du patrimoine et du tourisme.

Agnès Macquin, directrice de la Bibliothèque de l’Institut Français d’Archéologie Orientale (IFAO), a elle aussi fait part de son expérience avec le numérique.

En effet, l’IFAO participe, depuis 2016 déjà, à un projet de numérisation international en coordination avec la Bibliothèque Nationale de France (BNF) et les Bibliothèques d’Orient, et ce, dans le but de préserver et de mettre à la disposition des chercheurs, sur Internet, près de 10 000 documents, accompagnés d’une centaine de textes rédigés par des universitaires, des scientifiques et des conservateurs pour éclairer les thématiques et contextualiser les documents.

Ces documents, numérisés, selon des normes de haute qualité, sont disponibles sur le portail numérique de la BNF.




Lien court:

 

Courriel
 
Nom
 
Titre
 
Commentaire