Semaine du 22 au 28 mai 2019 - Numéro 1276
Toutankhamon prend un coup de jeune
  La vaste opération de conservation de la tombe de Toutankhamon vient de prendre fin. Elle avait été lancée il y a dix ans pour sauver le pharaon le plus connu d’Egypte des méfaits du tourisme de masse.
Toutankhamon prend un coup de jeune
Des touristes visitant la tombe de Toutankhamon.
Dalia Farouq avec agences06-02-2019

Dix ans après le lance­ment du projet de res­tauration de la tombe du célèbre pharaon Toutankhamon, les visiteurs pour­ront enfin de nouveau contempler les trésors du jeune pharaon. C’est en 2009 que le Getty Conservation Institute (GCI), de Los Angeles, et le ministère égyptien des Antiquités ont entamé un long et grand projet pour restaurer cette tombe. L’objectif premier est alors de stabi­liser l’état de ce vestige archéolo­gique inédit, mis à rude épreuve par un siècle de tourisme. « 100 ans de visite, après avoir été scellée pendant 3 000 ans ! Vous imaginez l’impact sur l’état de la tombe ? », a souligné Neville Agnew, responsable du projet conduit par le GCI de Los Angeles.

En effet, depuis sa découverte, le tombeau de Toutankhamon est un haut lieu du tourisme en Egypte, au point de devenir un site surfréquenté, victime de l’affluence des touristes. Ce qui lui a provoqué d’inévitables dégradations : les variations du niveau d’humidité de l’air, ainsi que le dioxyde de carbone dégagé par la respiration des touristes ont mis à mal le fragile équilibre de l’atmosphère du tombeau. Interrompu quelque temps après la révolution égyptienne de 2011 et l’instabilité politique qui a suivi, le projet de restauration a repris par la suite et vient à peine de s’ache­ver. La première étape du projet a été d’entreprendre une étude complète, notamment sur l’état des célèbres peintures murales jaunes et ocre ornant la chambre funéraire du jeune roi Toutankhamon, qui a régné il y a plus de 3 300 ans.

Lori Wong, conservatrice, spécia­liste des peintures murales, a notam­ment cherché à comprendre « la com­position matérielle des peintures, comment elles ont été appliquées, comprendre l’état actuel des pein­tures, savoir si elles sont en danger, et établir un plan pour les sauve­garder pour l’avenir », a-t-elle dit.

25 spécialistes à pied d’oeuvre

Toutankhamon prend un coup de jeune
La momie du jeune pharaon bien conservée.

Introduits dans la tombe appelée par les archéologues « KV62 », les microscopes des scientifiques ont même pu scruter, avec la plus grande précision, de mystérieuses « taches brunes », caractéristiques de cette tombe royale. En fait, l’équipe en charge de la restaura­tion réunissait plus de 25 spécia­listes sur les lieux : archéologues, architectes, ingénieurs et microbio­logistes. La crainte était qu’elles ne soient devenues une menace pour les représentations murales de Toutankhamon. Mais les scienti­fiques sont parvenus, grâce à ce projet de conservation, à établir qu’il s’agissait d’organismes micro­biologiques morts depuis long­temps. Seul problème : impossible de les retirer car ils sont profondé­ment incrustés dans la peinture. « Nous avons fait de la conserva­tion, pas de restauration », a insisté M. Agnew. Des tentatives de res­tauration avaient été faites aupara­vant, précise-t-il, soulignant que la mission du GCI était, elle, de stabi­liser et de conserver les lieux. « Et puis les taches brunes font partie de l’histoire », indique-t-il, en ajoutant qu’elles n’ont pas évolué depuis la découverte de Carter.

Parallèlement, des architectes ont repensé la plateforme où les visi­teurs se tiennent, afin de les éloi­gner de la fragile paroi. En outre, des ingénieurs ont élaboré un nou­veau système de ventilation pour limiter les effets dévastateurs du dioxyde de carbone, de l’humidité, et de la poussière.

Si les plus belles pièces du trésor de Toutankhamon sont visibles au Musée égyptien du Caire, la tombe abrite toujours la momie du pharaon lui-même dans un caisson de verre vidé d’oxygène et le sarcophage extérieur en bois doré. Selon le célèbre archéologue égyptien Zahi Hawas, ancien ministre des Antiquités, initiateur du projet en 2009, « le GCI a sauvé la tombe de Toutankhamon. Pourtant, je pense quand même qu’après ce superbe travail, on devrait limiter le nombre de visiteurs », a-t-il assuré. Et d’ajouter : « Si on laisse le tourisme de masse entrer dans la tombe, elle ne durera pas plus de 500 ans », a-t-il mis en garde, avant de prôner un arrêt total des visites pour préserver les lieux. « Nous devons penser à l’avenir », a martelé M. Hawas.

Une réplique de la chambre funé­raire a été construite non loin de la vallée des Rois, près de la maison de Howard Carter. C’est là que les visiteurs devraient se rendre selon Hawas, « mais beaucoup de gens n’accepteront pas cette idée », regrette l’archéologue.




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