Semaine du 13 au 19 mars 2019 - Numéro 1266
Khaled El-Enany : Les mois prochains vont témoigner de nouvelles découvertes d’une importance archéologique majeure
  Le ministre des Antiquités, Khaled El-Enany, explique l’importance des récentes découvertes archéologues et parle des grands projets lancés par le ministère.
tourisme
Nasma Réda10-10-2018

Al-Ahram Hebdo : Ces deux dernières années, il y a eu de très nombreuses découvertes. Comment expliquez-vous ce grand nombre de trouvailles archéologiques ?

Khaled El-Enany : La terre égyptienne cache encore énormément de secrets. Au cours des deux dernières années, on a eu presque chaque mois une ou deux nouvelles découvertes qui font la une des journaux égyptiens et étrangers. Il y a en Egypte près de 250 missions archéologiques à la recherche de trésors cachés. Il est donc normal de faire toujours de nouvelles trouvailles. On continue toujours nos fouilles pour savoir plus sur nos ancêtres qui ont offert aux Egyptiens et à toute l’humanité des trésors exceptionnels. Les mois prochains vont témoigner aussi de nouvelles découvertes d’une importance archéologique majeure.

Des vases canopes découverts à Minya.
Des vases canopes découverts à Minya. (Photo: Ministère des Antiquités)

— Que fait l’Egypte avec toutes ces découvertes ?

— La vision du ministère des Antiquités a changé pendant ces dernières années. On travaille actuellement sur de grands projets qui sont prêts à accueillir ces pièces, tels le nouveau Grand Musée Egyptien (GME), celui de la Civilisation à Fostat, en plus des musées régionaux, soit les nouveaux ou les anciens. Le ministère profite également de ces objets trouvés dans l’organisation d’expositions temporaires en Egypte ou à l’étranger.

De même, il ne faut pas oublier que ces découvertes font de la promotion touristique sans précédent. Vous devez voir comment le monde réagit suite à l’annonce d’une découverte. Et quand des hommes d’Etat ou les ambassadeurs et même les médias assistent à différents événements archéologiques, c’est un message que notre pays est sécurisé et met en valeur ses monuments.

— La date de l’inauguration du GME a été reportée à plusieurs reprises, quand est-ce qu’il verra le jour ?

— On avait annoncé une inauguration partielle de ses salles à la fin de cette année. Mais une décision présidentielle a changé nos plans pour fixer une inauguration totale de toutes les salles du musée en 2020. C’est un important projet international qui va regrouper 100000 pièces dans un seul endroit entre salles d’exposition, d’études, des laboratoires de restauration et entrepôts. C’est un travail énorme, ce que je peux annoncer, c’est que les travaux architecturaux seront terminés vers la fin de cette année ou plutôt début 2019.

En ce qui concerne le Musée national de la civilisation de Fostat, on prépare actuellement l’inauguration partielle de la grande salle d’exposition intitulée « Le Nil », celle des momies, la salle centrale et le « Musée de la capitale ».

Photos  : Ministère des Antiquités
Un sarcophage en pierre à Touna Al-Gabal dans le gouvernorat de Minya. (Photo  : Ministère des Antiquités)

— Certains vous accusent de vider les sites archéologiques de leurs contenus en faveur de ces grands projets ?

— Ces deux projets sont les plus grands et les plus importants au monde sur le plan archéologique. Pour ce, on travaille à collecter des objets de grande valeur servant à leurs scénarios muséologiques. Dernièrement, on avait pris 3 obélisques du site archéologique de San Al-Hagar à Charqiya pour les exposer au GME, ce qui a causé la colère de plusieurs. Mais je ne peux pas inaugurer le plus grand musée égyptien au monde sans aucun obélisque. Et bien qu’on ait pris quelques pièces du site, la région subit un grand projet de réaménagement, afin de la transformer en un musée en plein air.

— Il y a d’une part une crise financière, et de l’autre, de nouveaux projets. Comment le ministère gère-t-il cela ?

— Le GME et quelques grands projets sont subventionnés par le gouvernement, tel le réaménagement du Plateau des pyramides ou l’allée des Béliers à Louqsor. Mais pour la fondation des nouveaux musées régionaux, comme celui de Matrouh, inauguré en mars dernier, ou celui de Kafr Al-Cheikh, prévu en juin 2019, ce sont les gouvernorats qui fournissent le bâtiment du musée, son éclairage et sa sécurité, alors que le ministère choisit les pièces qui seront exposées, fait le scénario muséologique et gère le musée. Le revenu de ces musées sera divisé entre gouvernorat et ministère. On doit réfléchir hors norme. Le ministère des Antiquités ne cherche pas le profit financier, mais plutôt l’intérêt culturel et patrimonial.

— Comment avez-vous surmonté la crise financière du ministère ?

— Cette crise n’a pas été réglée, mais on essaye de diversifier nos revenus. Ouvrir quelques tombes uniques et spéciales au grand public sans besoin d’agrément ministériel, créer des carnets de visite pour Le Caire et Louqsor ; on a augmenté le prix des billets des sites et des musées, on a relancé un projet de reproduire des répliques et de les vendre, surtout au musée du Caire, pour rouvrir les bazars fermés depuis 2011.

— L’Etat vous soutient-il suffisamment ?

— Depuis ma nomination à la tête du ministère, le président de la République et le gouvernement soutiennent les travaux archéologiques pour pouvoir surmonter tous les obstacles, surtout financiers, pour pouvoir exécuter les grands projets. Donnant l’exemple de l’inauguration du musée d’art islamique, au Caire en 2017, celui de Sohag en Haute-Egypte en 2018, qui a été honoré par la participation du président de la République. Le monde entier a suivi cette participation qui met en relief l’intérêt qu’accorde l’Egypte à ses monuments. Les monuments égyptiens ont joué un rôle politique et touristique important.

— Les expositions des antiquités égyptiennes à l’étranger constituent-elles un casse-tête pour le ministère ?

— Pas du tout. Au contraire. Nos pièces antiques sont nos ambassadeurs à l’étranger. On a organisé au cours de ces 2 dernières années plusieurs expositions dans différents pays européens, asiatiques et américains. En effet, j’ai refusé de transférer quelques objets rares comme le masque de Toutankhamon et son sarcophage, parce que ce sont des pièces uniques et inestimables. Actuellement, le Conseil des ministres, en partenariat avec le ministère des Antiquités, prennent ensemble la décision du départ des pièces.

— Quel est le sort de l’actuel Musée égyptien du Caire place Tahrir ?

— Il ne va certainement pas disparaître. Plusieurs travaux s’y déroulent actuellement pour fêter son 116e anniversaire novembre prochain. Une nouvelle muséologie va s’y appliquer avec la collaboration de cinq musées internationaux comme le British Museum et le Musée de Turin. Un nouveau système d’éclairage a été appliqué sur sa façade. Et bien que plusieurs pièces aient été déjà transférées au GME, il ouvre ses portes plusieurs heures supplémentaires deux fois par semaine pour répondre à l’affluence. On y organise aussi des événements culturels regroupant Egyptiens et étrangers pour donner un message au monde entier: « Voilà la place Tahrir est sécurisée ».




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