Semaine du 13 au 19 mars 2019 - Numéro 1266
Nahed Mourad Wali : La majeure partie du patrimoine floral du passé est en voie de disparition
  Le Centre polonais d’archéologie méditerranéenne et l’IFAO viennent d’organiser leur atelier annuel d’archéo-botanie. Entretien avec l’archéo-botaniste Nahed Mourad Wali, de l’Université du Caire.
Nahed Mourad Wali
Doaa Elhami10-10-2018

Al-Ahram Hebdo : Qu’est-ce que l’archéo-botanie ?

Nahed Wali : C’est la science qui étudie les anciens arbres et plantes qui étaient cultivés depuis la préhistoire jusqu’à l’époque copte en Egypte. Par exemple : le sycomore, le tamaris, l’épine du Christ, le chêne, l’eucalyptus, les dattiers et les palmiers doum sont les arbres les plus connus et les plus trouvés dans l’Egypte Ancienne. Il ne faut pas encore oublier des plantes comme le blé, l’orge et les légumes comme l’oignon et l’ail.

— Comment avez-vous reconnu ces plantes et ces arbres ?

— Nos premières sources sont les dessins qui se trouvent sur les parois des tombes et des temples qui décrivent plusieurs espèces botaniques. En plus, les dessins qui couvrent les sarcophages sont accompagnés d’inscriptions explicatives sur l’utilité de chaque plante. On a aussi connu ces plantes à travers les restes de céréales et de fleurs qui accompagnaient le défunt dans sa tombe. On trouve aussi les feuilles des plantes représentées sur les bijoux, surtout les bracelets. Il ne faut pas non plus oublier les offrandes présentées dans les temples, surtout au Saint des Saints où l’on a trouvé des dattes, par exemple. Lors de l’analyse des solutions trouvées dans les vases canopes, on a trouvé des résidus de plantes conservatrices comme la cannelle et l’oignon qui luttent contre les champignons. Raison pour laquelle une tombe dérobée est une grande perte pour nos études, parce qu’on perd toutes les informations qui peuvent nous aider à comprendre la flore au cours de ces époques. Nous sommes en train de chercher et d’analyser les pollens trouvés sur les sites archéologiques. Ces pollens nous donnent une idée de l’environnement de l’époque.

— Quelles étaient les plus importantes utilisations de cette flore ?

— Cette flore était utilisée dans tous les domaines de la vie. Le lin pour les vêtements et la momification, le papyrus servait de feuilles d’écriture, les troncs des dattiers pour la construction des plafonds des maisons, l’épine du Christ était utilisée comme tube de drainage, le henné dans l’embaumement et la cosmétique. Mais chaque époque se distinguait par des plantes particulières. Le lotus symbolisait l’éternité dans l’Egypte Ancienne et le sycomore était l’arbre de la vie pendant la même période. C’est un grand arbre dont le tronc est gigantesque et qui était utilisé dans la construction des maisons. Il est connu pour la densité de ses branches et de ses feuilles, et son fruit était la nourriture des paysans modestes. Il offre encore un liquide blanc qui remédiait à certaines maladies dermatologiques. On utilisait son bois dans la fabrication des sarcophages. Le raisin, par exemple, est trouvé en abondance à l’époque romaine, ses motifs ornent les chapiteaux des colonnes des temples. Parfois, le cèdre et le chêne remplaçaient le bois des arbres de l’Ancienne Egypte. Tandis qu’à l’âge chrétien en Egypte, on trouve la luzerne, le henné, le cartham et l’usine de genévrier. Le henné, par exemple, est un remède efficace à certains types de cancer et quelques maladies dermatologiques.

— Quelle est l’importance des études archéo-botaniques ?

— La connaissance de l’ancienne flore et son environnement est l’arrière-plan de notre vie, notre identité et nos racines en tant qu’Egyptiens. Il faut aussi prendre en considération que la majeure partie de ce patrimoine floral n’existe plus et le reste est en voie de disparition, ce qui cause un changement de température de tout le globe terrestre et menace l’existence humaine. Par exemple, la mangrove, qui était utilisée dans les temples et dans la fabrication des amulettes à l’époque romaine, et qui poussait le long de la côte de la mer Rouge, est actuellement rare. Les racines de cette plante abritaient plusieurs espèces de poissons et de coquillages, et ses branches servaient de repos aux oiseaux migrateurs. Avec la disparition de la mangrove, remplacée par les routes et les villages touristiques, les poissons n’ont plus d’abri et les oiseaux meurent de fatigue au cours de leur long trajet, et leur cycle de vie est interrompu. Donc, l’écosystème de toute la région est complètement détruit.




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