Semaine du 15 au 21 mai 2019 - Numéro 1275
Un jardin archéo-botanique bientôt en Egypte
  Deux égyptologues, une Française et une Egyptienne, nourrissent le rêve de créer au Caire un jardin représentatif de la civilisation égyptienne. L’idée pourrait se concrétiser prochainement.
Un jardin archéo-botanique bientôt en Egypte
Le bois du sycomore est utilisé dans la fabrication des ustensils. (Photo : The Petry Museum of Egyptian Archeology)
Doaa Elhami10-10-2018

« Quand j’étais enfant, je remarquais le bois utilisé dans le mobilier et dans les divers outils et ustensiles quotidiens. Je me demandais à quoi ressemblaient ces plantes et quelles étaient leurs fonctions », déclare Gersande Eschenbrenner-Diemer, égyptologue à l’Institut d’archéologie de l’Université du Collège de Londres (UCL). A partir de cette question est née l’idée de créer un jardin pharaonique, mais aussi de faire revivre la flore de l’Ancienne Egypte que l’on trouve sur les parois des temples et des tombes. Le sycomore, le figuier, l’épine du Christ, le tamaris et l’acacia du Nil sont les plus fameux arbres de l’Ancienne Egypte. « Lorsqu’on voit un mobilier, on cherche à retrouver ses matériaux d’origine. Est-ce du sycomore ou du tamaris ? », reprend Eschenbrenner-Diemer.

L’idée de ce jardin pharaonique est aussi un rêve pour l’archéo-botaniste Mennat-Allah Al-Dorry, post-doctorante à l’IFAO/PCMA. Le rêve a grandi et il ne s’agit plus d’un simple jardin, mais d’un véritable projet, celui de créer un parc patrimonial qui reflète l’évolution du jardin égyptien durant 7 000 ans. Il serait divisé en 5 sections : une section pédagogique. « A travers cette section, on peut apprendre au grand public, notamment aux enfants, la flore patrimoniale égyptienne », explique Al-Dorry. Deux sections seraient consacrées aux époques pharaonique et gréco-romaine où seront exposés les arbres de ces deux époques. La quatrième section serait consacrée aux jardins de cuisine des monastères (Kitchen garden). Les céréales et les légumes cuisinés par les moines dans les monastères y seraient exposés, comme la fève. La cinquième et dernière section serait un jardin mamelouk. « Nous avons constaté que chacune de ces époques possédait sa flore particulière. Et au cours de chaque époque, de nouvelles espèces et de nouveaux arbres sont entrés en Egypte, et encore chacune de ces civilisations avait son paysage caractéristique », explique Al-Dorry. Pour elle, par exemple, le coton était connu à l’époque romaine. C’était une espèce africaine différente de celle que Mohamad Ali a importée au XIXe siècle. « Cette époque marque une nouvelle phase patrimoniale et florale en Egypte », reprend l’archéo-botaniste.

Le musée de la civilisation, un endroit idéal

Un jardin archéo-botanique bientôt en Egypte
Le lotus et le palmier, des motifs décoratifs qui ornent les chapiteaux des salles hypostyles des temples pharaoniques.

Les deux égyptologues ont donc décidé de bâtir le jardin archéo-botanique en se basant sur divers documents et preuves archéologiques comme les papyri, les anciennes études, les trouvailles archéologiques et les récentes recherches. « Nous avons besoin d’une vaste superficie, d’un bon budget et de temps. Il est indispensable que le lieu de réalisation de ce projet soit enrichi de laboratoires afin que nous puissions effectuer nos recherches », souligne Al-Dorry. Avis partagé par Gersande Eschenbrenner-Diemer, qui affirme que le Musée national de la civilisation égyptienne à Fostat est l’endroit idéal pour construire ce jardin. Ce musée comprend des laboratoires d’analyses. Il s’ouvre aussi sur un énorme et vaste terrain qui donne sur une grande source d’eau, celle-de Aïn Al-Sira. Une vue panoramique idéale pour installer le jardin archéo-botanique. D’ailleurs, le musée offre des salles de conférences où des séminaires peuvent être organisés sur la flore patrimoniale. Le musée possède aussi le personnel nécessaire pour cultiver et arboriser le jardin avec les moyens traditionnels, sans recourir à la fertilisation chimique. Néanmoins, le réseau d’irrigation dépendra de celui du musée lui-même, puisque le taux de salinité de la source de Aïn Al-Sira est assez élevé.

Ce jardin archéo-botanique, pour les égyptologues, est un moyen efficace et concret pour sensibiliser le grand public à l’importance des plantes dans la vie quotidienne, surtout les nouvelles générations. D’ailleurs, ce jardin sera un lieu de détente dans la capitale et constituera une bonne destination touristique.

Ce projet prendra du temps et nécessitera l’autorisation du ministère des Antiquités pour être mis en place. « Les procédures administratives prennent toujours du temps », affirme Al-Dorry. Mais Le Caire a besoin d’un poumon de verdure à la touche patrimoniale.




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