Semaine du 16 au 22 janvier 2019 - Numéro 1258
Proche-Orient : Le risque d’escalade
Emad Awwad20-12-2017
 
 

On se souvient que dans sa résolution 2334, adoptée le 23 décembre 2016, le Conseil de sécu­rité de l’Onu avait souligné qu’il « ne reconnaîtra aucune modifica­tion aux frontières du 6 juin 1967, y compris ce qui concerne Jérusalem, autres que celles convenues par les parties par la voie de négocia­tions ». Au fond, cette résolution reflétait alors l’inquiétude de la communauté internationale par rap­port aux déclarations émises par Donald Trump, alors fraîchement élu à la présidence américaine, quant aux questions épineuses du conflit israélo-palestinien, notam­ment son intention de transférer l’ambassade de son pays à Jérusalem, en tant que capitale de l’Etat d’Israël.

Un an plus tard, et à un moment où beaucoup de spéculations circu­laient à propos d’un plan de paix en cours de préparation par son gendre et conseiller, M. Jared Kushner, le maître de la Maison Blanche a choisi, le 6 décembre, d’honorer sa promesse électorale à propos de Jérusalem. Le fait qu’il a révélé son intention, deux jours auparavant, aux principaux dirigeants arabes concernés et alliés, a permis d’assu­rer une protection maximale des intérêts américains dans la région. Toutefois, il a donné le coup d’en­voi à une mobilisation croissante en faveur de la question palestinienne en général et contre l’acte unilatéral concernant Jérusalem.

Au vu des réactions enregistrées depuis, il serait opportun de formu­ler quelques observations prélimi­naires sur cette situation, tout en soulignant qu’elle est toujours en mouvement.

A part le désir d’hono­rer sa promesse, ainsi que de répondre aux revendications des parti­sans d’Israël au sein du Congrès et dans l’entou­rage du président améri­cain, les objectifs de cette volte-face de Trump demeurent obscurs. En effet, ses prédécesseurs s’étaient gardés de mettre en exécution la loi pro­blématique adoptée par le Congrès en 1995 sur ce sujet. Pour ce faire, ils usaient régulièrement de leur droit de différer de six mois l’appli­cation de la loi au nom de la sécu­rité nationale. Vu le fait que M. Trump a fait de même, en juin der­nier, il est légitime de s’interroger sur les motifs à l’origine de son revirement effectué six mois plus tard, étant donné que la mise en oeuvre de sa décision prendrait du temps. Ce fait était confirmé par son secrétaire d’Etat, Rex Tillerson, récemment en visite à Paris. Selon M. Tillerson, « le transfert de l’am­bassade n’est probablement pas une chose qui puisse se produire cette année ou l’année prochaine » !

En revanche, cette prise de posi­tion n’allait pas dans le sens de faciliter la réalisation d’un autre objectif plus urgent, à savoir la constitution d’une coalition régio­nale contre l’Iran, la condamnation de cette décision faisant en effet l’unanimité des pays arabes et musulmans. Partant, il serait difficile d’imagi­ner qu’un pays arabe pourrait travailler en commun, publiquement, avec Israël pour faire face aux dangers que représenterait l’Iran. Quant à ce dernier, il pourrait envisager de profiter de la nouvelle donne américaine, afin de renforcer son influence dans la région. Il pourrait, par exemple, fournir des armes et des soutiens financiers aux groupes palestiniens militants pour la lutte armée.

Lors de son allocution, le prési­dent Trump présentait sa décision comme le début d’une nouvelle approche face au conflit entre Israël et les Palestiniens. Il affichait sa détermination à parvenir à un accord de paix durable et à soutenir une solution à deux Etats si les deux parties en convenaient. Toutefois, il nous est très difficile de saisir les contours de cette approche. Que proposerait-il aux Palestiniens : un Etat sans Jérusalem, la reconnaissance de blocs de colonies établis sur les territoires palestiniens et la mise à l’écart de la question des réfugiés ? En contrepartie, les Palestiniens pourraient-ils recevoir une aide financière considérable et un éventuel morceau de territoires en échange ?!

Les manifestations qui se sont déroulées dans les pays arabes et musulmans, ainsi que les heurts entre les manifestants palesti­niens et les forces israé­liennes pendant les jours dits « de rage », depuis l’annonce améri­caine, montrent les limites de cette nouvelle approche, avant même qu’elle ne soit mise en oeuvre. En effet, il serait difficile de trouver un dirigeant palestinien qui pourrait accepter un accord qui ne correspondrait pas aux demandes légitimes de son peuple. Il en va de même pour les dirigeants arabes et musulmans qui ont affiché leur refus de la décision américaine lors du sommet extraordinaire de l’Or­ganisation de la conférence isla­mique, réuni à Istanbul le 13 décembre 2017. Ce sommet n’avait-il pas reconnu Jérusalem-Est comme capitale de la Palestine ?

Désormais, sur ce sujet, Washington semble isolé au plan international. Il ne pourrait plus prétendre jouer le rôle du médiateur impartial entre les deux parties, sa décision étant considérée comme « non conforme aux résolutions du Conseil de sécurité » et de « ne favorisant pas la perspective de paix dans la région ». Dans ce cadre, nous pouvons parler, à juste titre, d’une impasse. Non seulement les efforts de paix n’ont plus de parrain, mais également toute tenta­tive pour faire avancer le dossier au sein du Conseil de sécurité de l’Onu se heurterait au veto américain. Evidemment, cette impasse pourrait conduire à la radicali­sation et par la suite à la violence. A cela s’ajouteraient d’autres éventualités qui emmèneraient du fait à exclure Jérusalem des droits nationaux palestiniens et la situer sur un plan uniquement religieux. D’une part, cette situation offrirait un cadeau inespéré à Daech qui, en recul sur tant de fronts, pourrait renouveler sa propagande et son recrutement au nom de la défense de l’islam. D’autre part, elle donnerait l’occa­sion à l’Iran de se lancer dans une bataille devenue religieuse, même s’il a d’autres objectifs .




Lien court:

 

Courriel
 
Nom
 
Titre
 
Commentaire