Semaine du 22 au 28 octobre 2014 - Numéro 1046
Boutros Boutros-Ghali : « La relation particulière entre les musulmans et les coptes est l’un des piliers de l’Etat »
  Boutros Boutros-Ghali est l’icône de la diplomatie égyptienne. Son expérience locale et internationale et ses avis permettent de jeter la lumière sur plusieurs sujets et de proposer des solutions aux problèmes.
Boutros Boutros-Ghali
Boutros Boutros-Ghali
Aîcha Abdel-Gaffar24-04-2013

Al-Ahram Hebdo : Que pensez-vous du pro­blème confessionnel à la lumière des derniers incidents survenus en Egypte ? Y a-t-il des mécanismes aptes à lut­ter contre la sédition confession­nelle ?

Boutros Boutros-Ghali : La rela­tion particulière entre les musul­mans et les coptes d’Egypte consti­tue l’un des piliers de l’Etat. Si cette relation disparaît pour une raison ou une autre, cela signifie la disparition de l’un de ces piliers. Pour renforcer ce pilier, il faut accorder un intérêt particulier à l’enseignement et au rôle des médias, de plus qu’il faut engager des dialo­gues et surveiller les prêches du vendredi dans les mosquées. Ce pilier a besoin d’une campagne de sensibilisation alors qu’auparavant, il était négligé sous prétexte que les inci­dents confessionnels sont individuels. Leur répétition actuelle constitue un grand danger.

— Vous avez été le premier secrétaire général de l’Organisation de la Francophonie, quelle est, à votre avis, son impor­tance ?

— Mon intérêt pour la francopho­nie est lié à mon intérêt pour le continent africain et la gestion des ressources du Nil. J’ai donc estimé qu’il était de l’intérêt de l’Egypte de renforcer ses relations avec tous les pays africains et francophones, et par conséquent, renforcer les liens entre le Nord et le Sud. De plus, la moitié des Etats africains sont fran­cophones et sont étroitement liés à la France. Par conséquent, l’adhé­sion de l’Egypte à l’Organisation de la Francophonie renforce son pou­voir en Afrique. S’il y avait un moyen d’adhérer au Commonwealth, j’aurai appuyé cette idée. Cependant, ce n’est pas l’avis des Egyptiens qui, au début, avaient refusé l’adhé­sion de l’Egypte à la Francophonie. Les choses n’ont pas été faciles, parce que l’opinion publique égyp­tienne est fermée sur elle-même et n’a pas la capacité de profiter de la nouvelle révolution technologique qui est la mondialisation.

— A votre avis, quelle est la solution ?

— N’importe quel gouvernement doit faire 2 choses : régler les pro­blèmes d’aujourd’hui et réfléchir en même temps aux problèmes de demain. Chose que l’ancien régime n’a pas faite. Aujourd’hui, per­sonne ne s’intéresse aux problèmes de demain. Prenons par exemple le problème de l’eau, alors que de nombreux Etats afri­cains souffrent aussi d’une explosion démo­graphique comme l’Ethiopie, l’Ouganda et le Kenya. Ce qui signifie que dans l’ave­nir proche, ces Etats dépendront de l’irrigation au lieu des pluies pour l’agriculture. Ainsi, ces pays profiteront des eaux du Nil, ce qui affectera la quantité de l’eau qui arrive en Egypte. S’il y a une augmentation d’un million d’habi­tants, nous aurons besoin de cultiver le désert, ce qui est impossible sans des quantités supplémentaires d’eau.

— Le Printemps arabe ne signi­fie plus rien, qu’en pensez-vous ?

— Le terme « Printemps arabe » n’existe pas. C’est une idée euro­péenne. Nous pouvons plutôt parler d’un hiver arabe. Malheureusement, nous sommes dans une période de déliquescence qui peut durer au moins une décennie avant de pou­voir revenir à la situation de la décennie actuelle. La révolution arabe coïncide avec la nouvelle révolution dans le monde, et par conséquent, la nouvelle révolution technologique internationale perdra de son importance. Ce qui signifie que les pays sous-développés deviendront encore plus sous-déve­loppés.

Boutros Boutros-Ghali
Boutros Boutros-Ghali

— L’intérêt pour l’Afrique a toujours été sur votre agenda, comment estimez-vous les rela­tions égypto-africaines à la lumière de la crise de l’eau qui menace l’Egypte ?

— Nous avons perdu tout rôle dans le continent africain. Auparavant, nous soutenions les mouvements de libération pour qu’ils se débarrassent de l’occupa­tion. Ensuite, les Etats africains ont adopté le mouvement du non-ali­gnement dans lequel l’Egypte jouait un rôle prépondérant. Puis, nous avons négligé le continent africain, ce qui a fait qu’un nouvel Etat, qui est l’Afrique du Sud, est devenu le leader du continent.

— Quelles sont les questions relatives à l’avenir qui vous pré­occupent le plus ?

— Je suis particulièrement préoc­cupé par la question de l’explosion démographique et les moyens d’y remédier, et bien sûr la question de l’eau qui a besoin d’un intérêt parti­culier dirigé par un diplomate qui connaît bien les Africains. Nous devons également nous intéresser aux relations internationales en ce qui concerne les droits de l’homme. Et aussi penser à transférer la capi­tale dans un autre endroit, car la surpopulation et les embouteillages coûtent à l’Etat quotidiennement des millions de L.E.




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