Al-Ahram Hebdo, Idées | Le prix Naguib Mahfouz décerné à la révolution

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 Semaine du 14 au 20 décembre 2011, numéro 900

 

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Idées

Prix Littéraire . C’est au « peuple égyptien » que revient cette année la médaille récompensant le meilleur roman arabe au nom de Naguib Mahfouz. En faisant ce choix, le jury de l’Université américaine du Caire honore autant les « créations révolutionnaires » que le pouvoir visionnaire du seul Nobel arabe.

Le prix Naguib Mahfouz décerné à la révolution

Il y a cent ans exactement naissait Naguib Mahfouz dans le quartier de Gamiliya au Khan Al-Khalili au Caire. L’écrivain, premier et unique auteur arabe à recevoir le prix Nobel de littérature, demeure toujours une référence incontournable de la littérature égyptienne de la seconde moitié du XXe siècle. Chaque année, de nouvelles traductions de l’œuvre de Mahfouz sont réalisées. L’intégral de son travail, riche d’une cinquantaine de romans ou recueils de nouvelles, est désormais disponible en anglais chez AUC Press, la maison d’édition de l’Université américaine du Caire.

2011 aurait être l’année Naguib Mahfouz. Aussi bien le ministère de la Culture que des organismes privés se devaient de saluer la mémoire du célèbre écrivain égyptien. Cérémonies, publications et conférences d’auteurs de renom étaient programmées pour donner au centenaire de Mahfouz l’importance symbolique qui lui revient légitimement. Le 25 janvier est venu reléguer cet événement aux dernières places de l’actualité. Seuls quelques hommages lui ont finalement été rendus, comme la remise annuelle de la Médaille Naguib Mahfouz.

Créé en 1996, ce prix remet une bourse au meilleur roman contemporain publié en arabe. Il offre aussi une traduction de cet ouvrage en anglais et par- même une reconnaissance internationale à des écrivains parfois inconnus à l’extérieur de leur propre pays. Quel était donc cet auteur qui, au regard de la révolution égyptiennequ’on ne pouvait ignorer — offrait l’œuvre la plus audacieuse, la plus perspicace, la plus juste post ou pré-révolution ? Quel auteur pouvait symboliser à lui seul la volonté du jury de soutenir la révolution ? Ce dernier n’a pas eu à trancher et a décerné le prix « à la créativité révolutionnaire du peuple égyptien ». Tentative d’esquive ou véritable hommage aux révolutionnaires ? Samia Mehrez, professeur de littérature et membre du jury, affirme que « le choix cette année était particulièrement difficile. Comment célébrer le prix d’un seul écrivain tandis que des jeunes meurent à Tahrir ou sont emprisonnés ? ». La remise du prix prend, en 2011, des allures de deuil.

Comprendre la symbolique littéraire

« Nous voulions reconnaître la collectivité », poursuit Mehrez : une collectivité qui se bat mais qui crée aussi quotidiennement. Pour comprendre la symbolique littéraire du prix 2011, il ne faut pas s’arrêter aux romans ou aux nouvelles. « Les slogans, les pancartes, les graffitis, les caricatures … tout cela fait partie de la littérature au sens large. La révolution a permis l’émergence de centaines de créations, qu’elles soient individuelles ou collectives, et c’est cela que nous voulions mettre en avant », détaille la professeur. « Le choix était simple : soit nous annulions le prix cette année, ce qui aurait été un aveu de faiblesse, soit nous affirmions notre soutien au changement et c’est cela que nous avons fait ». Un choix courageux et qui possède l’avantage de ne pas avoir à trancher entre quelques jeunes écrivains à la prose et à l’action pro-révolutionnaire.

Mais n’est-ce pas finalement l’œuvre de Mahfouz lui-même qui est récompensée par ce prix 2011 ? Naguib Mahfouz était lui aussi révolutionnaire. Sa littérature regorge d’espoir et d’envie de changement, que ce soit en Egypte ou dans d’autres pays du monde, comme la Palestine qui lui tenait tant à cœur. « Certaines scènes de sa Trilogie décrivent exactement ce qui se passe sur Tahrir », se souvient Mehrez, qui est aussi une des spécialistes du Nobel arabe. C’est comme si, en ne choisissant personne, le jury avait honoré l’esprit visionnaire de Mahfouz et ses textes qui ont peut-être joué un rôle caché dans la révolution de janvier.

Aujourd’hui, Mahfouz est de nouveau au cœur de certaines polémiques. Lui qui échappa au couteau d’un extrémiste en colère contre ses textes est toujours remis en cause par certains obscurantistes qui disent voir dans son œuvrequ’ils n’ont probablement pas lue — « une incitation à la débauche et à la prostitution ». De quoi faire sourire certains intellectuels tandis que d’autres prennent la menace au sérieux dans ces temps électoraux tout reste possible. Mais toujours est-il que pour comprendre pourquoi ce prix fut décerné au « peuple égyptien révolutionnaire », il faut d’abord avoir lu Mahfouz.

Alban de Ménonville

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