Musique . Six cantatrices confirment leur identité arabe en fusionnant cordes orientales et occidentales. Rendez-vous est donné au Parc d’Al-Azhar, pour savourer les soirées ramadanesques célébrées par la fondation Al-Mawred al-saqafi.

Les roses du désert

Voix féminines touchantes, vibrantes et intrépides, de jeunes vedettes-stars du chant de divers pays arabes. C’est ce que propose le programme Hay (vivant) — mot utilisé pour glorifier Dieu. Un programme organisé annuellement par la fondation Al-Mawred al-saqafi (ressource culturelle), pour célébrer les nuits ramadanesques au théâtre Al-Guéneina, Parc d’Al-Azhar.

Ambassadrices de leur pays, chacune de ces six voix féminines porte à sa manière un message de solidarité universelle. Des voix qui puisent dans la musique traditionnelle de leur patrimoine tout en l’incrustant d’une touche de modernisme pétillant, fusionnant rythme oriental et occidental.

Selon l’ordre des soirées, le théâtre Al-Guéneina accueille en premier, le 19 août, la chanteuse libanaise Tania Saleh. Diplômée en art musical de la Sorbonne à Paris, Tania Saleh, à la fois compositrice et auteur, est aussi cette chanteuse qui, à forte présence sur la scène musicale arabe et mondiale, aborde dans ses chansons, à arrangements musicaux sophistiqués, des paroles teintées « d’humour noir et acerbe ». Une manière de créer un dialogue universel fusionnant instrument oriental (riq, qanoun et luth) à occidental (guitare acoustique). A voix chaude et douce, haute et forte, la Palestinienne Rim Talhami traduit à son tour toutes les nuances de l’émotion et du combat. Il est à savoir que Rim Talhami est une Palestinienne d’Israël, communément appelés les Palestiniens de « 48 ». A l’âge de 17 ans, elle quitte son village vers Jérusalem, pour étudier la musique à l’Université hébraïque et le chant à l’Académie de musique Rubin. Cette chanteuse, dont l’enthousiasme et le professionnalisme font de ses concerts, et selon ses fans, de « véritables moments de bonheur », sera accompagnée le 20 août d’instruments traditionnels qui, tout en gardant l’esprit de la musique orientale, ajoute une lueur occidentale, en usant du saxophone et de la contrebasse.

Chansons patriotiques émouvantes. C’est ce qui caractérise également la chanteuse jordanienne Macadi Nahass. Diplômée de l’Institut supérieur patriotique de Beyrouth, Nahass a programmé pour sa soirée du 26 août un bon nombre de chansons de ses albums Kan yama kan (il était une fois, 2004) et Kholkhal (bracelet, 2007). Des chansons qui, puisant leurs cadences dans le patrimoine arabe jordanien et même iraqien, portent émotionnellement le spleen des deux pays.

Quant à l’Egypte, elle sera représentée par la jeune chanteuse Donia Massoud (le 27 août), accompagnée de sa troupe Fiounkat (nœuds-papillons), à titre si délicat et fin. Très indépendante et autodidacte, Donia Massoud a voulu montrer à travers son art qu’il ne suffit pas d’avoir du talent, mais qu’il faut le perfectionner. Raison pour laquelle elle décide, à l’âge de 21 ans, de passer trois années de recherches et de documentations, en poésie et musique folklorique, à travers tout le territoire égyptien. Ce, afin de ressusciter le répertoire musical encore « inexploité » de son héritage ancestral, d’un style plus original.

Egalement autodidacte, la jeune Tunisienne brune Amal Mathlouthi, qui réside actuellement à Paris, prendra part au programme ramadanesque Hay, le 2 septembre. Cette dernière est peinte, selon ses fans, d’« une très belle voix qui transcende un répertoire folklorique oriental des plus prometteurs ». A formation pop, Amal Mathlouthi, 27 ans, se voit emporter à l’âge de 19 ans par la chanson, un élément incontournable de sa vie qui, selon elle, « la fait voyager et l’aide à découvrir un autre monde de sensibilité et de beauté ». Voyager, mais aussi affirmer son identité arabe, avec un langage musical propre à elle. Toujours accompagnée de sa guitare, ses textes sont autobiographiques et retracent l’amour de la vie, la beauté, le désespoir et la frustration face aux maux du monde, le rejet des traditions, des conventions et du « savoir-vivre ». « L’une des figures de proue des musiques actuelles arabes », comme la décrivent ses fans. Une nomination qui n’est pas étrange à l’une des disciples des fameux compositeurs, le Libanais Marcel Khalifa et l’Egyptien cheikh Imam qui l’ont dirigée vers une nouvelle conception musicale, celle de savoir exprimer « sa rage dans la sienne ». Ce, par le biais de chansons qui dénoncent, avec une voix puissante et à portée universelle, une certaine mélancolie qui brasse les genres, alliant le rock progressif à la musique orientale, avec une touche folk.

Née en Belgique et originaire du Moyen-Orient, Natacha Atlas, qui se produira au théâtre Guéneina le 3 septembre, est cette chanteuse aux origines diverses : égyptienne, palestinienne et marocaine. Culturellement très riche, sa musique, qui est entièrement acoustique, puise dans les sonorités arabes, africaines, orientales et même occidentales. C’est à ses débuts, en 1993, que Natacha Atlas a rencontré le collectif multiculturel londonien Transglobal Underground qui, en mélangeant l’électronique, le hip-hop et le funk avec les musiques traditionnelles africaines, indiennes et moyen-orientales, joue un rôle déterminant dans l’explosion de la scène World-dance actuelle. Classée dans la catégorie des « musiques du monde » selon les médias, Natacha Atlas, à voix « sensationnelle », demeure fidèle à ses pairs égyptiens du nubie-chaabi (populaire) et du Jeel (musique égyptienne). Sa mission est de rapprocher l’Orient et l’Occident sur le plan musical, en saupoudrant d’Orient la chanson française, le pop, le rap et d’autres styles musicaux, soutenus d’instruments occidentaux et orientaux (accordéon, flûte, violoncelle, guitare, darbouka et clarinette). Une manière d’emporter son auditeur vers une musique classifiée de « world music », en quête de toute nouveauté scénique.

Névine Lameï