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 Semaine du 7 au 13 juillet 2010, numéro 826

 

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Société

Chawams . Les changements politiques et sociaux survenus ces dernières décennies ont été à l’origine de la réduction du nombre de cette communauté unique en son genre. Elle est passée de 100 000 à 20 000 personnes. Etat des lieux.

Intégration parfaite

« Je suis à Ramsès, 4 rue Kharbotli, au premier étage », raconte Michel Tewfiq Farwagi, 79 ans, décoriste. Sa mère est libanaise et son père, en Egypte, est d’origine palestinienne. Ses grands-parents ont quitté leur pays pour éviter que leurs enfants ne participent à la guerre contre la Turquie. Installé en Egypte, le couple Farwagi a eu 7 enfants, les uns ont élu domicile au Liban et les autres, dont Michel, ont opté pour l’Egypte. Cet artiste a participé à une exposition à Damas et lors de la rupture de l’Union syrio-égyptienne, il s’est rendu au Liban, il a rencontré Soad. Après leur mariage et la naissance de leurs trois enfants, ils sont venus s’installer définitivement en Egypte.

La famille Farwagi est un exemple parmi des milliers de Chawam (personnes originaires du Liban, de Syrie et de Palestine) vivant en Egypte depuis de longues années et s’intégrant parfaitement dans la société égyptienne sans perdre pour autant leur identité. « Les Libanais m’appellent l’Egyptienne et les Egyptiens la Libanaise », dit-elle avec un parfait accent libanais. Soad résume ainsi sa situation et celle de tous les Chawam qui résident encore en Egypte et ne sont en fait que les petits-enfants de ceux qui y ont immigré à l’époque ottomane.

Madeleine, qui représente la quatrième génération de la famille Farwagi en Egypte, est la première à avoir du sang égyptien dans les veines grâce à son mariage avec un copte. « Chez mes parents, tout est à 100 % libanais, la nourriture, les discussions, et surtout les coutumes, etc. Mais chez moi, il y a un mélange des deux cultures qui enrichissent ma vie », dit Madeleine qui parle couramment le dialecte égyptien.

D’après le père Rafik Greich, prêtre catholique, « la discrimination religieuse en Syrie et le désir de faire du commerce ont été les raisons essentielles des vagues d’immigration incessantes des Chawam vers l’Egypte ». Les gens originaires de ces pays appellent jusqu’à présent l’argent « massari » qui vient du mot « Masreyyine » ou « Egyptiens ». Les grands-parents du père Rafik sont des Syro-libanais venus en Egypte vers la fin du XIXe siècle. « Mon grand-père possédait une très belle villa dans le gouvernorat de Béheira et même des terrains agricoles. Il a eu 10 enfants qui ont fait leurs études en Egypte mais il se rendait chaque été au Liban. Notre vie a été partagée entre ici et -bas, sans que l’on ressente que ce sont deux endroits différents », dit Greich qui ajoute que son arrière-grand-père, un pacha, était le chef du domaine de la reine Nazli. Un titre important porté par un Chami, et cela était très fréquent à l’époque royale, ce qui prouve l’importance des relations entre les deux pays.

D’ailleurs, les Chawam n’ont jamais été traités comme des étrangers en Egypte. Les raisons économiques et l’investissement étaient en tête de liste des raisons du débarquement de ces gens en Egypte. Ils ont réussi leur vie à tel point qu’au début du XXe siècle, la fortune des Libanais en Egypte représentait 10 % de la fortune nationale du pays. Cependant, il y a eu d’autres raisons pour cette immigration, à savoir poursuivre un enseignement religieux à Al-Azhar ou de médecine à Qasr Al-Aïni.

Les Chawam avaient toujours un rôle culturel essentiel au sein de la société égyptienne : ils sont les précurseurs de la presse écrite et du théâtre : Sélim Al-Hamaoui a fondé Kawkab Al-Charq à Alexandrie en 1873, Sélim et Béchara Teqla ont créé Al-Ahram en 1875. Avec Sélim Naqqach, ces deux frères ont monté la première troupe théâtrale qui a présenté une pièce de théâtre pour la première fois au palais de Zizinia à Alexandrie en 1876.

Les Chawam avaient toujours une influence économique, surtout dans la Bourse du coton et dans les domaines des matières chimiques lourdes, du bois et du tabac. Farwagi se rappelle l’histoire que son père ne cessait de ressasser : demander la nationalité égyptienne, surtout que le Traité de Lausanne de 1927 leur donnait droit de l’acquérir.

« Certains ont préféré garder leur nationalité d’origine, mais beaucoup ont choisi de se naturaliser Egyptiens parce qu’ils en ressentaient le besoin et mon père a opté pour le second choix », dit Farwagi en montrant la carte d’identité de son père.

En fait, selon Massoud Daher, l’auteur du livre L’immigration des Chawam, cette intégration a connu un tournant historique et après la Révolution de 1952, le président Abdel-Nasser a chassé les étrangers et a exigé que les citoyens aient une seule nationalité. Beaucoup de Chawam binationaux ont quitté le pays. « Notre nombre était de 100 000 environ, mais aujourd’hui, nous ne sommes que 20 000 », affirme père Greich.

Les Chawam moins lotis

Depuis lors, la situation des Chawam n’est plus la même en Egypte. On ne voit plus leurs noms liés aux grands projets financiers comme avant. Voire, les projets qui portent leurs noms sont ignorés par beaucoup de gens. L’hôpital privé Sidnawi, qui était le premier en son genre, n’est pas la propriété d’un juif comme beaucoup le pensent mais d’un Chami. Les rues qui portent les noms des capitales des pays du Cham, des chaînes de magasins ou des sociétés qui continuent à porter les noms de leurs propriétaires chawam et que les enfants dirigent encore sont les seules traces de cette communauté en Egypte.

 

Au fil des ans, leur présence a perdu de son ampleur et leur statut a connu une régression. Aujourd’hui, on continue à les croiser chaque dimanche dans les églises. « Ces rendez-vous sont sacrés, tout d’abord pour la messe mais aussi pour échanger nos nouvelles », dit Loula Lahham, d’origine palestinienne. Outre les messes, continue Lahham, on tient à se voir au moins une fois par semaine aux clubs des églises ou chez quelqu’un de la communauté, peu importe le quartier.

Héliopolis, Zamalek et le centre-ville sont les quartiers préférés par les Chawam actuellement. Une allure différente, des noms peu connus, un langage qui comprend quelques mots étrangers, ce sont les indices qui peuvent révéler qu’on est devant un Chami.

Grecs catholiques, Grecs orthodoxes, Maronites et Syriens catholiques et orthodoxes sont les sectes des Chawam égyptiens et qui sont les mêmes dans leurs pays. « Les musulmans sont nombreux aussi, mais on ne peut pas préciser leur nombre car ils se dirigent vers les mosquées avec tout le monde. Les Chawam chrétiens ont leurs églises. C’est facile d’en connaître le nombre », explique père Greich avec un accent purement égyptien mais qui comprend beaucoup de mots français et même anglais.

Ce dernier, comme tous les Chawam, accorde beaucoup d’importance à l’éducation. « La majorité des Libanais ou des Syriens sont au moins bilingues », dit Greich, en affirmant que la langue française est essentielle comme l’arabe chez les Chawam. Le domaine qui témoigne encore de l’existence des Chawam est celui de l’art qui considère leur passage par l’Egypte comme un passeport de succès. « L’émigration des Chawam vers l’Egypte s’est faite normalement grâce à cette relation unique entre les deux peuples, mais il est normal que leur nombre soit en baisse, puisque les Egyptiens quittent eux aussi leur pays », dit le sociologue et politicien Ahmad Yéhia Abdel-Hamid.

Ce dernier explique que les Chawam qui vivent encore en Egypte sont le prolongement des anciennes générations et s’insèrent très bien dans la société.

Magdi Habib, professeur, d’origine libanaise, n’a aucun proche parent en Egypte. Sa femme n’a pas eu d’enfants, il refuse pourtant de rentrer au Liban comme lui a conseillé sa famille. « La patrie c’est la terre sur laquelle nous avons vécu, grandi, avons des amis et des souvenirs. Comment la quitter après toutes ces années ? », s’interroge Habib .

Hanaa El-Mekkawi


 

La fierté de binationaux

Rita et Marc font partie de la quatrième génération d’une famille libanaise installée en Egypte depuis des lustres.

Ils sont persuadés que cette double identité fait toute leur richesse.

« Je suis libanaise comme je suis égyptienne », dit Rita Latif ou Lteif comme on le prononce en libanais, une jeune de 14 ans, égyptienne mais d’origine libanaise. Avec son frère Marc, de 12 ans, ils représentent la quatrième génération des familles Nahoul et Latif qui sont venues en Egypte pour la première fois au début du XXe siècle. Ces enfants vivent cette double nationalité (libanaise et égyptienne) sans aucun complexe. Cette particularité n’est perceptible qu’à travers les quelques mots prononcés avec un accent différent ou à travers les repas hors du commun pour leurs camarades à l’école, ou lorsqu’ils fêtent avec leurs parents des occasions que seuls leurs compatriotes libanais célèbrent telles que la fête de sainte Barbe.

« La même chose se produit au Liban. Les deux dialectes que nous parlons avec perfection révèlent notre double identité. Mais ceci n’empêche pas que l’on se sente chez nous en Egypte comme au Liban », explique Marc. Sa mère lui racontait que lorsqu’elle était jeune, elle sentait beaucoup plus les points de divergence qui séparaient sa maison des autres. Mais aujourd’hui, et grâce à cette richesse culturelle artistique et sociale que vit l’Egypte, ce sentiment a disparu. Tout le monde est au courant des différents dialectes et arts culinaires qui distinguent les différents pays arabes.

L’année de Rita et Marc est partagée entre Le Caire et le Liban. S’ils passent au Caire leur année scolaire, c’est au Liban qu’ils se défoulent pendant les vacances d’été. -bas, la famille garde toujours la maison du grand-père située sur la montagne de Feytroun.

Une vie à deux rythmes qui donne à Rita une certaine singularité. D’après elle, la vie entre deux pays et deux peuples lui donne plus de sécurité et rend sa personnalité plus riche. Elle se sent tout à fait intégrée dans ces deux pays qui ont forgé son caractère.

Elle passe avec son frère Marc deux mois dans une colonie pour les Libanais expatriés. Ils trouvent bizarre lorsqu’on leur pose la question : Etes-vous égyptiens ou libanais ? « Je suis les deux en même temps et cela me va très bien. L’Egypte et le Liban sont pour moi une seule patrie, même si la distance les sépare géographiquement », répond Rita.

Elle achèvera bientôt ses études au cycle préparatoire. L’histoire du Liban commence à l’intriguer et les nouvelles de ce pays semblent de plus en plus inciter sa curiosité. Elle cherche aussi à apprendre plus sur sa famille et ses origines. Elle est assoiffée de connaître toute l’histoire de son pays d’origine, les guerres auxquelles il a participé.

« J’apprends à l’école l’histoire de l’Egypte. Je veux donc me pencher sur l’histoire de mon autre pays, d’autant plus que j’ai des cousins et des amis dans les deux pays. Je ne dois jamais m’isoler de l’un d’eux et ne pas suivre l’actualité », conclut Rita?.

H. M.

 

 

 




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