Al-Ahram Hebdo,Arts | L’émancipation par les mouvements
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 Semaine du 24 février au 2 mars 2010, numéro 807

 

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Arts

Danse. Chorégraphié par Walid Aouni, Nissaa Kassem Amin (les femmes de Kassem Amin) est un spectacle qui engage un dialogue danse-musique et danse-société. Des scènes riches qui éveillent les consciences et soulèvent des questions.

L’émancipation par les mouvements

Riche en émotions, splendide de par sa gestualité, le spectacle de danse Nissaa Kassem Amin (les femmes de Kassem Amin) ne laisse pas indifférent. Le chorégraphe Walid Aouni donne envie de regarder attentivement jusqu’au bout.

Ainsi la scène s’ouvre-t-elle sur une dizaine de femmes vêtues en noir ayant les têtes entièrement couvertes de tissus noirs suspendus verticalement au plafond. En présence d’une dizaine d’hommes qui cherchent sans cesse à fixer ces tissus. Walid Aouni met en scène des corps agressés, secoués par la violence masculine. Une évocation d’une époque où les femmes se trouvent soumises et aliénées. Le chorégraphe a donc le souci d’exploiter une mémoire collective et de la faire parfaitement adapter à la chorégraphie.

Evoquer la situation actuelle de la femme

Qui peut mieux que Kassem Amin incarner l’histoire de l’émancipation de la femme à la fin du XIXe siècle ? Il annonce que le fait d’intituler le spectacle Les femmes de Kassem Amin ne signifie pas forcément parler exclusivement de ses idées ou de ses deux livres Tahrir al-maraa (l’émancipation de la femme) et Al-Maraa al-gadida (la femme nouvelle). Mais, c’est l’occasion d’évoquer la condition féminine actuelle. « Pendant le XIXe siècle, l’Egypte a connu une certaine prise de conscience sur les plans politique, culturel et social, surtout avec Rifaa Al-Tahtawi, Gamaleddine Al-Afghani, Al-Kawakebi, Mohamad Abdou et son disciple Kassem Amin. Ils se partageaient tous la même cause, mais avec des idéologies différentes. Il y avait également des figures féminines qui se sont vouées à la cause au XXe siècle et qui sont devenues des symboles. Il existe donc ceux qui étaient avant Kassem Amin et ceux qui étaient après ».

Des références socioculturelles complexes présentées, en toute simplicité, sur scène. Une actrice-danseuse en noir se jette sur le bas d’une longue robe blanche, symbole de liberté, laissant ses copines perplexes. Une scène où Kassem Amin passe un livre à une femme et prend son yachmak (un petit voile couvrant autrefois le visage des femmes). A travers une autre scène, les hommes essayent de séduire les femmes, cherchant à lire les livres de Kassem Amin, en vue de les désorienter. Il y a toujours un mouvement pour en contrer un autre, une multitude de combinaisons, d’où la richesse des scènes.

Aouni travaille les costumes, le décor et la musique pour varier les étapes du combat et les rendre intenses. Les robes en noir, au début du spectacle, symboles de soumission, passent au blanc pendant la lutte pour l’émancipation et deviennent de toutes les couleurs à la fin. Les ombres chinoises tiennent une place importante : les femmes ne se montrent libérées qu’en l’absence des hommes. Une absence relative puisque ces derniers figurent, en arrière-plan, en ombres chinoises. Le chorégraphe fait l’éloge du corps féminin ; il s’en sert pour exprimer des sentiments profonds. « C’est un spectacle féminin », souligne Aouni.

Le spectacle repose sur une trame sonore des compositeurs du premier rang, tels Craig Armstrong, AR Rahman, Eric Serra, Anne Dudley et Jaz Coleman. Et quoique le thème soit purement arabe, un seul morceau est signé par un compositeur arabe, à savoir le Libanais Jihad Aql. Paradoxe ? « Pas du tout. C’est une question de sens. Je pense que ces morceaux traduisent bien mes idées. Il ne faut pas oublier, cependant, que les orientalistes ont peint des figures locales mieux que certains peintres autochtones ». Aouni justifie ainsi son choix musical à la fois ingénieux et fin. Chaque correspondance entre musique et interprétation corporelle engendre un sens du combat, de face-à-face hommes-femmes, mais aussi des sentiments d’angoisse, de bonheur, de sensualité, etc. Grâce à une certaine communication productive entre musique et mouvement, ce spectacle incite à reformuler des questions importantes concernant le rapport musique-danse, parallèlement à celles reliant danse et cause sociale.

La chorégraphie n’exclut pourtant pas de références, ni à l’absurdité, ni à la dérision. Cela avec la scène finale où nous assistons à une reproduction de la première scène, mais avec un changement de place : ce sont les hommes, vêtus en noir, ayant les têtes entièrement couvertes de tissus, qui cherchent à se libérer. La scène s’achève sur une citation de Kassem Amin portant sur le rôle de l’art en tant qu’outil réformant les sens. « Il existe un rapport étroit entre émancipation de la femme et liberté de l’art ».

Walid Aouni est un chorégraphe pour qui conception et technique vont parfaitement ensemble. Impossible de résister donc à ses tableaux visuels saisissants, à sa gestualité élastique, à ses idées régénérées.

Lamiaa Al-Sadaty

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Le 24 février au théâtre Sayed Darwich à Alexandrie, à 20h.

 




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