Jalons

5 octobre 1945 : Naissance à Alexandrie.
1976 : Doctorat en composition.
1978 : Composition de la musique du feuilleton Mohamad le prophète.
2000 : Création de l'école de la découverte des talents.
2001 : Membre du comité organisateur de la 10e édition du Festival de musique arabe.

 

 

 

Membre du comité organisateur du Festival de la musique arabe, découvreur de jeunes talents, Gamal Salama est aussi et surtout un compositeur prolixe.

Une vie dans les airs

Assis sur le tabouret de son piano, il fait courir ses doigts sur les touches d'ivoire, mais il ne les voit pas. Son regard est porté loin vers le haut et son sourire plutôt angélique se dessine sur son visage reflétant une grande satisfaction, une joie intense et sereine. On comprend alors qu'il est en compagnie de sa « bien-aimée », l'unique amour de sa vie que « nul ne partage » avec lui. Il est tout pour elle, elle est tout pour lui. Celle qui a réussi à conquérir le cœur de cet homme, très critiqué par les médias et autres, notamment pour son orgueil un peu trop poussé, s'appelle la musique. Voilà, en bref, le grand amour qui anime le cœur et l'âme de Gamal Salama, compositeur, conseiller artistique du directeur de l'Opéra du Caire et responsable de la découverte et de la formation des jeunes talents, chanteurs et musiciens. Dans son bureau à l'Opéra du Caire, le piano constitue l'unique pièce imposante. Car le local réservé à Gamal Salama n'est pas un bureau comme les autres. Seul son ami, le piano, est là entouré de micros et de chaises pour s'asseoir ... et écouter. Donc un endroit des plus modestes qui dissone avec les grands airs d'opéra caractéristiques du compositeur. Là on est attiré par le charme des voix toutes fraîches qui se forment en attendant le chemin qui les mènera vers le succès et la gloire.
C'est ici que nous avons rencontré Amira Ahmad, jeune bachelière qui perfectionne sa voix déjà bien forgée avec son maître tout fier de ses « mawaheb » (talents) qu'il guide doucement mais fermement, tel un père sur la bonne voie.
En attendant, c'est dans un autre bureau, luxueux, aux lumières douces que Gamal Salama nous reçoit en toute amabilité. Il s'agit du bureau de sa charmante collaboratrice, celle qui fut un jour son épouse, Gihane Morsi, réalisatrice et responsable de la formation vocale des nouveaux talents. C'est donc dans cette ambiance chaleureuse que ce « génie musical », comme le qualifient les nombreux admirateurs de sa musique unique en son genre, évoque les étapes de sa vie, son enfance, son parcours difficile, son titre de docteur en composition que les critiques n'ont pas épargné. Et pour cause : il est trop jeune — 31 ans — pour se voir attribuer un tel titre.
En tout cas, le musicien est doué, il a du talent, du génie à nous faire aimer et à nous transporter vers les sons aigus de l'opéra, mais en même temps à nous ramener sur terre avec un ton qui devient immédiatement très doux. La musique, à la fois sublime et sereine, révèle une profondeur de sentiments et une puissance d'expression. Musicien-né, la musique coule dans ses veines.
« Je suis né dans une famille de musiciens, souligne-t-il. Mon père jouait de la trompette, mon frère de l'accordéon dans la troupe d'Oum Kalsoum et ma sœur est diplômée des beaux-arts. Pour ma part, dès l'âge de 7 ans, mon père a nourri ce don pour la musique en m'inscrivant aux cours de piano, ce qui était rare à cette époque, dispensés à l'école, à côté des études académiques du cycle préparatoire ». En ce temps-là, le ministère de l'Education tenait à inclure les cours de musique dans les programmes scolaires.
Entre 1957 et 1962, des progrès immenses ont été réalisés, « c'est la principale étape de ma formation », dit-il. « Mon père insistait à ce que j'aie un diplôme en poche, même si tu décides de le mettre de côté. Un homme sans diplôme ne vaut rien », dit-il, tout ému, maîtrisant en vain ses larmes, dans sa voix et ses yeux, en évoquant ces souvenirs gravés dans sa mémoire tel un testament. Et Gamal tient sa promesse et met même les bouchées doubles, puisqu'il accepte de passer de la 3e classe supérieure de chant à la première année de composition pour cumuler les deux diplômes. Une grande vénération pour le père, mais aussi un profond respect pour le conseil prodigué par le docteur Samha Al-Khouli « qui m'a conseillé de me consacrer uniquement à la composition ». En 1962, il termine ses études à l'école secondaire de Hélouan pour accéder à la grande école du chant, au Conservatoire du Caire. « A côté des études, je jouais du piano pour la Radio et la Télévision devant le grand monde de la musique à cette époque, comme mon collègue Ramzi Yassa, Sonbati, Abdel-Wahab et Abdel-Halim ».
Durant cette période d'études, Gamal n'a cessé de jouer et de nouer de bonnes relations avec le grand monde de la musique et le cercle des artistes musiciens. Son niveau était bien supérieur à son âge et il fallait aller de l'avant. L'accord était unanime qu'il y avait un manque de compositeurs égyptiens. En 1967, « j'ai voyagé avec une troupe en Italie et en Espagne, ce qui a été une grande expérience », remarque-t-il. A son retour en 1970, il est choisi pour jouer à l'orgue, accompagnant la diva Oum Kalsoum dans Aqbala al-leil (La Nuit tombe), une composition de Sonbati, puis avec Farid Al-Atrach. L'orgue est devenu le roi des mélodies arabes.
Entre 1971 et 72, diplôme en poche, il est désigné comme conseiller du grand musicien Abdel-Halim Noweira, alternant études et concerts au piano, au violon et à la flûte, mais aussi une grande expérience. Il se consacre à la composition et fait ses premiers pas dans la musique des films, avec les grands noms du cinéma égyptien, notamment Youssef Chahine et Salah Abou-Seif, ce qui lui a valu de grandes amitiés et un joli palmarès de 300 à 400 musiques de films. Il fait également une entrée toujours musicale au théâtre, cette fois-ci avec Samir Sarhane et feu Karam Motawie.
C'est dans les années 1970 qu'une grande histoire d'amour le lie à la musique, couronnée en 1972 par un voyage à Moscou, en Russie où, grâce à une bourse d'études au Conservatoire de Tchaïkovski,
« j'ai passé trois ans auprès du célèbre compositeur soviétique, Khatchatourian, qui a vu en moi sa jeunesse. J'étais en présence d'un artiste universel tel Beethoven. Ses conseils ont été précieux pour moi, dit-il sur un ton nostalgique. C'était l'âge d'or de la Russie, je dois l'avouer, une vie toute imprégnée d'une ambiance artistique ». Cinq étages rassemblant des artistes, toutes nationalités confondues, vivaient au rythme des œuvres musicales. « En 1975, lors du concours Tchaïkovski, nous avons joué de la musique de chambre. Pour la première fois, un Egyptien jouait avec l'orchestre symphonique L'Egypte moderne (Misr al-haditha), et Khatchatourian m'a présenté au jury comme un artiste qui promet, venant d'un grand pays, l'Egypte. Le jury m'a demandé si je voulais vivre ici ou bien retourner en Egypte. J'ai préféré retourner dans mon pays, auprès de mon épouse espagnole et de ma fille que j'avais laissées ici ». Il n'était pas d'ailleurs le seul à revenir au pays. « Nous formions un groupe homogène qui a contribué à la renaissance artistique de l'Egypte », poursuit-il.
Le « nous » était formé de Ramzi Yassa au piano, Moustapha Nagui au violoncelle, Hassan Charara au violon, Fawzi Fahmi, critique de théâtre, Abdel-Moneim Kamel et Magda Azza, directeurs du ballet du Caire. Là, on est bien loin de voir en Gamal Salama cet artiste critiqué sans cesse d'être un jeune trop fier de lui-même qui néglige les compositions égyptiennes. Bien au contraire, il brandit haut et fort son amour pour son pays par des œuvres immortelles qui sont sur toutes les lèvres. En 1976, le président de l'Académie de musique, Rachad Rouchdi, commande Oyoune Bahiya. Gamal prépare alors un opéra-ballet bien à l'égyptienne et non pas à l'italienne, comme l'accusent ses nombreux détracteurs. Le président Anouar Al-Sadate assiste au spectacle et lui décerne la décoration des sciences et des arts. Le public est également ravi et le spectacle dure six mois d'affilée au théâtre Al-Balloun, avec Yasmine Al-Khayam, qui chantait pour la première fois sur les planches. Et le coup de canon est tiré.
Le feuilleton religieux Mohamad le prophète, en 1978, fut un grand succès. C'était « une mission sacrée », remarque-t-il. Les festivités se suivent, les succès aussi : célébrations du 6 Octobre, Mouled al-nabi et le 23 Juillet. Le feuilleton Alf leïla wa leïla (Mille et une nuits), avec Naglaa Fathi, l'emmène à la découverte des artistes arabes, telle Samira Saïd, qui le fait passer de la chanson arabe traditionnelle à la chanson contemporaine. Le succès va au-delà des frontières égyptiennes et passe chez les voisins, les pays arabes, avec Sabah, Samira Saïd et surtout Magda Al-Roumi qui pense qu'elle est née pour chanter sa musique, comme elle aime toujours à le répéter.
Il la présente en Egypte dans le cadre de la sixième édition du Festival de la musique, qui fête ce mois-ci ses dix ans. Une occasion en or de « faire un pas dans la composition de la chanson arabe ressentie et vibrant au rythme du cœur et des événements qui secouent le monde ». Beyrouth, sett al-dounia a reçu tous les honneurs, et cette année à Beyrouth, il est honoré pour sa composition sur l'Intifada. Douze chanteurs de tous les pays arabes ont été ainsi distingués, car « rien n'est plus beau que de pouvoir vivre et partager avec les peuples une mission humanitaire », lance-t-il dans un élan patriotique.
Il essaie de combler son petit Hani, 4 ans et demi, né de son mariage avec une jeune Marocaine de 22 ans, Wafaa Banani. Mais Gamal est aussi grand-père, car Sonia est sa fille née de son mariage avec sa première épouse espagnole.
A l'Opéra, il est le professeur rigoriste chargé de former de nouveaux talents au sens plein du terme, c'est-à-dire de futures stars qui savent non seulement chanter, mais aussi être en harmonie avec elles-mêmes et sur scène, une harmonie du corps et de l'esprit. Car,
pour ce compositeur aux aspirations universelles, l'art n'est beau que quand la main, la tête et le cœur travaillent ensemble.

Mireille Bouabjian et Névine Lameï

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