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Violences . Un calme relatif régnait mardi sur le village d'Al-Kocheh, dans le gouvernorat de Sohag, après des accrochages qui ont fait 20 morts et 33 blessés, samedi et dimanche derniers.

Que se passe-t-il à Kocheh ?

Kocheh,
De notre envoyée spéciale —

Village d'Al-Kola, à 60 km d'Al-Kocheh, à 500 km au sud du Caire. La route est coupée par les forces de sécurité. Tous les camions, voitures privées ou publiques, sont renvoyés en sens inverse par la police. Les marchands se placent sur un pont du village et y étalent leurs marchandises. Ils ne peuvent plus avancer plus loin. « Seuls les habitants du village qui précèdent Al-Kocheh sont autorisés à passer en montrant leurs cartes d'identité », explique l'officier en charge du point de contrôle de ce chemin. L'autre chemin est catégoriquement fermé depuis samedi, selon l'agent de police qui le contrôle. Agglutinés devant la seule cabine de téléphone du coin, les habitants essayent de contacter leurs proches dans les villages fermés. Al-Kocheh est injoignable : « Les lignes téléphoniques sont coupées », répète sans cesse le standardiste. « Des bagarres ont éclaté entre les habitants », explique un villageois. « Ils ont coupé la rue pour que les habitants ne soient pas munis d'armes ». Al-Kocheh est donc coupé du monde. On ne voit que des ambulances qui font le va-et-vient entre l'hôpital de Dar Al-Salam, le centre médical le plus proche situé entre Al-Kola et Al-Kocheh, et l'hôpital d'Akhmim, et les deux hôpitaux situés à Sohag. Des unités de la sécurité centrale ont été dépêchées de Sohag et du Caire.


Différend financier

Tout avait commencé vendredi dernier. Selon le communiqué du ministère de l'Intérieur, une dispute entre deux commerçants, Rached Fahim Mansour (copte) et Fayez Awad Hassan (musulman), en raison d'un différend financier provoque des échauffourées entre des familles musulmanes et coptes au cours de laquelle trois coptes sont blessés par balles. Mais personne ne sait exactement ce qui a réellement été à l'origine de l'embrasement. Après une brève accalmie samedi, la violence a repris dimanche suite à une fausse rumeur selon laquelle deux des blessés seraient décédés, selon une source policière à Sohag. Les habitants des deux confessions sont alors montés sur les toits des maisons et se sont tirés dessus durant toute la journée. Un couvre-feu a été imposé sur le village. A l'hôpital de Sohag, des policiers interdisaient l'accès au bâtiment. Et il était strictement interdit de monter au premier étage où gisaient 4 des blessés dans les événements qui ont eu lieu les deux premiers jours. Seuls les parents des autres malades peuvent leur rendre visite en présentant leurs cartes d'identité prouvant qu'ils sont originaires d'autres villages et qu'ils n'ont rien à voir avec Al-Kocheh et ses alentours. Les blessés sont casés dans une seule chambre, gardée par des policiers munis de fusils. Des officiers se sont installés dans une autre chambre, à côté, pour empêcher toute intrusion journalistique. Leurs parents sont absents et les interviews nous ont été interdites. « Ici, nous n'avons que 4 survivants, et 3 morts », déclare Hamada Al-Azazi, le directeur de l'hôpital. Et d'ajouter : « Je ne sais rien sur leur confession ». Pourtant, un fonctionnaire de l'hôpital assure qu'un mort est musulman et l'autre chrétien, tandis que la confession du troisième est toujours inconnue.
Le ministère de l'Intérieur a fait savoir que les 20 victimes sont coptes, et que parmi les 33 blessés, 18 sont musulmans. Pourtant, au monastère de Béliana, on avance un bilan de 25 personnes, toutes chrétiennes. Il est impossible de vérifier les chiffres. Un médecin de l'hôpital de Dar Al-Salam, interviewé par téléphone, assure que le médecin légiste doit se rendre à Dar Al-Salam pour examiner les cadavres dans la zone encerclée et décréter les certificats de décès. Ces cadavres ne sortiront pas du cordon de sécurité entourant les villages concernés. Cette ceinture sécuritaire inviolable empêche le passage de toute information sur la réalité de la situation. Impossible d'avoir une information précise, ce qui donne libre cours aux rumeurs qui attisent encore davantage la tension.


Tension à son comble

Au monastère, la tension mêlée de colère est à son comble. Une quinzaine de prêtres répondent aux appels téléphoniques des habitants. « Nous ne pouvons rien faire », se plaint le père. Quelques individus ont pu s'enfuir du village de Dar Al-Salam et se réfugier au monastère. L'un d'eux, Anas Qéddis Moussa, 42 ans et qui a pu arriver au monastère avec sa famille lundi à 10 heures du matin, affirme que son magasin a été pillé et qu'on lui a dérobé 20 000 L.E. Ce témoignage n'a bien sûr pas pu être vérifié, le cordon sécuritaire qui entoure Al-Kocheh empêchant toute fuite. Or, il est certain que des magasins ont été pillés. Selon le communiqué du ministère de l'Intérieur, il s'agirait de 78 magasins. « Il faut envoyer les véritables informations, les responsables de la sécurité à Sohag sont les premiers responsables de ce qui se passe. Coptes et musulmans ont tout le temps cohabité dans ces villages », lance le père. Il parle des accrochages d'août 98, « qui n'étaient qu'un différend banal entre un chrétien et un musulman aggravé par les responsables de la police » (ndlr : ce différend banal avait été à l'origine de violences, en août, dans ce village de 23 000 habitants dont 75 % sont coptes). Pourtant, dans un communiqué émis lundi, le ministère de l'Intérieur souligne que « des éléments criminels et des fauteurs de troubles ont contribué à aggraver la situation entre musulmans et chrétiens au village d'Al-Kocheh ». Selon le document, ces éléments se sont mis à piller le village et ont incendié de nombreux commerces appartenant à la fois à des musulmans et des chrétiens. Le ministère affirme avoir arrêté plusieurs de ces éléments et saisi deux pièces d'armes, ainsi que « des voitures remplies d'objets volés ». Et d'ajouter : « Les services de sécurité ont pris le contrôle de la situation. Tous les incendies déclenchés par ces éléments irresponsables ont été maîtrisés », affirme encore le communiqué du ministère de l'Intérieur. Toujours selon le ministère de l'Intérieur, des dirigeants de la sécurité, des municipalités, des organisations populaires, ainsi que des hommes de religion musulmans et chrétiens se sont rendus sur place pour régler le litige.

Khouloud El-Gamal

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