Une troisième voie
Salama A. Salama
Dans
son discours à l’occasion de la Fête des ouvriers, le
président Moubarak a lancé la stratégie de l’Etat visant à
faire face à la crise due à la hausse mondiale des prix des
céréales et des produits alimentaires. Ce qui a causé
énormément de souffrance pour la majorité des familles
égyptiennes, mêmes celles des couches aisées et de la classe
moyenne.
Le président a présenté certaines mesures rapides pour
alléger la souffrance des citoyens comme l’arrêt de
l’exportation du riz et du ciment pendant 6 mois et
l’annulation des taxes sur les denrées alimentaires
essentielles. De plus, il a proposé de doubler le taux de la
prime sociale pour parvenir à l’équilibre entre les salaires
et les prix. Par ces deux voies, le gouvernement espère
pouvoir freiner la crise aiguë, alléger les effets de la
hausse mondiale des prix sur les couches pauvres et éviter
le déclenchement de la révolution des affamés. De nombreuses
organisations internationales comme la Banque mondiale et le
Fonds monétaire international ont mis en garde contre cette
révolution. Ce qui donne l’impression que la crise ne
trouvera pas une solution rapide dans un avenir proche.
Ceci signifie que les solutions temporaires, et le fait de
compter sur les efforts internationaux de secours peuvent
être totalement inutiles.
Or, des
indices très dangereux nous obligent à penser sérieusement à
recourir à une troisième voie pour remédier à la crise à
long terme. Nous parlons des efforts internationaux pour
obliger les Etats producteurs de blé, comme les Etats-Unis
et le Brésil, à arrêter d’employer les denrées alimentaires
dans la production des combustibles. Il est aussi question
des recommandations qui seront avancées par la FAO dans sa
prochaine réunion. Or, ces solutions ne semblent pas du tout
suffisantes, d’autant plus que les indices internationaux
prévoient que les taux de croissance agricole n’atteindront
pas les niveaux nécessaires pour lutter contre la famine et
les taux élevés de croissance démographique. Sans oublier
les changements climatiques probables qui peuvent causer la
détérioration de la production agricole.
Ces
craintes doivent nous obliger à adopter des politiques
modernes et préventives pour éviter de telles crises. Si
cette fois, la France nous a procuré le blé nécessaire, elle
peut ne pas le faire une deuxième fois. Donc, il faut
adopter une troisième voie et compter sur nous-mêmes dans la
production de nos besoins essentiels en denrées alimentaires,
alors que maintenant nous exportons tout ce que nous
mangeons : la farine, les fèves, l’huile, le sucre. Il faut
donc revenir à la politique d’autosuffisance et à la formule
« Celui qui ne possède pas son pain ne possède pas sa
liberté ». Il est clair que le monde est sur le point de
connaître l’ère de la pénurie des produits alimentaires. Et
il est fort probable que l’humanité vive des guerres pour la
terre et l’eau, pour ne pas dire que ces guerres ont
réellement commencé.
Il faut
donc remettre en considération la stratégie agricole de
l’Egypte relative à la production des denrées de première
nécessité. Tout en ayant recours aux méthodes agricoles
modernes, comme le traitement génétique pour augmenter la
production. Il faut annuler la politique du ministre de
l’Habitat qui consiste à transformer les terres agricoles en
terrains de construction. Or, mendier les aides étrangères
et attendre que les catastrophes nous tombent sur la tête
nous mèneront inéluctablement à une révolution de peuples
affamés, et les indices de cette révolution sont déjà
nombreux !