Sécurité .
L’ambassade des Etats-Unis à Garden City installe un nouveau
dispositif électronique qui permettra peut-être de lever les
barrages installés dans cette zone depuis 2003 et de mettre
fin aux souffrances des habitants.
Pour une issue à l’état de siège
Garden City. Les habitants de ce quartier chic du
centre-ville souffrent depuis des années d’un dispositif de
sécurité draconien qui a transformé leur vie en calvaire. Le
siège de l’ambassade des Etats-Unis se trouve précisément
dans ce quartier, d’où ces nombreuses difficultés. Les accès
à toutes les rues qui entourent l’ambassade ont été fermés
avec des blocs de ciment. Des dizaines de policiers
surveillent les lieux en permanence. Pour accéder à certains
coins proches de l’ambassade, il faut indiquer sa
destination avec précision et accepter de se faire fouiller
minutieusement. Mais il y a quelques jours, l’ambassade a
annoncé une nouvelle qui va faire plaisir aux habitants. Un
nouveau système de sécurité électronique va être installé
aux abords de l’ambassade, ce qui signifie la fin des
désagréments causés par le dispositif de sécurité et la
levée des barrages de contrôle. « Ce nouveau système
électronique sera capable de détecter les bombes et il n’y
aura plus besoin de ces barrages qui gênent les habitants »,
indique un responsable de l’ambassade des Etats-Unis. Il
affirme toutefois que la décision de rouvrir les rues à
proximité de l’ambassade appartient au ministère de
l’Intérieur.
C’est en 2003, à l’issue de l’invasion américaine de l’Iraq,
que ce dispositif de sécurité a été installé. Craignant des
représailles contre l’ambassade, les appareils de sécurité
avaient alors entièrement bouclé la zone. Les habitants du
quartier affirment vivre dans un calvaire depuis 5 ans. «
Cela fait plus de deux ans que nous ne recevons personne
chez nous. Nos amis et nos proches n’aiment pas venir ici à
cause des désagréments liés à la sécurité. Les officiers
leur demandent de garer leurs véhicules loin des lieux »,
explique Mohamad, un ingénieur qui
habite l’immeuble situé en face de l’ambassade. Il
affirme ne pas être en mesure de faire venir des ouvriers
pour effectuer des travaux de maintenance dans son
appartement. « Un jour, j’ai demandé le service d’entretien
des climatiseurs. Lorsqu’ils se sont présentés, les agents
de police qui montent la garde dans la rue leur ont dit que
l’accès était interdit et qu’ils devaient rebrousser chemin
». Mais ce n’est pas tout. Outre les désagréments quotidiens
vécus par les habitants, les propriétaires des magasins et
des bazars souffrent à cause de la baisse du nombre de
clients. Hani et Hicham Al-Gabri, propriétaires d’un bazar à
proximité de l’ambassade, affirment avoir perdu des milliers
de L.E. à cause des mesures de sécurité draconiennes. « Les
véhicules ne peuvent pas accéder à cette zone, même ceux qui
transportent des touristes. Le résultat a été que les
groupes touristiques ont arrêté de venir. Rien ne les oblige
en effet à marcher à pied et s’exposer à la fouille et aux
chiens policiers pour acheter des marchandises qu’ils
peuvent se procurer dans d’autres lieux plus faciles d’accès
», se plaint Hicham. Et d’expliquer qu’un mois entier peut
passer sans qu’un seul touriste ne vienne.
Dans de telles conditions, de nombreux propriétaires de
magasins ont décidé de changer d’activité, d’autres ont
tenté en vain de vendre leur magasin. « Personne ne veut
acheter dans cette zone maudite », explique Ossama, un autre
propriétaire de magasin, en affirmant que le marché de
l’immobilier dans ce quartier a connu une grande chute. Avec
cette mauvaise situation, certains propriétaires de magasins
ont décidé d’engager un procès contre le gouverneur du
Caire, le ministère de l’Intérieur et le premier ministre
pour demander des indemnités à cause des dégâts causés par
les mesures de sécurité. « Avant d’engager ce procès, on a
envoyé nos plaintes auprès de plusieurs instances, mais
personne n’a répondu et on a demandé au premier ministre de
nous exempter d’impôts jusqu’à l’amélioration de notre
statut et personne n’a voulu nous entendre », lance
Abdel-Hamid, propriétaire de magasin. Et de conclure : «
Même si l’ambassade met en place un nouveau système de
sécurité, le ministère de l’Intérieur ne va rien changer.
Donc pour nous, la justice est le seul recours ».
Sabah Sabet