Iraq.
Le gouvernement appelle ses voisins arabes à tenir leurs
promesses sur l’annulation des dettes extérieures. Une
mesure que beaucoup estiment maintenant difficile à tenir.
Explications.
Du plomb dans les dettes
«Abolir
les dettes est une demande fondamentale pour l’Iraq. La
Russie, à elle seule, a effacé 12 milliards de dollars de
dette iraqienne. Nous n’avons pas vu de geste similaire de
la part de nos voisins arabes », a regretté le porte-parole
du gouvernement iraqien, Ali Al-Dabbagh lors d’une récente
interview dans le quotidien koweïtien Al-Qabas. « Nous
devons oublier le passé, et cela passe en partie par
l’effacement de la dette dont la grande part avait été
contractée par le régime de Saddam Hussein pendant la guerre
avec l’Iran 1980-88 », appelle-t-il. Ces propos s’intègrent
dans une campagne que l’Iraq mène depuis deux semaines,
après la conférence sur l’Iraq tenue au Koweït pour relancer
son appel à l’annulation de ses dettes auprès des pays
arabes. Mais ce sont en fait les Etats-Unis qui ont pris
l’initiative dès la chute du régime de Saddam Hussein il y a
plus de 5 ans en appelant les pays occidentaux à apaiser le
fardeau des dettes sur l’Iraq, et ils ont pris des pas
importants en ce sens.
Selon les estimations américaines, 66 milliards de dollars
des dettes de l’Iraq aux pays étrangers ont été effacés
alors que la moitié du reste des dettes, variant entre 56 à
80 milliards de dollars, est due à des pays voisins du
Golfe. Les Etats-Unis avaient aboli toutes leurs créances
sur l’Iraq (soit 4,1 milliards de dollars), alors que les
pays du Club de Paris ont annulé 42,3 milliards de dollars,
représentant 80 % des dettes de Bagdad, en novembre 2004 au
cours du mandat d’Iyad Allaoui.
De leur côté, certains pays du Golfe, comme l’Arabie
saoudite et le Koweït, avaient accepté il y a quelques
années d’abolir une grande partie des dettes de l’Iraq
estimées à des dizaines de milliards de dollars, sans
prendre de mesures concrètes. Ainsi, le Koweït avait promis
de suspendre 80 % des dettes iraqiennes sous réserve de
l’approbation du Parlement. Une décision « encore difficile
à prendre pour un peuple qui n’a pas oublié que l’Iraq a
voulu l’occuper », comme le souligne Nabil Al-Fadhl, un
expert koweïtien, en ajoutant que « la décision est
également difficile vu le large montant qui pourrait être
utilisé dans le développement de notre pays ».
De l’huile sur le feu
D’autres pays ont fait la sourde oreille, et diverses
explications justifient cette position. Certains pensent que
l’Iraq est un Etat riche qui n’a pas besoin d’une annulation
de dettes et qui a plutôt besoin de lutter contre la
corruption administrative dans ses institutions. L’Iraq
produit chaque jour 1,8 million de barils de pétrole par
jour, un volume qui pourrait augmenter avec la hausse
continuelle des prix du pétrole, vu qu’il possède les
deuxièmes plus grandes réserves mondiales. Certains pays
voisins s’opposent aussi à la politique iraqienne actuelle,
trop penchée vers l’Iran, un ennemi traditionnel de la
région du Golfe. Ils estiment que cette politique nourrit
les différends sectaires au sein du pays. « Quelle que soit
la divergence des avis, les circonstances actuelles que vit
le peuple iraqien obligent les Etats arabes à aider l’Iraq
en annulant les dettes, mais à condition que l’argent soit
au profit du peuple iraqien et d’un gouvernement iraqien au
vrai sens du mot, qui sert tous les Iraqiens, abstraction
faite de leur appartenance », plaide un expert iraqien qui a
requis l’anonymat. Cependant, les déclarations de certaines
figures chiites éminentes de l’Iraq (comme le leader chiite
Abdel-Aziz Al-Hakim) versent de l’huile sur le feu. Ceux-ci,
par sympathie pour le pays chiite de la région, ont réclamé
d’octroyer à l’Iran des indemnités qui s’élèvent à 80
milliards de dollars, pour le dédommager de la guerre entre
l’Iraq et l’Iran. Une guerre lancée par l’Iraq et qui a duré
près de dix ans. Tout cela fait que les Arabes hésitent
beaucoup avant d’accepter d’annuler les dettes iraqiennes.
Face à ces réticences, le premier ministre iraqien Nouri
Al-Maliki a mentionné que « l’Iraq n’allait pas payer ces
dettes puisqu’elles ont été causées par les aventures du
régime révolu au Koweït et en Iraq ». Mais l’expert
juridique iraqien Tareq Harb assure que leur acquittement
est légalement obligatoire : « Et cela puisqu’elles ont été
mentionnées dans les résolutions du Conseil de sécurité et
leur réclamation concorde parfaitement avec les lois
iraqiennes et internationales ». Pour lui, la théorie de
l’annulation des dettes par la chute des régimes et qui
avait été proposée par les dirigeants de l’ex-Union
soviétique n’est plus effective et n’existe plus dans un
Etat de droit. Seule la conciliation conduira à une
solution.
Mohamad Al-Anwar
(avec Gilane Magdi)