Al-Ahram Hebdo, Economie | Du plomb dans les dettes
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Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 7 au 13 mai 2008, numéro 713

 

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Economie

Iraq. Le gouvernement appelle ses voisins arabes à tenir leurs promesses sur l’annulation des dettes extérieures. Une mesure que beaucoup estiment maintenant difficile à tenir. Explications.

Du plomb dans les dettes

«Abolir les dettes est une demande fondamentale pour l’Iraq. La Russie, à elle seule, a effacé 12 milliards de dollars de dette iraqienne. Nous n’avons pas vu de geste similaire de la part de nos voisins arabes », a regretté le porte-parole du gouvernement iraqien, Ali Al-Dabbagh lors d’une récente interview dans le quotidien koweïtien Al-Qabas. « Nous devons oublier le passé, et cela passe en partie par l’effacement de la dette dont la grande part avait été contractée par le régime de Saddam Hussein pendant la guerre avec l’Iran 1980-88 », appelle-t-il. Ces propos s’intègrent dans une campagne que l’Iraq mène depuis deux semaines, après la conférence sur l’Iraq tenue au Koweït pour relancer son appel à l’annulation de ses dettes auprès des pays arabes. Mais ce sont en fait les Etats-Unis qui ont pris l’initiative dès la chute du régime de Saddam Hussein il y a plus de 5 ans en appelant les pays occidentaux à apaiser le fardeau des dettes sur l’Iraq, et ils ont pris des pas importants en ce sens.

Selon les estimations américaines, 66 milliards de dollars des dettes de l’Iraq aux pays étrangers ont été effacés alors que la moitié du reste des dettes, variant entre 56 à 80 milliards de dollars, est due à des pays voisins du Golfe. Les Etats-Unis avaient aboli toutes leurs créances sur l’Iraq (soit 4,1 milliards de dollars), alors que les pays du Club de Paris ont annulé 42,3 milliards de dollars, représentant 80 % des dettes de Bagdad, en novembre 2004 au cours du mandat d’Iyad Allaoui.

De leur côté, certains pays du Golfe, comme l’Arabie saoudite et le Koweït, avaient accepté il y a quelques années d’abolir une grande partie des dettes de l’Iraq estimées à des dizaines de milliards de dollars, sans prendre de mesures concrètes. Ainsi, le Koweït avait promis de suspendre 80 % des dettes iraqiennes sous réserve de l’approbation du Parlement. Une décision « encore difficile à prendre pour un peuple qui n’a pas oublié que l’Iraq a voulu l’occuper », comme le souligne Nabil Al-Fadhl, un expert koweïtien, en ajoutant que « la décision est également difficile vu le large montant qui pourrait être utilisé dans le développement de notre pays ».

De l’huile sur le feu

D’autres pays ont fait la sourde oreille, et diverses explications justifient cette position. Certains pensent que l’Iraq est un Etat riche qui n’a pas besoin d’une annulation de dettes et qui a plutôt besoin de lutter contre la corruption administrative dans ses institutions. L’Iraq produit chaque jour 1,8 million de barils de pétrole par jour, un volume qui pourrait augmenter avec la hausse continuelle des prix du pétrole, vu qu’il possède les deuxièmes plus grandes réserves mondiales. Certains pays voisins s’opposent aussi à la politique iraqienne actuelle, trop penchée vers l’Iran, un ennemi traditionnel de la région du Golfe. Ils estiment que cette politique nourrit les différends sectaires au sein du pays. « Quelle que soit la divergence des avis, les circonstances actuelles que vit le peuple iraqien obligent les Etats arabes à aider l’Iraq en annulant les dettes, mais à condition que l’argent soit au profit du peuple iraqien et d’un gouvernement iraqien au vrai sens du mot, qui sert tous les Iraqiens, abstraction faite de leur appartenance », plaide un expert iraqien qui a requis l’anonymat. Cependant, les déclarations de certaines figures chiites éminentes de l’Iraq (comme le leader chiite Abdel-Aziz Al-Hakim) versent de l’huile sur le feu. Ceux-ci, par sympathie pour le pays chiite de la région, ont réclamé d’octroyer à l’Iran des indemnités qui s’élèvent à 80 milliards de dollars, pour le dédommager de la guerre entre l’Iraq et l’Iran. Une guerre lancée par l’Iraq et qui a duré près de dix ans. Tout cela fait que les Arabes hésitent beaucoup avant d’accepter d’annuler les dettes iraqiennes.

Face à ces réticences, le premier ministre iraqien Nouri Al-Maliki a mentionné que « l’Iraq n’allait pas payer ces dettes puisqu’elles ont été causées par les aventures du régime révolu au Koweït et en Iraq ». Mais l’expert juridique iraqien Tareq Harb assure que leur acquittement est légalement obligatoire : « Et cela puisqu’elles ont été mentionnées dans les résolutions du Conseil de sécurité et leur réclamation concorde parfaitement avec les lois iraqiennes et internationales ». Pour lui, la théorie de l’annulation des dettes par la chute des régimes et qui avait été proposée par les dirigeants de l’ex-Union soviétique n’est plus effective et n’existe plus dans un Etat de droit. Seule la conciliation conduira à une solution.

Mohamad Al-Anwar
(avec Gilane Magdi)

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Demandes
de tous bords

Selon une étude publiée par le Centre américain des études stratégiques le 23 janvier 2003, les dettes de l’Iraq sont évaluées à 383 milliards de dollars. Cette somme est répartie comme suit : 15 % en contrepartie de contrats suspendus, 33 % de dettes et enfin 52 % d’indemnisations de l’invasion du Koweït en 1991.

La commission des indemnisations affiliée à l’Onu, qui est une commission quasi juridique formée en 1991, est chargée d’étudier les requêtes financières et de payer les indemnisations découlant de l’invasion du Koweït. La commission a reçu des demandes d’un montant total de 320 milliards de dollars de la part de l’Iraq en raison des dommages engendrés par l’invasion. De l’autre côté, les gouvernements, les entreprises et les organisations internationales réclament des indemnités d’un total de 172 milliards de dollars que l’Iraq n’a pas encore remboursés. Cette somme est distribuée selon ces proportions : Koweït 40 %, Arabie saoudite 7 %, Syrie 1 %, Turquie 2 %, Grande-Bretagne 4 %, Etats-Unis 2 %, Canada 1 %, Jordanie 8 %, Hollande 1 %.

 




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