Al-Ahram Hebdo,Monde | Au-delà du conflit régional
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 Semaine du 7 au 13 mai 2008, numéro 713

 

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Russie-Géorgie. Les tensions entre Tbilissi et Moscou sont montées d’un cran après le renforcement des troupes militaires russes dans la région séparatiste d’Abkhazie. Une initiative formellement dénoncée par l’Otan.  

Au-delà du conflit régional 

Les dernières déclarations du ministre géorgien des Affaires étrangères demandant l’ouverture d’une enquête à l’Onu sur l’utilisation de systèmes de défense antiaérienne dans les territoires séparatistes pro-russes d’Abkhazie n’ont fait qu’accentuer la crise entre les deux pays. Alors que Tbilissi dément toute attaque contre des avions, les séparatistes, eux, affirment avoir abattu deux drones au-dessus de l’Abkhazie.

La Russie, de son coté, fait craindre une aggravation des tensions déjà existantes et connues avec la Géorgie. L’annonce du renforcement de son contingent dans la région séparatiste abkhaze et en Ossétie du sud, autre région pro-russe en Géorgie aux visées indépendantistes, n’a fait qu’alimenter les inquiétudes de la communauté internationale qui s’est empressée de mettre en garde Moscou contre une éventuelle escalade de la violence. « Les Alliés sont unanimes dans leur soutien de l’intégrité territoriale de la Géorgie et ne reconnaîtront ni ne soutiendront les initiatives qui sapent cette souveraineté », a déclaré le porte-parole de l’Otan, James Appathurai, lors d’une conférence de presse. « Cette décision n’apaise pas les tensions, cela les augmente », a-t-il ajouté.

L’Union Européenne (UE) a également incité les parties à un retour au calme et le diplomate en chef de l’UE, Javier Solana, a clairement montré sa désapprobation quant à la décision de Moscou. Les Etats-Unis se sont, quant à eux, dits « inquiets des informations provenant de la région ».

Tandis que la Géorgie accuse Moscou de vouloir « préparer une agression militaire de grande ampleur », la Russie se défend de vouloir protéger ses ressortissants contre toute opération militaire qui viserait à déstabiliser la région. « Cette décision a été prise après l’examen d’informations émanant des zones de conflit. Elles montrent que la tension augmente en raison des mesures de déstabilisation menées par la Géorgie », a indiqué le porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères.

La Géorgie qui nie fermement ces accusations a aussitôt rétorqué par le biais de son vice-premier ministre : « Tout le monde sait que la Russie est un acteur de ce conflit, les Russes ont inspiré le séparatisme, la Russie soutient le séparatisme et les séparatistes en Géorgie et la Russie essaient d’annexer ces territoires appartenant à la Géorgie ».

Jeudi dernier, premier jour du renforcement des troupes russes dans le district de Tkhvartcheli en Abkhazie, le nombre exact de soldats déployés sur le territoire était toujours inconnu même si le ministère russe de la Défense affirme que le contingent « resterait dans les limites définies par les accords internationaux ».

En effet, quelque 3 000 soldats peuvent être déployés sous mandat de la CEI (ex-URSS, moins les Etats baltes), mais Tbilissi dénonce la violation d’un accord de 1994 qui impose son accord pour des déploiements de ce genre.

Crise majeure pour Medvedev

Considérées comme des zones de « conflits gelés » depuis les affrontements qui ont opposé la Géorgie aux séparatistes lors de l’effondrement de l’URSS, l’Abkhazie et l’Ossétie du sud sont l’objet de toutes les convoitises pour Moscou, notamment dans le domaine économique. Ce rapprochement avec ces régions apparaît comme une réaction face à l’engagement pris par l’Otan en vue d’intégrer la Géorgie, ancienne république soviétique, mais également une réponse à la reconnaissance de l’indépendance du Kosovo par la communauté internationale.

Face à cette situation, la Géorgie a part ailleurs fait savoir qu’elle bloquerait l’entrée de la Russie à l’OMC si Moscou s’entêtait à soutenir les séparatistes.

A l’issue des conflits armés dans les années 1990, les deux régions ont obtenu une indépendance de fait qu’elles espèrent voir formalisée. En revanche, nombreux sont ceux qui souhaitent rejoindre l’Etat fédéral russe. Après le départ de 250 000 Géorgiens d’Abkhazie à la fin de la guerre, les quelque 200 000 Abkhazes dans le territoire, qui détiennent pour la plupart des passeports russes, ont manifesté leur désir de rapprochement avec Moscou.

Dimitri Medvedev qui doit prendre ses fonctions de nouveau président de la Russie sous peu est confronté à une crise majeure qui permettra de savoir s’il sera effectivement le successeur de son mentor Vladimir Poutine ou non.

Lynda Kartout

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