Russie-Géorgie.
Les tensions entre Tbilissi et Moscou sont montées d’un cran
après le renforcement des troupes militaires russes dans la
région séparatiste d’Abkhazie. Une initiative formellement
dénoncée par l’Otan.
Au-delà du conflit régional
Les dernières déclarations du ministre géorgien des Affaires
étrangères demandant l’ouverture d’une enquête à l’Onu sur
l’utilisation de systèmes de défense antiaérienne dans les
territoires séparatistes pro-russes
d’Abkhazie n’ont fait qu’accentuer la crise entre les deux
pays. Alors que Tbilissi dément toute attaque contre des
avions, les séparatistes, eux, affirment avoir abattu deux
drones au-dessus de l’Abkhazie.
La Russie, de son coté, fait craindre une aggravation des
tensions déjà existantes et connues avec la Géorgie.
L’annonce du renforcement de son contingent dans la région
séparatiste abkhaze et en Ossétie du sud, autre région
pro-russe en Géorgie aux visées
indépendantistes, n’a fait qu’alimenter les inquiétudes de
la communauté internationale qui s’est empressée de mettre
en garde Moscou contre une éventuelle escalade de la
violence. « Les Alliés sont unanimes dans leur soutien de
l’intégrité territoriale de la Géorgie et ne reconnaîtront
ni ne soutiendront les initiatives qui sapent cette
souveraineté », a déclaré le porte-parole de l’Otan, James
Appathurai, lors d’une
conférence de presse. « Cette décision n’apaise pas les
tensions, cela les augmente », a-t-il ajouté.
L’Union Européenne (UE) a également incité les parties à un
retour au calme et le diplomate en chef de l’UE, Javier
Solana, a clairement montré sa
désapprobation quant à la décision de Moscou. Les Etats-Unis
se sont, quant à eux, dits « inquiets des informations
provenant de la région ».
Tandis que la Géorgie accuse Moscou de vouloir « préparer
une agression militaire de grande ampleur », la Russie se
défend de vouloir protéger ses ressortissants contre toute
opération militaire qui viserait
à déstabiliser la région. « Cette décision a été prise après
l’examen d’informations émanant des zones de conflit. Elles
montrent que la tension augmente en raison des mesures de
déstabilisation menées par la Géorgie », a indiqué le
porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères.
La Géorgie qui nie fermement ces accusations a aussitôt
rétorqué par le biais de son vice-premier ministre : « Tout
le monde sait que la Russie est un acteur de ce conflit, les
Russes ont inspiré le séparatisme, la Russie soutient le
séparatisme et les séparatistes en Géorgie et la Russie
essaient d’annexer ces territoires appartenant à la Géorgie
».
Jeudi dernier, premier jour du renforcement des troupes
russes dans le district de Tkhvartcheli
en Abkhazie, le nombre exact de soldats déployés sur le
territoire était toujours inconnu même si le ministère russe
de la Défense affirme que le contingent « resterait dans les
limites définies par les accords internationaux ».
En effet, quelque 3 000 soldats peuvent être déployés sous
mandat de la CEI (ex-URSS, moins les Etats baltes), mais
Tbilissi dénonce la violation d’un accord de 1994 qui impose
son accord pour des déploiements de ce genre.
Crise majeure pour Medvedev
Considérées comme des zones de « conflits gelés » depuis les
affrontements qui ont opposé la Géorgie aux séparatistes
lors de l’effondrement de l’URSS, l’Abkhazie et l’Ossétie du
sud sont l’objet de toutes les convoitises pour Moscou,
notamment dans le domaine économique. Ce rapprochement avec
ces régions apparaît comme une réaction face à l’engagement
pris par l’Otan en vue d’intégrer la Géorgie, ancienne
république soviétique, mais également une réponse à la
reconnaissance de l’indépendance du Kosovo par la communauté
internationale.
Face à cette situation, la Géorgie a part ailleurs fait
savoir qu’elle bloquerait l’entrée de la Russie à l’OMC
si Moscou s’entêtait à soutenir les séparatistes.
A l’issue des conflits armés dans les années 1990, les deux
régions ont obtenu une indépendance de fait qu’elles
espèrent voir formalisée. En revanche, nombreux sont ceux
qui souhaitent rejoindre l’Etat fédéral russe. Après le
départ de 250 000 Géorgiens d’Abkhazie à la fin de la
guerre, les quelque 200 000 Abkhazes
dans le territoire, qui détiennent pour la plupart des
passeports russes, ont manifesté leur désir de rapprochement
avec Moscou.
Dimitri Medvedev qui doit prendre ses fonctions de nouveau
président de la Russie sous peu est confronté à une crise
majeure qui permettra de savoir s’il sera effectivement le
successeur de son mentor Vladimir Poutine ou non.
Lynda
Kartout