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 Semaine du 7 au 13 mai 2008, numéro 713

 

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Monde

Iran. Les nouvelles offres présentées cette semaine par les grandes puissances n’y feront rien. La République islamique est décidée à ne pas rebrousser chemin en matière nucléaire. 

Le front des entêtements  

Jouant la double stratégie pour faire plier un Téhéran têtu, la communauté internationale a décidé cette semaine de tenter de séduire la République islamique pour la pousser à céder sur son programme nucléaire. Or, il semble que toutes les voies sont toujours bouchées. Malgré un nouveau paquet d’offres alléchantes présentées par les cinq membres permanents du Conseil de sécurité et l’Allemagne, réunis vendredi dernier à Londres, l’Iran a paru cette semaine plus réticent que jamais. Dimanche, il a affirmé que le programme nucléaire se poursuivrait malgré les menaces et les incitations des grandes puissances, a déclaré le guide suprême iranien l’ayatollah Ali Khamenei, sans toutefois réagir directement à l’offre du groupe 5+1. « N’avez-vous pas déjà testé le peuple iranien ? Nous continuerons avec force notre chemin et ne permettrons pas aux puissances oppressives de piétiner nos droits. La menace ne fera pas reculer le peuple iranien », a défié l’ayatollah. Parallèlement, d’autres responsables iraniens ont averti, dimanche, les pays européens de ne pas franchir « les lignes rouges » dans la nouvelle offre proposée pour convaincre Téhéran de mettre fin à son programme nucléaire. « La République islamique d’Iran ripostera de manière cinglante à toute attaque éventuelle contre son territoire, conformément à sa doctrine de défense », a défié l’imam provisoire de la prière du vendredi de Téhéran, l’ayatollah Ahmad Khatami.

Analysant l’attitude iranienne toujours défiante, Mohamad Abbass, expert du dossier iranien, explique : « Le monde ne veut pas comprendre que ni la politique de la carotte ni celle du bâton ne vont donner des résultats avec Téhéran malgré les  problèmes économiques que ce pays affronte à cause de la série de sanctions internationales imposées par le Conseil de sécurité de l’Onu et malgré la vague de fureur populaire due à la pauvreté, l’inflation et la cherté de la vie. Téhéran est parvenu au point de non-retour car le président Ahmadinejad a fait du dossier nucléaire une affaire de dignité nationale et il est donc impossible d’y céder maintenant face au satan américain ». Selon M. Abbass, l’Iran ne va jamais accepter d’importer de l’Europe une technologie nucléaire toute prête ou un uranium déjà enrichi car il aspire à posséder lui-même les moyens de fabrication de cette industrie, « le making » même.

L’Iran refuse de suspendre ses activités nucléaires, relancées début 2006, malgré quatre résolutions du Conseil de sécurité dont trois assorties de sanctions.

 

Scepticisme américain

Pourtant, lors de la réunion de vendredi dernier, les six grandes puissances n’ont pas parlé de sanctions. « Nos premières conditions, c’est le gel, la suspension d’enrichissement d’uranium. Et l’approche des Six consiste à faire que l’Iran suspende l’enrichissement seulement pour la période des négociations », a dit le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov. Les ministres des Affaires étrangères des Six n’ont pas précisé quand cette offre serait formellement soumise à la République islamique. Bien que les détails de l’offre des Six n’aient pas été révélés par les participants, ces premières propositions ont, selon les experts, trait à la coopération nucléaire civile, le commerce dans le domaine de l’aviation civile, l’énergie, les hautes technologies et l’agriculture. En échange, Téhéran devra suspendre l’enrichissement d’uranium et entamer des négociations avec les six pays.

Déterminée à ne pas lâcher d’un pouce sur les incitations que les Occidentaux proposent au régime iranien, la secrétaire d’Etat américaine Condoleezza Rice a assisté à la réunion de vendredi mais n’a pas tardé à faire part de son scepticisme quant à ces nouvelles mesures incitatives et avait à l’inverse appelé à une application plus stricte des sanctions décidées par le Conseil de sécurité des Nations-Unies contre Téhéran.

Analysant les motifs d’un tel paquet à l’heure actuelle, le secrétaire britannique aux Affaires étrangères, David Miliband, a déclaré : « Nous sommes tous d’accord qu’une proposition est nécessaire pour montrer à l’Iran les avantages de son engagement dans la coopération avec la communauté internationale, et notre réunion d’aujourd’hui a été consacrée à la reprise et à la révision d’une proposition que nous avons rédigée en juin 2006. Je suis heureux de vous dire que nous sommes tombés d’accord sur une proposition qui sera transmise au gouvernement iranien ». M. Miliband a espéré une réponse prompte, mais sans toutefois fixer de date limite, ni se prononcer sur les conséquences d’un éventuel refus de la part de l’Iran. Déjà, en juin 2006, les pays européens ont présenté à l’Iran des offres de coopération civile, énergétique et diplomatique, notamment la fourniture d’uranium à des fins civiles, à condition qu’il renonce à ses activités d’enrichissement. Mais, ces offres ont été balayées par Téhéran.

Or, cette fois-ci, il semble qu’il existe un autre facteur beaucoup plus important qui a incité les pays européens à avancer de telles offres à l’heure actuelle, surtout à l’approche des présidentielles américaines à la fin de l’année : « Ce sont les Européens qui ont toujours espéré résoudre la crise iranienne par les négociations. Mais maintenant à l’approche des élections américaines, le jeu pourrait bien tourner au sérieux si un président républicain aussi radical comme John MCcain prend les rênes du pouvoir aux Etats-Unis. Celui-ci pourra bien recourir à l’option militaire si l’Iran persiste dans son arrogance. Et là, toute la région s’embrasera », pronostique Mohamad Abbass. C’est pourquoi les Européens ont décidé de présenter ce nouveau paquet de négociations en ce moment précis.

Selon les analystes, cette « charité » européenne est en fait justifiée par les forts liens économiques qui lient ces puissances à la République islamique. N’oublions pas qu’outre la Chine et la Russie, d’autres pays comme l’Italie et l’Autriche sont fortement liées avec l’Iran par des contrats gaziers et pétroliers de grande importance et ne veulent donc pas voir leurs intérêts menacés à cause des sanctions ou des frappes militaires.

Or, il semble que malgré tout, Téhéran poursuivra son trajet quel que soit le prix à payer et quelles que soient les pressions. « La stratégie iranienne consiste à faire désespérer la communauté internationale quant à un possible arrêt iranien de l’enrichissement de l’uranium. Téhéran aspire à suivre les traces de la Corée du Nord qui a déjà possédé la bombe nucléaire, ou l’exemple de l’Inde et du Pakistan reconnus par la communauté internationale comme puissances nucléaires. Alors pourquoi pas l’Iran ? », s’interroge M. Abbass.

Maha Al-Cherbini

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