Iran.
Les nouvelles offres présentées cette semaine par les
grandes puissances n’y feront rien. La République islamique
est décidée à ne pas rebrousser chemin en matière
nucléaire.
Le front des entêtements
Jouant
la double stratégie pour faire plier un Téhéran têtu, la
communauté internationale a décidé cette semaine de tenter
de séduire la République islamique pour la pousser à céder
sur son programme nucléaire. Or, il semble que toutes les
voies sont toujours bouchées. Malgré un nouveau paquet
d’offres alléchantes présentées par les cinq membres
permanents du Conseil de sécurité et l’Allemagne, réunis
vendredi dernier à Londres, l’Iran a paru cette semaine plus
réticent que jamais. Dimanche, il a affirmé que le programme
nucléaire se poursuivrait malgré les menaces et les
incitations des grandes puissances, a déclaré le guide
suprême iranien l’ayatollah Ali Khamenei, sans toutefois
réagir directement à l’offre du groupe 5+1. « N’avez-vous
pas déjà testé le peuple iranien ? Nous continuerons avec
force notre chemin et ne permettrons pas aux puissances
oppressives de piétiner nos droits. La menace ne fera pas
reculer le peuple iranien », a défié l’ayatollah.
Parallèlement, d’autres responsables iraniens ont averti,
dimanche, les pays européens de ne pas franchir « les lignes
rouges » dans la nouvelle offre proposée pour convaincre
Téhéran de mettre fin à son programme nucléaire. « La
République islamique d’Iran ripostera de manière cinglante à
toute attaque éventuelle contre son territoire, conformément
à sa doctrine de défense », a défié l’imam provisoire de la
prière du vendredi de Téhéran, l’ayatollah Ahmad Khatami.
Analysant l’attitude iranienne toujours défiante, Mohamad
Abbass, expert du dossier iranien, explique : « Le monde ne
veut pas comprendre que ni la politique de la carotte ni
celle du bâton ne vont donner des résultats avec Téhéran
malgré les problèmes économiques que ce pays affronte
à cause de la série de sanctions internationales imposées
par le Conseil de sécurité de l’Onu et malgré la vague de
fureur populaire due à la pauvreté, l’inflation et la cherté
de la vie. Téhéran est parvenu au point de non-retour car le
président Ahmadinejad a fait du dossier nucléaire une
affaire de dignité nationale et il est donc impossible d’y
céder maintenant face au satan américain ». Selon M. Abbass,
l’Iran ne va jamais accepter d’importer de l’Europe une
technologie nucléaire toute prête ou un uranium déjà enrichi
car il aspire à posséder lui-même les moyens de fabrication
de cette industrie, « le making » même.
L’Iran refuse de suspendre ses activités nucléaires,
relancées début 2006, malgré quatre résolutions du Conseil
de sécurité dont trois assorties de sanctions.
Scepticisme américain
Pourtant, lors de la réunion de vendredi dernier, les six
grandes puissances n’ont pas parlé de sanctions. « Nos
premières conditions, c’est le gel, la suspension
d’enrichissement d’uranium. Et l’approche des Six consiste à
faire que l’Iran suspende l’enrichissement seulement pour la
période des négociations », a dit le ministre russe des
Affaires étrangères, Sergueï Lavrov. Les ministres des
Affaires étrangères des Six n’ont pas précisé quand cette
offre serait formellement soumise à la République islamique.
Bien que les détails de l’offre des Six n’aient pas été
révélés par les participants, ces premières propositions
ont, selon les experts, trait à la coopération nucléaire
civile, le commerce dans le domaine de l’aviation civile,
l’énergie, les hautes technologies et l’agriculture. En
échange, Téhéran devra suspendre l’enrichissement d’uranium
et entamer des négociations avec les six pays.
Déterminée à ne pas lâcher d’un pouce sur les incitations
que les Occidentaux proposent au régime iranien, la
secrétaire d’Etat américaine Condoleezza Rice a assisté à la
réunion de vendredi mais n’a pas tardé à faire part de son
scepticisme quant à ces nouvelles mesures incitatives et
avait à l’inverse appelé à une application plus stricte des
sanctions décidées par le Conseil de sécurité des
Nations-Unies contre Téhéran.
Analysant les motifs d’un tel paquet à l’heure actuelle, le
secrétaire britannique aux Affaires étrangères, David
Miliband, a déclaré : « Nous sommes tous d’accord qu’une
proposition est nécessaire pour montrer à l’Iran les
avantages de son engagement dans la coopération avec la
communauté internationale, et notre réunion d’aujourd’hui a
été consacrée à la reprise et à la révision d’une
proposition que nous avons rédigée en juin 2006. Je suis
heureux de vous dire que nous sommes tombés d’accord sur une
proposition qui sera transmise au gouvernement iranien ». M.
Miliband a espéré une réponse prompte, mais sans toutefois
fixer de date limite, ni se prononcer sur les conséquences
d’un éventuel refus de la part de l’Iran. Déjà, en juin
2006, les pays européens ont présenté à l’Iran des offres de
coopération civile, énergétique et diplomatique, notamment
la fourniture d’uranium à des fins civiles, à condition
qu’il renonce à ses activités d’enrichissement. Mais, ces
offres ont été balayées par Téhéran.
Or, cette fois-ci, il semble qu’il existe un autre facteur
beaucoup plus important qui a incité les pays européens à
avancer de telles offres à l’heure actuelle, surtout à
l’approche des présidentielles américaines à la fin de
l’année : « Ce sont les Européens qui ont toujours espéré
résoudre la crise iranienne par les négociations. Mais
maintenant à l’approche des élections américaines, le jeu
pourrait bien tourner au sérieux si un président républicain
aussi radical comme John MCcain prend les rênes du pouvoir
aux Etats-Unis. Celui-ci pourra bien recourir à l’option
militaire si l’Iran persiste dans son arrogance. Et là,
toute la région s’embrasera », pronostique Mohamad Abbass.
C’est pourquoi les Européens ont décidé de présenter ce
nouveau paquet de négociations en ce moment précis.
Selon les analystes, cette « charité » européenne est en
fait justifiée par les forts liens économiques qui lient ces
puissances à la République islamique. N’oublions pas
qu’outre la Chine et la Russie, d’autres pays comme l’Italie
et l’Autriche sont fortement liées avec l’Iran par des
contrats gaziers et pétroliers de grande importance et ne
veulent donc pas voir leurs intérêts menacés à cause des
sanctions ou des frappes militaires.
Or, il semble que malgré tout, Téhéran poursuivra son trajet
quel que soit le prix à payer et quelles que soient les
pressions. « La stratégie iranienne consiste à faire
désespérer la communauté internationale quant à un possible
arrêt iranien de l’enrichissement de l’uranium. Téhéran
aspire à suivre les traces de la Corée du Nord qui a déjà
possédé la bombe nucléaire, ou l’exemple de l’Inde et du
Pakistan reconnus par la communauté internationale comme
puissances nucléaires.
Alors
pourquoi pas l’Iran ? », s’interroge M. Abbass.
Maha
Al-Cherbini