Danse .
Donnée le 4 mai au théâtre Gomhouriya, dans le cadre du
Festival printanier de la Ressource culturelle, la
chorégraphie de Yalda Younès sur une musique de Zad Moultaka
lance un « Non ! » assez prompt face à une histoire de
guerre propre à leur pays, le Liban.
Flamenco explosif
Non,
de la danse-théâtre se servant du flamenco en tant que
porte-parole de tout un peuple, souffrant d’affliction, de
violence et de meurtres. Créé le 2 juin 2006, à Beyrouth, en
hommage au journaliste libanais Samir Kassir, assassiné un
an plus tôt, Non est un violent réquisitoire, inouï et
inédit, contre la guerre, d’une durée de neuf minutes,
interprété par la jeune chorégraphe libanaise et danseuse de
flamenco, Yalda Younès. Cette dernière, âgée de 30 ans, a
commencé très tôt des cours de ballet classique, puis de
Flamenco à Madrid, Jerez, et Séville en 2003, sous les mains
de son idole inspirateur « créateur original et personnel,
maître et ami », Israël Galvan.
La jeune Libanaise cherche dans le flamenco, tout comme son
maître, les rivages de la création contemporaine. La musique
du Libanais Zad Moultaka — nommé à 41 ans « l’enfant de
guerre » — dénonce la guerre de manière si émouvante et
affligeante. Elle a permis aussi à Yalda Younès de
s’orienter, dans ses chorégraphies, vers une forme
d’expression plus personnelle. Un moyen de renouer avec ses
origines libanaises et d’accomplir une synthèse et un
rapport étroits, entre formes contemporaines de danse et
flamenco traditionnel.
Comme en suspension, paraît sur scène, en solo, Yalda Younès
qui, aux cheveux bien tirés, aux traits de visages assez
sérieux et à l’allure bien posée, est habillée en noir. Elle
énonce le « Non » à sa manière. La jeune danseuse de
charisme installe son spectateur, comme dans un état de
deuil, imbibé de décor sombre. Dès que la musique commence,
Yalda Younès ne cesse de marteler le sol comme pour
découvrir la musique de son compatriote. Une musique qui
éructe la violence de la guerre. D’où un spectacle bien
équilibré et harmonieux entre la musique bouleversante et
affligeante de Zad Moultaka et les coups de tapes très
prudents et vigoureux de Yalda Younès. Celle-ci, installée à
Paris depuis 2005, est imprégnée de ses origines libanaises
et sa culture orientale. De quoi donner à ses gestes une
force et une fragilité nées de cette ambiguïté initiale.
Sous les tapes de cette fameuse bayadère, très fervente de
flamenco, sur laquelle est projetée une forte lumière
foudroyante, remuante et soumise à ses marches, rugissent
des sons qui heurtent. Des sons comme des tonnerres
mitraillettes, des bombes et des explosions, dans une lutte
et un rituel quasiment « tauromachique ». Une dimension
tragique qui renforce le sentiment d’une « liberté
inaliénable », laissant toujours son spectateur en un état
de suspense.
C’est sur ce projet d’exploration des frontières
chorégraphique et musicale, questionnant l’histoire, la
mémoire et le monde contemporain, sur les rythmiques arabes,
flamenca et occidentales, que travaillent simultanément les
deux artistes Zad Moultaka et Yalda Younès. Deux artistes
très liés à leurs pays natal, où ils se produisent
régulièrement (au Théâtre Monnot, Festival d’Anjar,
Métropolies ...), outre leurs tournées en Europe. Ensemble,
dans Non, ils ont réussi à partager, avec leurs spectateurs,
des réminiscences sonores affligeantes, celles de la ville
de Beyrouth et de leur Orient natal, rappelant les moments
les plus attristés de l’Histoire libanaise.
Jusqu’à la dernière haleine et tout au long du spectacle,
les bombes et les balles ne cessent « d’éclater », sous les
pieds de Yalda Younès, jusqu’à l’épuisement et la
disparition dans le noir et le silence.
Repris plusieurs fois à Beyrouth, Paris, Cadiz, Marseille,
Berlin, Liège, Istanbul, Brest, le spectacle cheminera après
Le Caire, au Festival Temps de Paroles à Valence en France
(le 19 mai), puis au Festival Jazz Nomade, au théâtre des
Bouffes du Nord, en France (Le 11 juin). Ensuite, il sera
donné à l’Institut Henry Moore, en Angleterre (le 21 juin).
Une chorégraphie souvent critiquée, pour avoir laissé «
l’impression d’un cyclone » .
Névine Lameï