Al-Ahram Hebdo, Arts | Flamenco explosif
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 Semaine du 7 au 13 mai 2008, numéro 713

 

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Arts

Danse . Donnée le 4 mai au théâtre Gomhouriya, dans le cadre du Festival printanier de la Ressource culturelle, la chorégraphie de Yalda Younès sur une musique de Zad Moultaka lance un « Non ! » assez prompt face à une histoire de guerre propre à leur pays, le Liban.

Flamenco explosif

Non, de la danse-théâtre se servant du flamenco en tant que porte-parole de tout un peuple, souffrant d’affliction, de violence et de meurtres. Créé le 2 juin 2006, à Beyrouth, en hommage au journaliste libanais Samir Kassir, assassiné un an plus tôt, Non est un violent réquisitoire, inouï et inédit, contre la guerre, d’une durée de neuf minutes, interprété par la jeune chorégraphe libanaise et danseuse de flamenco, Yalda Younès. Cette dernière, âgée de 30 ans, a commencé très tôt des cours de ballet classique, puis de Flamenco à Madrid, Jerez, et Séville en 2003, sous les mains de son idole inspirateur « créateur original et personnel, maître et ami », Israël Galvan.

La jeune Libanaise cherche dans le flamenco, tout comme son maître, les rivages de la création contemporaine. La musique du Libanais Zad Moultaka — nommé à 41 ans « l’enfant de guerre » — dénonce la guerre de manière si émouvante et affligeante. Elle a permis aussi à Yalda Younès de s’orienter, dans ses chorégraphies, vers une forme d’expression plus personnelle. Un moyen de renouer avec ses origines libanaises et d’accomplir une synthèse et un rapport étroits, entre formes contemporaines de danse et flamenco traditionnel.

Comme en suspension, paraît sur scène, en solo, Yalda Younès qui, aux cheveux bien tirés, aux traits de visages assez sérieux et à l’allure bien posée, est habillée en noir. Elle énonce le « Non » à sa manière. La jeune danseuse de charisme installe son spectateur, comme dans un état de deuil, imbibé de décor sombre. Dès que la musique commence, Yalda Younès ne cesse de marteler le sol comme pour découvrir la musique de son compatriote. Une musique qui éructe la violence de la guerre. D’où un spectacle bien équilibré et harmonieux entre la musique bouleversante et affligeante de Zad Moultaka et les coups de tapes très prudents et vigoureux de Yalda Younès. Celle-ci, installée à Paris depuis 2005, est imprégnée de ses origines libanaises et sa culture orientale. De quoi donner à ses gestes une force et une fragilité nées de cette ambiguïté initiale. Sous les tapes de cette fameuse bayadère, très fervente de flamenco, sur laquelle est projetée une forte lumière foudroyante, remuante et soumise à ses marches, rugissent des sons qui heurtent. Des sons comme des tonnerres mitraillettes, des bombes et des explosions, dans une lutte et un rituel quasiment « tauromachique ». Une dimension tragique qui renforce le sentiment d’une « liberté inaliénable », laissant toujours son spectateur en un état de suspense.

C’est sur ce projet d’exploration des frontières chorégraphique et musicale, questionnant l’histoire, la mémoire et le monde contemporain, sur les rythmiques arabes, flamenca et occidentales, que travaillent simultanément les deux artistes Zad Moultaka et Yalda Younès. Deux artistes très liés à leurs pays natal, où ils se produisent régulièrement (au Théâtre Monnot, Festival d’Anjar, Métropolies ...), outre leurs tournées en Europe. Ensemble, dans Non, ils ont réussi à partager, avec leurs spectateurs, des réminiscences sonores affligeantes, celles de la ville de Beyrouth et de leur Orient natal, rappelant les moments les plus attristés de l’Histoire libanaise.

Jusqu’à la dernière haleine et tout au long du spectacle, les bombes et les balles ne cessent « d’éclater », sous les pieds de Yalda Younès, jusqu’à l’épuisement et la disparition dans le noir et le silence.

Repris plusieurs fois à Beyrouth, Paris, Cadiz, Marseille, Berlin, Liège, Istanbul, Brest, le spectacle cheminera après Le Caire, au Festival Temps de Paroles à Valence en France (le 19 mai), puis au Festival Jazz Nomade, au théâtre des Bouffes du Nord, en France (Le 11 juin). Ensuite, il sera donné à l’Institut Henry Moore, en Angleterre (le 21 juin). Une chorégraphie souvent critiquée, pour avoir laissé « l’impression d’un cyclone » .

Névine Lameï

 

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