Al-Ahram Hebdo, Idées | Le manteau d’Idriss
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
Nos Archives

 Semaine du 28 mai au 3 juin 2008, numéro 716

 

Contactez-nous Version imprimable

  Une

  Evénement

  Enquête

  Dossier

  Nulle part ailleurs

  Invité

  Egypte

  Economie

  Monde Arabe

  Afrique

  Monde

  Opinion

  Société

  Arts

  Idées

  Littérature

  Visages

  Environnement

  Voyages

  Sports

  Vie mondaine

  Echangez, écrivez



  AGENDA


Publicité
Abonnement
 
Idées

Colloque. Que représente Youssef Idriss (1927-1991) en tant que nouvelliste ? Tel était le thème d’un débat organisé par le Conseil suprême de la culture et qui a remis en valeur son statut de père fondateur de la nouvelle moderne.

Le manteau d’Idriss

Figure emblématique de la nouvelle, comme on le qualifie souvent, Youssef Idriss a pu révolutionner un genre qui était effacé, face au roman et à la poésie. Que reste-t-il aujourd’hui de cette révolution stylistique, linguistique et aussi idéologique ?

Une question à laquelle le Conseil Suprême de la Culture (CSC) a tenté de répondre dans un colloque qui s’est déroulé durant trois jours et qui était intitulé « Youssef Idriss ... Visions en renouvellement ».

« Il faut tout d’abord mettre les choses bien au point. Youssef Idriss a un talent qui dépasse celui de ses contemporains », affirme l’écrivain Khaïri Chalabi. « Idriss a eu l’importance qu’il mérite parce que tout simplement, il avait beaucoup de talent et surtout avait l’audace de faire ce que, pendant de longues années, personne n’a pu faire », ajoute-t-il.

Audacieux dans sa propre personne, Idriss n’a pas manqué de donner un tour d’audace et de courage à son écriture. Car même si de grands noms se sont illustrés dans la nouvelle avant lui, comme Mahmoud Taymour ou autres, leurs écritures étaient très ornementées et trop éloquentes pour pouvoir refléter le réel vécu. « Avant Idriss, les nouvelles étaient plutôt des articles littéraires qui ne manquaient pas de teintes critiques », explique le professeur Hamdi Al-Sakkout, rapporteur du comité de la nouvelle, lors d’une table ronde intitulée « La nouvelle avant Idriss ». « C’est seulement Idriss qui a réussi à créer une intrigue complète, réaliste et dans la forme d’une nouvelle, et non d’un roman », avance-t-il.

C’est à travers sa carrière de journaliste que Youssef Idriss a simplifié la langue et l’a rendue plus proche de son lecteur en alternant l’arabe littéraire avec le langage parlé, une chose qui lui était souvent reprochée par les critiques littéraires de son époque, mais qui lui a valu une place de choix chez son lecteur. « Il ne faut pas oublier que ce langage a beaucoup aidé à rendre ses œuvres plus réalistes », ajoute Hamdi Al-Sakkout.

Maître d’un changement qualitatif important dans la voie littéraire égyptienne, Idriss est souvent comparé à Mahmoud Sami Al-Baroudi dans la poésie. Il utilise sa formation de médecin, surtout de psychiatre, dans ses œuvres pour dresser des portraits complets et des mondes de sentiments complexes. Abir Salama, critique littéraire, présente une recherche sur le concept de la folie et du fou dans les œuvres d’Idriss. « Ce qui est très intéressant chez Idriss, c’est que sa formation de médecin lui a permis de bien faire la différence entre la folie et les crises psychologiques par lesquelles passe n’importe quel être humain », explique-t-elle.

 

Les possibilités d’une survie

Il est évident que la nouvelle depuis Idriss occupe une place tout à fait différente, bien que certains aient tenté de dévier, en créant un style alternatif. « Des auteurs comme Mohamad Hafez Ragab, Mohamad Ibrahim Mabrouk et Yéhia Al-Taher Abdullah ont proclamé la rébellion contre le style d’Idriss en appliquant des tournures linguistiques différentes et une manière de relater les faits avec moins de détails », affirme l’écrivain Mohamad Ibrahim Taha.

Cela dit, Idriss est sans aucun doute l’auteur égyptien qui a redécouvert la façon de relater les événements de manière plus flexible et plus transparente pour le lecteur. Cependant, la nouvelle décline aujourd’hui face au roman qui occupe la plus grande place littéraire.

« Le problème, c’est qu’on a tendance à valoriser un genre littéraire au détriment des autres, et cela peut être très dangereux », déclare l’écrivain Mohamad Al-Makhzangui, nouvelliste et romancier et ami proche d’Idriss. « Le jour où un problème quelconque affectera le roman, nous n’aurons pas de substitut. Ce qui est le plus intéressant dans l’itinéraire d’Idriss, c’est justement qu’il n’était pas le fondateur d’une école littéraire qu’il fallait suivre ou ignorer. Ni même d’une tendance aujourd’hui délaissée. Il s’intéressait à tout genre, même différent du sien et à toute nouvelle création, et c’est pour cela qu’il demeure aujourd’hui Youssef Idriss, le père fondateur de la nouvelle en Egypte », ajoute-t-il.

Le colloque n’a pas manqué de rappeler à tout instant la valeur d’Idriss. Mais on ne peut que déplorer la manière hâtive avec laquelle il s’est déroulé et le manque d’organisation, notamment dans le choix des sujets traités en l’absence du public ordinaire, celui-ci se réduisant aux intellectuels.

Dina Abdel-Hakim

Retour au sommaire

 

« Mes écrits ont une teinte de tristesse muette »

Ecrivain égyptien, Mohamad Ibrahim Taha est lauréat du prix Youssef Idriss 2008 pour son recueil de nouvelles Al-Rakd fi messaha khadra (courir dans un espace vert).

Lors de l’annonce du prix, le professeur Hamdi Al-Sakkout, rapporteur du comité de la nouvelle, a décrit Taha comme étant un auteur sérieux, possédant un style qui lui est propre et surtout variant entre différentes formes. « C’est un homme d’équilibre, qui fait autant de nouvelles que de romans », a-t-il déclaré.

Sélectionné parmi 67 recueils de nouvelles, le livre de Taha a attiré l’attention du jury par son style et son langage. Dans le rapport d’analyse lu par le professeur Hussein Hammouda, le recueil de nouvelles est défini comme « une description fidèle de la réalité et ayant une connaissance précise et exacte du monde qu’il traite, mais aussi une aptitude artistique à rédiger une prose qui relate la vérité de la vie des êtres humains ».

Né à Banha en 1963, Mohamad Ibrahim Taha est un gynécologue à l’hôpital pédagogique de Banha, il fut déjà lauréat du Prix d’Etat d’encouragement en 2001 pour son recueil Touta maëla ala al-nahr (un mûrier penché sur le fleuve), et a publié deux romans Al-Abéroun (les passants) et Sokout al-nawar. Dans son discours, il compare les points qui le lient à Youssef Idriss. « Nous sommes tous les deux médecins, nous venons tous les deux d’un milieu rural pauvre, et je suis fier que mon nom aujourd’hui est assimilé au nom du grand Idriss ». Taha prit d’un excès de bonheur, remet tout de même les choses en place en notant la différence avec le grand écrivain. « Youssef Idriss a le sens de l’ironie, alors que mes écrits ont une teinte de tristesse muette, son langage est vif et piquant alors que le mien est plus sobre. Je suis sur sa voie et lui doit beaucoup ne serait-ce que pour avoir ouvert un pont entre la médecine et la littérature ». Transgressant les limites entre la médecine et l’écriture, de nombreux talents se sont déclarés médecins écrivains comme Al-Mansi Qandil, Mohamad Al-Makhzangui, Alaa Al-Aswani, Yasser Chaabane et Azza Rachad.

Il avoue que sa carrière comme gynécologue a enrichi remarquablement son univers romanesque.

D.A.H.

 




Equipe du journal électronique:
Equipe éditoriale: Névine Kamel- Howaïda Salah -Thérèse Joseph
Assistant technique: Karim Farouk
Webmaster: Samah Ziad

Droits de reproduction et de diffusion réservés. © AL-AHRAM Hebdo
Usage strictement personnel.
L'utilisateur du site reconnaît avoir pris connaissance de la Licence

de droits d'usage, en accepter et en respecter les dispositions.