Al-Ahram Hebdo, Egypte | L’affaire Ezz
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Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 28 mai au 3 juin 2008, numéro 716

 

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Egypte

Monopole. L’homme d’affaires Ahmad Ezz, grand magnat du fer à béton, président de la commission du plan et du budget à l’Assemblée du peuple, fait l’objet d’une plainte devant le procureur général.

L’affaire Ezz

Faut-il croire qu’Ahmad Ezz, l’homme aux 50 milliards de L.E., est en mauvaise passe ? Le célèbre homme d’affaires et président de la commission du plan et du budget au Parlement fait depuis quelques jours l’objet d’une plainte devant le procureur général pour « pratiques monopolistiques ». Ezz, patron d’un immense complexe industriel, est accusé de monopoliser l’industrie du fer à béton en Egypte à travers des pratiques illégales. Conformément à la plainte, déposée par le député indépendant Moustapha Bakri, Ahmad Ezz, propriétaire de la compagnie Ezz pour le fer à béton, aurait ordonné en 2001 une réduction de la production du fer à béton de la compagnie Al-Dékheila dont il était l’actionnaire et le PDG. Le résultat de cette décision a été un excédent de 54 000 tonnes de matière première pour la fabrication du fer à béton, et donc une baisse des prix. Ezz aurait ensuite acheté cette matière première pour son entreprise, Ezz pour le fer à béton, à bas prix soit 68 L.E. la tonne. « Les propriétaires des usines de fer à béton se sont plaints au ministre du Commerce après le refus de la société Al-Dékheila dirigée par Ezz de leur vendre la matière brute », lance Moustapha Bakri.

Bakri ajoute que des doutes planent sur les bénéfices réalisés par la société de Ezz qui sont passés de 180 millions en janvier 2005 à 2 milliards et 200 millions en septembre de la même année. Ezz contrôle, à lui seul, 65 % de la production locale de fer à béton. La plainte présentée contre Ezz intervient à un moment où les prix de la tonne du fer à béton ont noté une augmentation d’environ 3 000 L.E. en l’espace de quelques mois seulement pour atteindre les 7 500 L.E. Cette augmentation des prix s’explique selon Ezz par la hausse des coûts de production, puisque l’Egypte importe les matières premières nécessaires à la production du fer à béton. La question a donné lieu à un débat houleux au Parlement. Un grand nombre de députés ayant présenté des interrogations sur l’augmentation des prix qui ont entraîné une hausse des prix des logements.

« Cela fait 4 mois que nous présentons des interrogations avec les autres députés pour mettre fin à cette hausse des prix, et finalement, la commission du logement a fait une réunion à laquelle le ministre du Commerce et de l’Industrie n’a pas assisté et rien n’a été fait. Mais nous allons continuer sans arrêter », affirme Ibrahim Al-Gaafari, député islamiste.

Ahmad Ezz est né en janvier 1959 dans une famille de condition moyenne. Son père, qui travaillait dans le commerce des débris de métal à Boulaq, fonde une petite usine pour la production du fer à béton en 1994. Ezz gère l’usine avec son père. En 1994, il signe un contrat d’association avec la société italienne Danielli, ce qui lui permet d’obtenir d’importants crédits bancaires. Crédits avec lesquels il multiplie ses activités. Son usine produit alors 300 000 tonnes de fer à béton. Production qui augmentera au fil des ans pour atteindre 630 000 tonnes par an en 1996. En 2000, Ezz devient le patron de l’industrie du fer à béton. Il est au sommet d’un complexe industriel comprenant plusieurs compagnies dont Ezz Al-Dékheila pour le fer à béton et la compagnie Suez pour la tôle et l’acier. Parallèlement à ce succès économique, Ahmad Ezz amorce une ascension politique rapide qui le mènera à occuper le poste de président de la commission du plan et du budget à l’Assemblée du peuple et responsable de l’organisation au sein du PND. On parle alors de lui comme l’un des proches de Gamal Moubarak, fils du président de la République et puissant chef de la commission des politiques au sein du PND. Il est désormais l’un des porte-parole de cette nouvelle génération d’hommes d’affaires au sein du PND, qui a opéré une montée en puissance face à la vieille garde du parti. Petit de taille, connu pour sa ruse, l’homme occupe désormais une position de « chef d’orchestre » au sein du parti au pouvoir. Une situation qui va lui valoir des critiques, mais surtout des frictions avec l’ancienne garde du parti.

Si certains observateurs pensent que la plainte contre l’homme d’affaires vise à détourner l’attention de l’opinion publique au moment où l’Etat s’apprêtait à prolonger l’état d’urgence, d’autres la placent dans le contexte d’une lutte intestine au sein du pouvoir. « Cette plainte cache peut-être un conflit d’intérêt au sein du PND. On sait très bien que Moustapha Bakri, qui a présenté la plainte, est un proche de Safouat Al-Chérif, le secrétaire général du parti et l’un des représentants de l’ancienne garde. Or, on sait aussi qu’il y a eu des frictions entre Ezz et l’ancienne garde », analyse Ammar Hassan, chercheur au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram. Ces frictions se sont manifestées lors des récentes élections municipales. En tant que responsable de l’organisation, Ezz a joué un rôle important dans le choix des candidats du parti aux élections. Il exerce un pouvoir de plus en plus important sur les députés du parti. Le patron de  l’industrie du fer en Egypte a été aussi le maestro des récentes mesures prises par le gouvernement pour amortir l’effet de l’inflation. Il est devenu en quelque sorte l’homme « incontournable » du parti dont le pouvoir empiète sur les prérogatives du secrétaire général. Ezz fait alors l’objet d’une campagne de critiques dans l’hebdomadaire Al-Osboue dont Bakri est le rédacteur en chef. C’est Al-Osboue qui révèle les détails de son mariage avec la députée Chahinaz Al-Naggar et publie les chiffres de sa fortune. « Si Bakri a présenté une telle plainte c’est que, assurément, il dispose d’informations ou de documents qui peuvent mettre Ezz en difficulté », analyse Ammar Hassan en s’interrogeant : « D’où proviendraient ces informations ? ». Plusieurs députés du PND, contactés par l’Hebdo, ont refusé de commenter la plainte présentée contre Ezz. Quant à Moustapha Bakri, il insiste sur le fait qu’il s’agit uniquement d’une campagne contre le monopole et la corruption. « Nous avons fait de la lutte contre la corruption notre cheval de bataille », affirme Bakri qui assure se référer aux rapports de la Cour centrale des comptes et aux plaintes des commerçants sur la baisse de l’offre du fer de béton. Quelle sera à présent l’issue de la plainte ? Rachid Mohamad Rachid a décidé que chaque usine devait fixer un plafond pour les prix à la lumière du coût de la production. Ce prix doit être respecté par les opérateurs et les distributeurs. La plainte contre l’un des piliers du PND n’a donc pas abouti à grand-chose même si les soupçons de monopoles ne sont pas totalement injustifiés.

Ola Hamdi

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