Al-Ahram Hebdo, Economie | Les titres islamiques ne passent pas
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Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 28 mai au 3 juin 2008, numéro 716

 

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Economie

Réduction de la Dette. Les pays développés cherchent à attirer les liquidités du Golfe avec des obligations islamiques (sokouks). Malgré les appels internes, l’Egypte refuse d’appliquer la méthode. Explications.

Les titres islamiques ne passent pas

Au vu des efforts de nombreux pays pour introduire dans leur législation les obligations islamiques (sokouks), ces dernières semblent avoir plus que jamais le vent en poupe. Même la Grande-Bretagne étudie actuellement la mise en œuvre d’une loi qui permettrait l’utilisation des sokouks dans le financement de son déficit budgétaire. Alors que le Parlement indonésien a voté le mois dernier un projet de loi pour émettre ce genre de titre à hauteur de 63,1 milliards de dollars, toujours dans l’objectif de résorber son déficit.

Cette tendance générale ne pouvait que relancer en Egypte la polémique sur le recours à cet instrument pour faire face au déficit budgétaire qui s’élèvera à 71 milliards de dollars pour l’année financière 2008/2009. « L’utilisation d’instruments islamiques tels que les sokouks est devenue une tendance internationale. Par l’émission de ces titres, les pays développés veulent attirer le surplus de liquidités dans les pays du Golfe, qui avoisine les 5 000 milliards de dollars », explique Mohamad Abdel-Halim Omar, directeur du Centre islamique Saleh Kamel, qui appelle le gouvernement à opter vite pour ce choix. Il explique que les sokouks diffèrent des autres instruments tels que les bons du Trésor : « Tout d’abord, les sokouks sont soumis à un taux d’intérêt variable, alors que les intérêts sur les bons du Trésor sont fixes. Ensuite, la valeur de cet outil est investie dans l’achat d’un bien immobilier sur une période d’une année à l’issue de laquelle le créancier devient propriétaire ». Omar ajoute que ces instruments sont bien connus dans les pays du Golfe avec un volume annuel de 10 milliards de dollars.

Cet appel égyptien intervient au moment où le gouvernement affronte une contestation populaire suite à l’augmentation des prix des carburants pour financer la hausse de 30 % du salaire des fonctionnaires. Mais il est jugé inutile par une large catégorie d’experts qui assurent que l’Egypte n’est pas encore prête au lancement de ces moyens de financements. Ismaïl Hassan, ex-gouverneur de la Banque Centrale d’Egypte et PDG de la Banque Misr-Iran, souligne ainsi que le lancement de ce type d’outils doit être précédé de réflexions et d’études. « Même le secteur privé ne recourt pas à cet outil, car mal encadré », commente-t-il. De leur coté, les responsables du ministère des Finances refusent de commenter le sujet, sans vraiment écarter la possibilité d’étudier l’application de cette alternative. « Nous sommes prêts à étudier l’introduction de tout nouvel outil pour financer nos déficits, s’il est moins cher que les autres », souligne Hani Qadri, conseiller du ministre des Finances. Mais Abdel-Fattah Al-Guébali, ex-conseiller du ministre des Finances, écarte ouvertement la possibilité d’introduire ce type d’instruments pour des raisons politiques. D’ailleurs pour lui, le déficit budgétaire est financé soit par l’endettement sur les marchés financiers à travers l’émission d’obligations et de bons du Trésor qui ne représentent que 7,9 % du total de la dette extérieure, soit par l’endettement direct auprès d’autres pays et organisations internationales.

Pour Faïqa Al-Réfai, ex-adjoint du gouverneur de la Banque Centrale d’Egypte, « l’adoption de cette alternative bénéficiera à l’économie égyptienne. Elle constituera en quelque sorte une restructuration de la dette extérieure ». Elle justifie son opinion par le fait qu’actuellement il est préférable de s’endetter en dollar dont le taux d’intérêt est de 2 % seulement, alors que les intérêts sur les bons du Trésor et les obligations sont de 6 % en moyenne. « Donc, le gouvernement pourrait bénéficier de la baisse du coût d’émission de ce nouvel outil », avance-t-elle, en écartant l’augmentation du fardeau de la dette extérieure, jugée dans les bonnes limites. « L’Egypte peut rembourser ses dettes et les services de la dette avec son large montant de réserves internationales qui dépassaient les 33 milliards de dollars le mois dernier », souligne-t-elle.

Gilane Magdi

 

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Peu de créanciers privés

Le montant des bons du Trésor gouvernementaux ne représente que 7,9 % du total de la dette extérieure. Cette somme se partage comme suit : 1,3 milliard de dollars en bons du Trésor, 0,3 milliard de dollars en obligations souveraines et 1 milliard de dollars des Eurobonds en LE. Quant aux dettes multilatérales, celles auprès du Club de Paris sont de 19,9 milliards de dollars, soit 60,7 % de la dette extérieure. Les 4 grands pays créditeurs de l’Egypte sont la France (15 %), l’Allemagne (12,1 %), les Etats-Unis (12 %) et le Japon (10,3 %). Alors que les dettes auprès des pays arabes ne représentent que 4,2 % de la dette extérieure.

 Dans les bonnes limites

La dette extérieure égyptienne a augmenté de 10 % au cours des 6 derniers mois pour atteindre 32,8 milliards de dollars en décembre 2007, contre 28,9 milliards de dollars en juin 2007. Les services de la dette ont aussi augmenté durant cette période de 45,4 millions de dollars pour avoisiner les 1,3 milliard de dollars en décembre 2007. Cette hausse est justifiée par l’augmentation des intérêts sur les paiements de la dette à 0,3 milliard de dollars.

 




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