Liban.
La capitale libanaise semble renaître de ses cendres, à la
suite de l’accord de réconciliation nationale. Après 537
jours, le sit-in de l’opposition prend finalement fin.
Beyrouth revient à la vie
La
triste capitale commence à reprendre son air de joie et de
liesse qui lui avait fait défaut depuis longtemps, à
commencer par l’agression israélienne en terminant par les
violences qui avaient fait 65 morts et 200 blessés, les plus
sanglantes depuis la guerre civile (1975-90) et en passant
par le sit-in de l’opposition. Et voici que l’on célèbre
bien avant l’élection du nouveau chef de l’Etat, le général
Michel Sleimane. En quelques heures, la page semble avoir
été tournée. Une période de 18 mois où l’opposition avait
occupé les places Al-Nejma et Riyad Al-Solh. Oubliés aussi
les événements sanglants du 8 au 9 mai qui, en plus des
morts et des blessés, ont suscité une véritable dévastation
des maisons et des commerces et surtout cette douleur
ressentie par tous ceux qui se sont mis à geindre face à la
cruauté du sort. De nombreuses maisons continuent à afficher
les signes du deuil par tristesse pour ceux qui sont tombés
au cours d’une bataille qu’il était facile d’éviter. Avec le
reste des Libanais, ils souhaitaient qu’une fin ait été mise
au sit-in et que les parties en conflit parviennent à mettre
fin à ce sang libanais qui coule.
Les antagonistes se sont réunis à Doha et se sont entendus
après une longue attente. Beyrouth ne sait pas pourquoi ils
ont divergé. Elle ne sait pas aussi sur quelle base ils se
sont entendus. Le mystère restera opaque et ne sera révélé
avant longtemps. Beyrouth, elle, reprend son éclat. Vite le
sit-in prend fin. Personne ne s’attendait à une levée assez
rapide, nombreux sont ceux qui avaient tenté de faire
pression sur l’opposition et notamment le Hezbollah avec
l’espoir qu’il lèvera les tentes et laissera libre cours à
la vie, au commerce, au travail. Des tentatives qui ont reçu
une fin de non-recevoir. C’était le sit-in le plus long de
l’histoire du Liban. 537 jours où les éléments de
l’opposition ont occupé le centre-ville arrêtant la vie
économique dans un quartier dont la survie dépend des
cafés, restaurants divers et lieux de shopping. Solidaire,
une zone dont le nom est lié à Rafiq Hariri, l’ancien
premier ministre, a été paralysée pendant les deux dernières
années. Mais voici qu’en un temps record, des centaines de
tentes ont été levées. Des dizaines de rues qui étaient
bloquées ont été dégagées, les piétons les empruntant
désormais en toute facilité pour se rendre au centre-ville.
Comme si une foule immense restée immobile s’est empressée
en un clin d’œil la nuit même de la levée du sit-in pour
gagner les deux places, avant même que les installations de
l’opposition ne soient complètement démantelées. Les lieux
ont ainsi retrouvé leur vrais propriétaires : les gens
ordinaires qui croyaient que cette situation allait
s’éterniser.
La première chose qu’a faite le premier ministre Fouad
Siniora directement après son retour de Doha était
d’accompagner son épouse Hoda à la zone de Solidaire,
entourée par les places où se déroulait le sit-in. Ils ont
circulé à pied et dîné sous le regard surpris et curieux des
passants. Quelques heures avant, il était interdit à Siniora
lui-même de regarder de la fenêtre du Sérail gouvernemental
pour scruter ce qui se passe. Il a passé un an et demi
emprisonné dans ce palais où il travaillait, mangeait et
dormait, donnant ses discours dans les différentes occasions
publiques, à partir de l’intérieur. Lorsqu’il devait partir
hors du Liban, cela relevait du secret militaire, connu
seulement de ses gardes du corps et des membres de son
cabinet.
Or, le voici libéré de toutes ces contraintes et pratiqué
l’un de ses grands souhaits, celui de faire le tour du
centre-ville libanais. C’est ce qu’a fait aussi le ministre
du Tourisme, Jo Sarkis, qui a pris part à une émission de
télé réalisée en pleine rue, entouré de passants déambulant
à leur gré et faisant signe à la caméra qui prenait les
images en direct. La joie était extraordinaire lorsqu’une
famille a vu une de ses filles debout derrière le ministre,
son portable en main. Elle a eu un contact et répondit en
faisant un signe de la main.
Un incident célèbre est survenu lorsqu’un jour Rafiq Hariri
accompagnait son petit-fils à Solidaire pour faire le tour
des lieux. Lorsqu’il est arrivé devant le Parlement,
l’enfant lui a demandé que veut dire Parlement. Il répondit
: « Cela veut dire démocratie ». Et Hariri de dire à son
petit-fils : « répète après moi : Je déteste la guerre, je
déteste la guerre » ... Aujourd’hui, plus de trois ans après
l’assassinat de Hariri, les députés retrouvèrent leur
Assemblée, après « deux jours de guerre civile ». Le mal du
Liban est que chacun doit suivre sa communauté, sa
confession, même si ses idées personnelles et convictions
sont le contraire de ce qu’elle professe. Seuls les gens
sages rêvent de ce moment où le pays deviendra laïque sans
être dominé par les turbans des cheikhs et les calottes des
prêtres. Ce premier décembre 2006, les choses étaient autant
perplexes. La place Riyad Al-Solh a été investie de slogans,
de chansons diffusées par les haut-parleurs incitant à
résister au gouvernement et diffusant des passages du
discours de Nasrallah, secrétaire général du Hezbollah. En
un temps record, les lieux furent occupés et les tentes
installées, et l’accès contrôlé par des cadres bien
entraînés. C’est avec la même promptitude et efficacité que
le contraire s’est passé. D’aucuns peuvent penser que c’est
l’impulsion du moment ... Mais en fait le Hezbollah était
préparé à toutes les éventualités.
Le plus marquant, c’est cette cérémonie qui a eu lieu pour
remettre la zone du sit-in entre l’opposition et le
gouverneur de Beyrouth par intérim Nassif Qaloush et le
président de la municipalité Abdel-Moneim El-Rais, en
présence de députés de l’opposition et autres formations
libanaises. L’opposition a dit qu’elle remettait ces
positions au chef du pouvoir exécutif. Le chef de la
municipalité, lui, a souligné : « Beyrouth a prouvé qu’elle
est le cœur de la patrie et sa conscience. Elle restera
unifiée, ayant le dernier mot. Elle ignorera toutes les
offenses et tout ce qui a été dit. Elle reviendra, comme l’a
voulu Rafiq Hariri, le lieu de rencontre de tous les
Libanais, de toutes, de toutes les communautés. Les Libanais
veulent tourner la page. Il reste que tout doit être débattu
et toutes les inquiétudes doivent être prises en compte ».
A présent, il faut peut-être un peu plus de temps pour
réaménager la zone, la rendre plus belle, préparer les
routes, la chaussée, réparer les trottoirs, et surtout
planter les fleurs de tous genres et de toutes couleurs.
Dans le palais de Baabda, c’est autant pareil. Tout est
prêt, même les lits sont faits. Les préparatifs vont bon
train dans cette demeure sans locataire depuis six mois,
pour accueillir le nouveau président du Liban. L’aile
présidentielle était fermée, ses lumières éteintes, il
faisait sombre. Maintenant, il fait jour à nouveau, la vie
est revenue.
Maher
Meqled