Al-Ahram Hebdo, Dossier | Le sauveur
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 28 mai au 3 juin 2008, numéro 716

 

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Dossier

Liban. Michel Sleimane, homme de consensus, est le président choisi pour mener une réconciliation incertaine. Sa neutralité positive et son sens de l’équilibre font de lui un vrai symbole de l’unité.

Le sauveur

L’homme qu’il faut à la place qu’il faut. C’est ce que pense aujourdais de leur nouveau président. Michel Sleimane se présente ainsi comme le héros qui vient à la fin d’un conte de fée sauver la princesse, ici c’est la société libanaise, du dragon qui la déchirait depuis longtemps. Cette image est-elle un peu trop exagérée ? Sans doute pas. « Notre chevalier qui nous vient avec l’aube d’un jour nouveau, s’il vous plaît, libérez-nous des démons de l’injustice ». C’est bien ce qui est écrit sur une des banderoles qui ont été hissées tout au long du Liban, célébrant cet événement.

Visage affable, voix douce et un peu de charisme. Sleimane vient troquer son uniforme militaire, qu’il avait porté pendant 10 ans alors qu’il était commandant en chef de l’armée libanaise, pour celui civil en tant que douzième président du Liban. Une charge qui est restée vacante pendant 18 mois, la durée du conflit qui a été déclenché entre la majorité parlementaire anti-syrienne et l’opposition dirigée par le Hezbollah autour du pouvoir. En fait, dans les coulisses de ce conflit, Sleimane était toujours le candidat de consensus des deux parties, mais c’était autour de la formation du gouvernement que se trouvait la discorde. Durant toute cette période, Sleimane jouissait également d’une unanimité arabe et internationale.

Mais quels atouts possède-t-il pour recueillir ce consensus ? Agé de 59 ans, Sleimane est d’abord un chrétien maronite, une condition indispensable pour accéder à la présidence en vertu du partage confessionnel du pouvoir. C’est la neutralité absolue entre majorité et opposition, un signe de sagesse dont le commandant en chef de l’armée a fait preuve tout au long de la crise libanaise qui est à l’origine de cette unanimité. En presque dix ans, il s’est toujours abstenu de prendre partie aux luttes politiques et confessionnelles. Il a réussi ainsi à conserver l’unité de l’armée, elle aussi multiconfessionnelle, devenant l’une des rares institutions à être fonctionnelle au Liban. Et ce malgré un manque de moyens flagrant. Il l’avait dit franchement : « Ce qui met l’armée à l’abri des divisions, c’est qu’elle reste loin de la politique et de ses dissensions ... Impliquer l’armée dans les troubles internes ne servirait que les intérêts d’Israël ».

 

Un homme d’équilibre

Et c’est à cette neutralité que la popularité de Sleimane s’est accrue progressivement et sa stature présidentiable s’est forgée du jour au jour. La majorité libanaise qui a auparavant considéré Sleimane comme l’allié de la Syrie, le nommant « l’homme de Damas » et « deuxième Lahoud », avait changé d’attitude envers lui après son comportement lors de la manifestation géante qu’elle a menée le 14 mars 2005, un mois après l’assassinat de Rafic Hariri, réclamant le retrait des troupes syriennes du pays. Le général Sleimane avait à l’époque refusé de déployer ses troupes pour réprimer les manifestations, laissant au contraire les soldats fraterniser avec les manifestants : des soldats échangeant des fleurs avec des manifestants, ou des militaires faisant mine de ne pas voir les jeunes franchir des barrières bloquant les rues. D’une façon symétrique, Sleimane a refusé en janvier 2007 de disperser les partisans de l’opposition qui avaient décrété une grève générale et occupaient les principaux axes routiers du Liban.

Un autre acte de mérite pour Sleimane, c’est le déploiement de l’armée dans le Sud-Liban, en application de la résolution 1 701 qui a mis fin à l’offensive israélienne de l’été 2006. Michel Sleimane avait posé comme seule condition de ne pas avoir à croiser le fer avec le Hezbollah. Son offensive victorieuse contre les islamistes du Fatah Al-Islam au camp de Nahr Al-Bared après quinze semaines de siège et 420 morts, dont 168 soldats, avait aussi fortifié sa popularité chez les Libanais.

L’armée est restée aussi neutre durant le coup de force mené début mai par le Hezbollah contre les partisans du gouvernement. Une attitude qui a pourtant suscité de vives critiques dans le camp de la majorité, sans toutefois qu’elle change son attitude à son égard en tant que candidat de consensus. Et quand elle lui reproche cette « passivité », la réponse lui revenant était : « La sécurité, on n’y parvient pas en jouant des muscles, mais par une volonté politique commune », dit-il.

 

Des charges difficiles

Selon les analystes, Michel Sleimane a exercé sa fonction militaire avec une certaine diplomatie. En fait, Avant sa formation militaire, il fut titulaire d’une licence en sciences politiques de l’Université libanaise. Ensuite, il a entamé sa formation militaire. Il intègre en 1967 l’Académie militaire d’où il sort trois ans plus tard avec le grade de sous-lieutenant des forces armées libanaises. Il suit ensuite diverses formations militaires en Belgique, en France et aux Etats-Unis. Il gravit tous les échelons de l’institution : chef de section, commandant de bataillon, instructeur à l’Ecole militaire et à l’Ecole des sous-officiers, chef des Services de renseignements, commandant de la 11e brigade d’infanterie qui combat notamment le Tsahal puis de la 6e brigade d’infanterie. Et c’est en décembre 1998 que Sleimane succède au général Emile Lahoud, élu président de la République, et devient général-commandant en chef de l’armée Libanaise.

Des questions épineuses attendent ce nouveau président pour les trancher : comment voit-il l’armement du Hezbollah ou la relation du Liban avec la Syrie ? Pour Michel Sleimane, le général voit que l’armée doit rester la protectrice de la résistance, de son peuple et de ses armes. « Nous sommes les protecteurs de la résistance, parce qu’elle a libéré la patrie ». Quant à sa relation avec la Syrie, c’est toujours le général qui parle : « Nous ne devons pas nous contenter d’insulter la Syrie, nous devons plutôt établir des relations équitables, comme deux Etats souverains ».

Michel Sleimane pourrait-il diriger avec réussite le Liban, tout en conservant son unité, comme il l’avait fait avec l’armée ? Il est trop tôt de savoir la réponse. Mais, pour Moustapha Magdi, politologue, une chose est sûre : la mission du nouveau président de contrôler les rivalités politiques est difficile et son chemin est semé d’embûches. Sleimane le sait bien. « Les dossiers et questions conflictuels dont le règlement est tant espéré par les Libanais sont nombreux », dit-il.

Aliaa Al-Korachi

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Principaux points du discours de Michel Sleimane

 

« Je vous appelle, politiciens et citoyens, à entamer une nouvelle ère, appellée le Liban et les Libanais, afin de réaliser les intérêts de la nation ».

« La sécurité ne peut être gagnée par la force, mais à travers une volonté politique. Un seul parti ne peut seul construire le pays ».

« La création de la résistance était un besoin (...). Sa victoire contre l’occupant est due à la bravoure de ses combattants et à la gloire de ses martyrs ».

« La résistance ne doit pas être utilisée dans les conflits internes ».

« Les fermes de Chebaa restent sous occupation en raison des menaces et des violations continuelles de notre souveraineté par Israël. Nous devons élaborer une stratégie de défense nationale pour protéger le pays ».

« Nous affirmons notre participation à l’établissement du tribunal spécial qui se consacrera à l’assassinat de Rafic Hariri afin de permettre à la justice de se faire ».

« Nous chérissons nos relations avec les pays arabes et recherchons des relations fraternelles avec la Syrie, basées sur la souveraineté mutuelle et sur l’indépendance ».

« Notre refus catégorique de l’implantation ne signifie aucunement que nous refusons d’accueillir nos frères palestiniens ou de nous occuper de leurs conditions humanitaires ».

« Il est impératif de reconnaître les droits des expatriés et d’adopter les mesures ad hoc qui leur rendront ce qui leur appartient (...). Les expatriés ont droit à la nationalité libanaise ».

 

Principaux points de l’accord conclu à Doha

 

Le président du Parlement convoque une séance de la Chambre basse pour élire le chef de l’armée Michel Sleimane à la présidence de la République.

Un gouvernement d’union nationale de 30 membres sera formé : 16 ministres pour la majorité, 11 pour l’opposition, les 3 autres à nommer par le président élu.

Toutes les parties s’engagent à ne pas démissionner du gouvernement ou obstruer l’action du gouvernement.

La loi électorale de 1960 est adoptée pour les élections législatives de l’an prochain, avec des amendements concernant les trois circonscriptions électorales de la capitale, Beyrouth.

Le recours aux armes ou à la violence à des fins politiques est interdit.

Le dialogue reprendra pour étendre l’autorité de l’Etat sur toutes les régions du pays. Ce dialogue sera conduit par le nouveau président.

L’autorité sur les forces de sécurité et militaires sera concentrée dans les mains de l’Etat.

L’autorité de l’Etat s’étendra sur toutes les régions du pays de manière à ce que les hors-la-loi n’échappent pas à la justice.

Les dirigeants politiques libanais réitèrent leur engagement à s’abstenir immédiatement d’user d’un langage qui exacerbe les tensions politiques ou confessionnelles, ou de s’accuser mutuellement de trahison.

 

Compétences du chef de l’Etat

Nomination du président du Conseil des ministres après consultation du président de la Chambre des députés, sur la base de consultations parlementaires impératives dont il l’informe officiellement des résultats.

Transmission à la Chambre des députés des projets de loi qui lui sont soumis par le Conseil des ministres.

Promulgation des décrets.

La négociation des traités et la ratification en accord avec le chef du gouvernement.

Présidence du Conseil des ministres lorsqu’il le désire mais sans prendre part au vote.

 

Compétences du premier ministre

Présidence du Conseil des ministres, et est de droit vice-président du Conseil supérieur de la défense.

Consultations parlementaires en vue de former le gouvernement dont il contresigne avec le président de la République le décret de formation.

Exposé de la politique générale du gouvernement devant la Chambre des députés.

Cosignature avec le président de la République de tous les décrets, à l’exception de celui le désignant chef du gouvernement, ainsi que le décret acceptant la démission du gouvernement.

Signature des décrets promulguant les lois ou les renvoyant pour seconde lecture.

 

 




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