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 Semaine du 28 mai au 3 juin 2008, numéro 716

 

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Pakistan. Après la rupture des négociations entre le gouvernement pakistanais et les combattants islamistes proches des Talibans, un accord de paix a été conclu dans la vallée touristique de Swat. Washington y voit un obstacle à la guerre contre le terrorisme.

Une entente mal perçue

L’ accord conclu mercredi dernier est censé mettre fin aux hostilités dans la région touristique de Swat, située à 150 km de la capitale Islamabad, entre les autorités pakistanaises et les combattants islamistes qui s’étaient emparés de cette province. Un ministre de la Province de la Frontière du Nord-Ouest (NWFP) qui participe activement aux négociations, Bashir Bilour, rapporte que cet accord, en quinze points, prévoit entre autres le retrait progressif de l’armée de la vallée de Swat, dans la Province de la Frontière du Nord-Ouest (NWFP), la libération des prisonniers et l’application officielle de la loi islamique, la charia. Les Talibans, quant à eux, sont censés fermer leurs camps d’entraînement de combattants kamikazes, cesser tout attentat ou attaque à l’encontre de l’armée et de la police et accepter l’autorité du gouvernement central d’Islamabad. Le gouvernement pakistanais a promis de tenter d’améliorer les conditions de vie dans les zones frontalières, meilleur moyen selon lui d’établir la paix tant au Pakistan qu’en Afghanistan. Les Talibans ont également assuré qu’ils ne s’attaqueraient plus aux écoles de filles, aux magasins de musiques et vidéos notamment, et aux barbiers. La madrasa du mollah Fazlullah, chef des Talibans de la vallée de Swat, sera reconvertie en une université islamique dirigée à la fois par le gouvernement et les islamistes.

Le gouvernement dirigé depuis mars dernier par Youssouf Raza Gilani, issu du Parti du peuple pakistanais de Benazir Bhutto et mis en place fin mars, mène une nouvelle politique de négociations avec les Talibans pakistanais proches d’Al-Qaëda qui combattent l’armée dans les zones tribales frontalières, servant aussi de base arrière pour les combats en Afghanistan. En revanche, même si pour les Talibans, il s’agit ici d’une victoire du fait que la charia ait été reconnue officiellement, il reste qu’elle se doit de cohabiter avec le droit commun.

Ce processus, qui est pourtant différent des premières négociations menées il y a quelques mois et qui n’avaient pas abouti  faute du retrait des troupes gouvernementales des zones tribales, ne cesse d’inquiéter les Etats-Unis qui craignent que cette union ne soit davantage une barrière pour leur lutte contre le terrorisme dans la région. En effet, déjà pendant les négociations précédentes avec le Mouvement des Talibans du Pakistan (TTP), dominant les zones tribales frontalières avec l’Afghanistan, Washington, qui combat aux côtés des forces de l’Otan en Afghanistan depuis 2001, avait déjà manifesté ses craintes à l’égard d’un tel accord entre le gouvernement pakistanais et les Talibans. L’Administration Bush considère que la stratégie des accords de paix privilégiée par Pervez Musharraf entre 2005 et 2007 n’a abouti qu’au renforcement des bases arrière d’Al-Qaëda et des Talibans afghans dans les zones tribales.

En 2007, les Talibans pakistanais et Bin Laden avaient déclaré le djihad, la guerre sainte, au pouvoir du président Pervez Musharraf, allié-clé de Washington dans sa « guerre contre le terrorisme ». Les islamistes avaient ainsi fait supporter aux Pakistanais le poids du terrorisme, déclenchant une importante vague d’anti-américanisme au sein de la population. La semaine dernière,  à Charm Al-Cheikh, le président américain avait manifesté lors d’un entretien avec le premier ministre pakistanais la volonté commune de combattre le terrorisme sans pour autant évoquer le sort de leurs futures relations : « Nous ne nous faisons pas les avocats de négociations avec les terroristes, nous avons de réelles réserves quant à des accords négociés », avait déclaré l’amiral Michael Mullen, chef d’état-major interarmées.

De son côté, le premier ministre pakistanais avait, lui, affirmé : « Nous sommes engagés et c’est notre conviction de combattre le terrorisme, pas uniquement parce que nous combattons pour la guerre des Américains, mais parce que nous sommes en train de mener notre propre guerre ». Le ton est donc lancé au sein du Pakistan, puissance nucléaire qui se montre de plus en plus hostile à la politique américaine observée en Afghanistan et qui a des répercussions négatives sur sa propre stabilité. Il semble bien que le nouveau gouvernement issu des législatives du 18 février dernier a décidé de rompre avec la politique entreprise jusque-là par le général Pervez Musharraf, politique estimée comme servant les intérêts propres des Etats-Unis.

Lynda Kartout

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