Pakistan.
Après la rupture des négociations entre le gouvernement
pakistanais et les combattants islamistes proches des
Talibans, un accord de paix a été conclu dans la vallée
touristique de Swat. Washington y voit un obstacle à la
guerre contre le terrorisme.
Une entente mal perçue
L’
accord conclu mercredi dernier est censé mettre fin aux
hostilités dans la région touristique de Swat, située à 150
km de la capitale Islamabad, entre les autorités
pakistanaises et les combattants islamistes qui s’étaient
emparés de cette province. Un ministre de la Province de la
Frontière du Nord-Ouest (NWFP) qui participe activement aux
négociations, Bashir Bilour, rapporte que cet accord, en
quinze points, prévoit entre autres le retrait progressif de
l’armée de la vallée de Swat, dans la Province de la
Frontière du Nord-Ouest (NWFP), la libération des
prisonniers et l’application officielle de la loi islamique,
la charia. Les Talibans, quant à eux, sont censés fermer
leurs camps d’entraînement de combattants kamikazes, cesser
tout attentat ou attaque à l’encontre de l’armée et de la
police et accepter l’autorité du gouvernement central
d’Islamabad. Le gouvernement pakistanais a promis de tenter
d’améliorer les conditions de vie dans les zones
frontalières, meilleur moyen selon lui d’établir la paix
tant au Pakistan qu’en Afghanistan. Les Talibans ont
également assuré qu’ils ne s’attaqueraient plus aux écoles
de filles, aux magasins de musiques et vidéos notamment, et
aux barbiers. La madrasa du mollah Fazlullah, chef des
Talibans de la vallée de Swat, sera reconvertie en une
université islamique dirigée à la fois par le gouvernement
et les islamistes.
Le gouvernement dirigé depuis mars dernier par Youssouf Raza
Gilani, issu du Parti du peuple pakistanais de Benazir
Bhutto et mis en place fin mars, mène une nouvelle politique
de négociations avec les Talibans pakistanais proches d’Al-Qaëda
qui combattent l’armée dans les zones tribales frontalières,
servant aussi de base arrière pour les combats en
Afghanistan. En revanche, même si pour les Talibans, il
s’agit ici d’une victoire du fait que la charia ait été
reconnue officiellement, il reste qu’elle se doit de
cohabiter avec le droit commun.
Ce processus, qui est pourtant différent des premières
négociations menées il y a quelques mois et qui n’avaient
pas abouti faute du retrait des troupes
gouvernementales des zones tribales, ne cesse d’inquiéter
les Etats-Unis qui craignent que cette union ne soit
davantage une barrière pour leur lutte contre le terrorisme
dans la région. En effet, déjà pendant les négociations
précédentes avec le Mouvement des Talibans du Pakistan (TTP),
dominant les zones tribales frontalières avec l’Afghanistan,
Washington, qui combat aux côtés des forces de l’Otan en
Afghanistan depuis 2001, avait déjà manifesté ses craintes à
l’égard d’un tel accord entre le gouvernement pakistanais et
les Talibans. L’Administration Bush considère que la
stratégie des accords de paix privilégiée par Pervez
Musharraf entre 2005 et 2007 n’a abouti qu’au renforcement
des bases arrière d’Al-Qaëda et des Talibans afghans dans
les zones tribales.
En 2007, les Talibans pakistanais et Bin Laden avaient
déclaré le djihad, la guerre sainte, au pouvoir du président
Pervez Musharraf, allié-clé de Washington dans sa « guerre
contre le terrorisme ». Les islamistes avaient ainsi fait
supporter aux Pakistanais le poids du terrorisme,
déclenchant une importante vague d’anti-américanisme au sein
de la population. La semaine dernière, à Charm
Al-Cheikh, le président américain avait manifesté lors d’un
entretien avec le premier ministre pakistanais la volonté
commune de combattre le terrorisme sans pour autant évoquer
le sort de leurs futures relations : « Nous ne nous faisons
pas les avocats de négociations avec les terroristes, nous
avons de réelles réserves quant à des accords négociés »,
avait déclaré l’amiral Michael Mullen, chef d’état-major
interarmées.
De son côté, le premier ministre pakistanais avait, lui,
affirmé : « Nous sommes engagés et c’est notre conviction de
combattre le terrorisme, pas uniquement parce que nous
combattons pour la guerre des Américains, mais parce que
nous sommes en train de mener notre propre guerre ». Le ton
est donc lancé au sein du Pakistan, puissance nucléaire qui
se montre de plus en plus hostile à la politique américaine
observée en Afghanistan et qui a des répercussions négatives
sur sa propre stabilité. Il semble bien que le nouveau
gouvernement issu des législatives du 18 février dernier a
décidé de rompre avec la politique entreprise jusque-là par
le général Pervez Musharraf, politique estimée comme servant
les intérêts propres des Etats-Unis.
Lynda
Kartout