Initiative.
Une expérience exceptionnelle s’est déroulée récemment à
Damas, la capitale de la culture arabe : un parc public a
accueilli un Forum associant peinture et poésie au gré de la
déambulation de ses visiteurs.
Les poèmes de l’art
Dans
un pays comme la Syrie, les initiatives culturelles et
artistiques privées acquièrent une grande valeur, car elles
représentent une véritable aventure pour leurs auteurs.
Au cours de la semaine dernière, les pancartes et les
publicités recouvraient les rues de Damas, la capitale
culturelle du monde arabe pour cette année, annonçant la
tenue du premier Forum international de peinture dans le
parc du musée national. Mais en pénétrant dans le parc, on a
découvert un autre titre : Les poèmes de l’art plastique. Ce
titre exprimait le mieux la nature de ce forum qui tentait
de créer un dialogue entre la poésie et la peinture en tant
qu’art plastique réservé à l’élite, aiguisant la curiosité
du public. L’art instillait ainsi l’idée d’une bonne
nouvelle que l’on veut déclarer en grandes fanfares. Le
public composé en majorité d’étudiants de l’université
affluait vers le parc situé à proximité, tout au long de la
journée. Sous son regard intéressé, treize artistes des
quatre coins du monde sont venus étaler en toute virtuosité
leur génie créatif et accueillir les commentaires pertinents
sur leurs œuvres. Des commentaires qui reflètent un désir
d’apprécier et de prendre part à une créativité qui se
déploie à vue d’œil. Outre les artistes venus d’Occident,
deux grands artistes arabes proches de la scène culturelle
syrienne ont fait partie de ce concert. Il s’agit de Youssef
Abdelokay, un Syrien résidant en France, et de Gabr Olwane,
un Iraqien résidant en Italie.
Selon l’acteur syrien Farès Al-Hélou qui est l’initiateur de
cette manifestation, l’idée du forum est fondée sur le fait
que chaque artiste s’inspire d’un poème, dont il traduit les
inclinations sur la toile, laissant libre cours à son
imagination.
Farès Al-Hélou est l’une des stars de premier rang en Syrie.
Il avait déjà organisé dans son village natal Machta
Al-Hélou, situé à 300 km de Damas, un forum de sculpture. «
J’investis mon temps libre dans l’inventivité. Je veux
encourager les artistes à raisonner de manière différente, à
exécuter leurs rêves sans attendre le soutien ou le don de
l’Etat qui assume d’autres dépenses. Après le succès du
forum de sculpture, les gens ont commencé à prendre
l’habitude de lancer des initiatives similaires dans les
divers gouvernorats de la Syrie ».
Le
discours de Farès ne manque pas d’enthousiasme. Il n’attend
nullement le soutien de l’Etat, surtout que l’un de ses
organismes s’est abstenu de financer le forum. Si ce dernier
a pu voir le jour, c’est grâce aux artistes qui ont adopté
son principe et au fait qu’il a pris en charge son propre
financement. « Je veux toujours ajouter une valeur humaniste
à mon patriotisme. Je refuse de tirer mon estime uniquement
de ma prestation d’acteur. Je me pose souvent la question :
Quelle est ma valeur loin de mon métier ? Je ne veux pas que
la réponse soit nulle ».
La majorité des artistes syriens qui ont pris part au forum
résident à l’étranger. Ils ont participé sur invitation d’Al-Hélou.
« J’ai voulu présenter au citoyen ordinaire les œuvres
exécutées par des artistes possédant un héritage syrien mais
qui, en même temps, se sont ouverts sur la culture de
l’Occident ».
L’œuvre de l’artiste syrien Fouad Abou-Séda attire
particulièrement l’attention. Il appartient à la génération
des années 1970 qui a ancré un nouveau mode d’expression
dans l’art plastique syrien. Son œuvre, qui exprime un poème
du célèbre poète Adonis, porte une touche orientale franche,
car sa lumière rejaillit de son for intérieur sur son
langage optique esthétique porteur d’indices où il dit :
Damas, la caravane des étoiles sur un tapis vert, des seins
de feu et d’orange.
Quant à Gabr Hélwan, il a choisi le poème d’une femme
silencieuse du poète iraqien Saadi Youssef alors que Youssef
Abdelokay a choisi le poème de son compatriote Nazih
Abou-Afach : Combien de pays, ô liberté ? Jaco Haj Youssef
(Syrie) a, lui, choisi le célèbre poème de Hafez Ibrahim qui
a été chanté par Oum Kalsoum, Les vestiges (Al-Atlal). Maher
Al-Baroudi (Syrie) a choisi le poème de Nazar Qabbani Je
dois prendre la permission de la nation ? Hilda Gabari a
exprimé le poème du poète bahreïni Kassem Hadad La fée m’a
réveillée dans une expérience riche.
Les artistes qui ont participé au forum ont accepté de
vendre quelques-unes des toiles aux individus et aux
organismes. Ils ont aussi soutenu l’idée de jeter les
fondements d’un musée exclusivement réservé à la vision des
poèmes par les peintres. Il portera le nom du musée de la
poésie. L’idée de ce musée ne date pas d’hier. Mais Al-Hélou
a voulu mettre un terme à l’hésitation. « L’attente nous
exaspère. Nous devons faire un meilleur usage du temps, en
œuvrant pour atteindre notre but. Nul ne le fera à notre
place », proclame-t-il.
Sur
le plan médiatique, l’expérience du forum a été fort
réussie, mais vis-à-vis des salles d’exposition et des
collectionneurs, le résultat fut décevant. « La position des
collectionneurs était négative. Ils ont une vision
commerciale qui estime que l’idée du forum s’oppose à leurs
intérêts. Ils n’ont pas pris en considération l’objectif que
nous voulons réaliser. Car, nous œuvrons à agrandir le
public des amateurs de l’art. Ce qui, en fin de compte,
verse dans leur intérêt », explique Al-Hélou, élucidant ce
paradoxe.
Il entend étendre l’idée du forum à des soirées littéraires
et musicales en plus de la peinture, car la créativité est
un ensemble de mondes qui communiquent et se renouvellent
continuellement.
Sayed
Mahmoud