Al-Ahram Hebdo,Arts | Les poèmes de l’art
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 Semaine du 28 mai au 3 juin 2008, numéro 716

 

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Arts

Initiative. Une expérience exceptionnelle s’est déroulée récemment à Damas, la capitale de la culture arabe : un parc public a accueilli un Forum associant peinture et poésie au gré de la déambulation de ses visiteurs.

Les poèmes de l’art

Dans un pays comme la Syrie, les initiatives culturelles et artistiques privées acquièrent une grande valeur, car elles représentent une véritable aventure pour leurs auteurs.

Au cours de la semaine dernière, les pancartes et les publicités recouvraient les rues de Damas, la capitale culturelle du monde arabe pour cette année, annonçant la tenue du premier Forum international de peinture dans le parc du musée national. Mais en pénétrant dans le parc, on a découvert un autre titre : Les poèmes de l’art plastique. Ce titre exprimait le mieux la nature de ce forum qui tentait de créer un dialogue entre la poésie et la peinture en tant qu’art plastique réservé à l’élite, aiguisant la curiosité du public. L’art instillait ainsi l’idée d’une bonne nouvelle que l’on veut déclarer en grandes fanfares. Le public composé en majorité d’étudiants de l’université affluait vers le parc situé à proximité, tout au long de la journée. Sous son regard intéressé, treize artistes des quatre coins du monde sont venus étaler en toute virtuosité leur génie créatif et accueillir les commentaires pertinents sur leurs œuvres. Des commentaires qui reflètent un désir d’apprécier et de prendre part à une créativité qui se déploie à vue d’œil. Outre les artistes venus d’Occident, deux grands artistes arabes proches de la scène culturelle syrienne ont fait partie de ce concert. Il s’agit de Youssef Abdelokay, un Syrien résidant en France, et de Gabr Olwane, un Iraqien résidant en Italie.

Selon l’acteur syrien Farès Al-Hélou qui est l’initiateur de cette manifestation, l’idée du forum est fondée sur le fait que chaque artiste s’inspire d’un poème, dont il traduit les inclinations sur la toile, laissant libre cours à son imagination.

Farès Al-Hélou est l’une des stars de premier rang en Syrie. Il avait déjà organisé dans son village natal Machta Al-Hélou, situé à 300 km de Damas, un forum de sculpture. « J’investis mon temps libre dans l’inventivité. Je veux encourager les artistes à raisonner de manière différente, à exécuter leurs rêves sans attendre le soutien ou le don de l’Etat qui assume d’autres dépenses. Après le succès du forum de sculpture, les gens ont commencé à prendre l’habitude de lancer des initiatives similaires dans les divers gouvernorats de la Syrie ».

Le discours de Farès ne manque pas d’enthousiasme. Il n’attend nullement le soutien de l’Etat, surtout que l’un de ses organismes s’est abstenu de financer le forum. Si ce dernier a pu voir le jour, c’est grâce aux artistes qui ont adopté son principe et au fait qu’il a pris en charge son propre financement. « Je veux toujours ajouter une valeur humaniste à mon patriotisme. Je refuse de tirer mon estime uniquement de ma prestation d’acteur. Je me pose souvent la question : Quelle est ma valeur loin de mon métier ? Je ne veux pas que la réponse soit nulle ».

La majorité des artistes syriens qui ont pris part au forum résident à l’étranger. Ils ont participé sur invitation d’Al-Hélou. « J’ai voulu présenter au citoyen ordinaire les œuvres exécutées par des artistes possédant un héritage syrien mais qui, en même temps, se sont ouverts sur la culture de l’Occident ».

L’œuvre de l’artiste syrien Fouad Abou-Séda attire particulièrement l’attention. Il appartient à la génération des années 1970 qui a ancré un nouveau mode d’expression dans l’art plastique syrien. Son œuvre, qui exprime un poème du célèbre poète Adonis, porte une touche orientale franche, car sa lumière rejaillit de son for intérieur sur son langage optique esthétique porteur d’indices où il dit : Damas, la caravane des étoiles sur un tapis vert, des seins de feu et d’orange.

Quant à Gabr Hélwan, il a choisi le poème d’une femme silencieuse du poète iraqien Saadi Youssef alors que Youssef Abdelokay a choisi le poème de son compatriote Nazih Abou-Afach : Combien de pays, ô liberté ? Jaco Haj Youssef (Syrie) a, lui, choisi le célèbre poème de Hafez Ibrahim qui a été chanté par Oum Kalsoum, Les vestiges (Al-Atlal). Maher Al-Baroudi (Syrie) a choisi le poème de Nazar Qabbani Je dois prendre la permission de la nation ? Hilda Gabari a exprimé le poème du poète bahreïni Kassem Hadad La fée m’a réveillée dans une expérience riche.

Les artistes qui ont participé au forum ont accepté de vendre quelques-unes des toiles aux individus et aux organismes. Ils ont aussi soutenu l’idée de jeter les fondements d’un musée exclusivement réservé à la vision des poèmes par les peintres. Il portera le nom du musée de la poésie. L’idée de ce musée ne date pas d’hier. Mais Al-Hélou a voulu mettre un terme à l’hésitation. « L’attente nous exaspère. Nous devons faire un meilleur usage du temps, en œuvrant pour atteindre notre but. Nul ne le fera à notre place », proclame-t-il.

Sur le plan médiatique, l’expérience du forum a été fort réussie, mais vis-à-vis des salles d’exposition et des collectionneurs, le résultat fut décevant. « La position des collectionneurs était négative. Ils ont une vision commerciale qui estime que l’idée du forum s’oppose à leurs intérêts. Ils n’ont pas pris en considération l’objectif que nous voulons réaliser. Car, nous œuvrons à agrandir le public des amateurs de l’art. Ce qui, en fin de compte, verse dans leur intérêt », explique Al-Hélou, élucidant ce paradoxe.

Il entend étendre l’idée du forum à des soirées littéraires et musicales en plus de la peinture, car la créativité est un ensemble de mondes qui communiquent et se renouvellent continuellement.

Sayed Mahmoud

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