Al-Ahram Hebdo, Arts | Les moments forts
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 Semaine du 28 mai au 3 juin 2008, numéro 716

 

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Arts

Festival de Cannes. Le grand mérite de cette édition est d’avoir su concilier pendant 12 jours cinéphilie et découvertes d’œuvres d’horizons divers. Tour d’horizon.

Les moments forts

Le festival a tenu ses promesses de présenter d’après sa direction, « une édition purement cinématographique ».

En fait, avec une compétition officielle regroupant 22 des meilleures productions cinématographiques de l’an 2007, le festival réservait tant de moments forts à ses initiés.

Côté œuvres concurrentes, la projection d’une quarantaine de films retraçant les différentes images du cinéma latin, largement représenté dans la compétition officielle, était l’occasion pour les fans de voir des œuvres et des cinémas en quête de s’ouvrir sur le monde.

Volet pédagogique, le Festival de Cannes s’est intéressé aux formations de professionnels du 7e art, particulièrement de jeunes cinéastes, à travers des ateliers animés par des virtuoses du cinéma international. On en retient notamment la Leçon de cinéma donnée par le cinéaste américain Quentin Tarantino aux jeunes cinéastes qui, pour rien au monde, n’auraient manqué une occasion d’apprécier la conception d’un des maîtres de la réalisation et du montage.

D’ailleurs, les projections sur grand écran du Cinéma de la plage ont assuré au festival une place de choix auprès des habitants de la Côte d’Azur dont la joie était à son comble lors de séances où d’illustres vedettes ont été présentes. Le public nombreux est venu tous les soirs, à ce rendez-vous en plein air, savourer un cinéma de bonne facture. Cette affluence assurée n’était pas sans déplaire aux tenanciers des cafés de la Croisette qui ont renfloué leurs caisses.

Quant au jury, il était assez différent cette année, faisant parler de lui, même avant le coup d’envoi du festival. Déjà, Clint Eastwood vantait les mérites de son président : « Sean Penn, un président du jury pas comme les autres », déclamait-il. En effet, Sean Penn, l’éternel enfant terrible, le pacifiste effréné qui est allé en Iraq et a soutenu son bon ami Chavez, a su, dès l’inauguration, donner un ton particulier au festival en alliant d’emblée cinéma et politique. Cette coloration riche en significations dans un monde où la politique mène la danse a été ressentie lors de la présentation du film Le Sel de la mer, de la Palestinienne Anne-Marie Jacir, qui a été vivement applaudie. La cinéaste a tenu à porter un keffieh noir et blanc qui lui a été offert par l’équipe du film.

La violence dans tous ses états

Parmi les longs métrages qui ont eu de larges résonances, on débusque Johnny Mad Dog, adapté du livre Johnny, chien méchant écrit par Emmanuel Dongala et réalisé par Emmanuel Dongala. Ce dernier, formé à l’école du cinéaste Jean-Stéphane Sauvaire, a réalisé un surprenant documentaire Carlitos Medellin sur les témoignages des habitants de Medellin, la ville la plus violente de Colombie, qui lui a valu sa renommée.

Avec Johnny Mad Dog, il a signé une fiction dans laquelle nous suivons les histoires croisées d’un adolescent à la tête d’un Small Boys Unit (Unité de jeunes garçons) d’une armée rebelle, dans un pays africain en pleine guerre civile, et d’une jeune fille rangée qui tente de sauver sa famille agressée par ces rebelles.

Par ailleurs, malgré son niveau artistique assez médiocre par rapport aux autres œuvres en compétition à la section Un Certain regard, le film libano-français Je veux voir représentait l’un des moments importants de Cannes 2008. Réalisateurs de cette œuvre, Joana Hadjithomas et Khalil Joreige sont des artistes et des cinéastes libanais qui se sont retrouvés bloqués à Paris quand la guerre a éclaté en juillet 2006. Ils en sont restés les spectateurs impuissants, effondrés. Mais cette guerre les a amenés à se remettre en question. Je veux voir est la phrase que prononce Catherine Deneuve, confirmant sa volonté de « voir » le Sud-Liban, là où les combats contre les Israéliens ont été les plus durs. Catherine Deneuve ? C’est sur elle que repose le projet du film.

Par ailleurs, aspirant à une nouvelle Palme d’or, le Canadien, d’origine égyptienne, Atom Egoyan, a été de retour sur la Croisette avec Adoration. Il n’a pourtant pas su démêler l’écheveau entre religion et politique dans ce film chargé d’énigmes, mais tout de même captivant. On y suit un jeune homme qui, à l’initiative de son professeur de français et de théâtre — Arsinée Khanjian — s’invente un père musulman et terroriste censé avoir glissé une bombe dans la valise de sa mère enceinte en partance pour Israël.

Dans un autre registre, Steven Soderberg a livré, avec son diptyque Che, une longue œuvre didactique sur le héros révolutionnaire éponyme, incarné par Benicio del Toro. Très attendu, Che, qui dure presque quatre heures et demie, est composé de deux films qui sortiront à un mois d’écart en fin d’année et ont été séparés par un entracte lors de leur projection au festival. Le projet initial ne portait que sur l’échec du révolutionnaire en Bolivie, mais le réalisateur américain a jugé utile, dans un second temps, de l’éclairer à la lumière de son succès cubain.

La création au féminin

Pour la sixième année consécutive, le Pavillon Les Cinémas du Sud animé par le ministère des Affaires étrangères et européennes, et avec l’appui de plusieurs institutions françaises et européennes, a offert pendant le déroulement du festival un espace de promotion, de travail et de diffusion au service de toutes les cinématographies du Sud.

Cette année, il a décidé de rendre un hommage particulier aux femmes qui font vivre ces cinématographies et de mettre en lumière leur travail en invitant à Cannes une vingtaine d’entre elles : comédiennes, réalisatrices, productrices. Citons, entre autres, Marianne Khoury, la productrice et réalisatrice égyptienne, et Moufida Tlatli, la réalisatrice tunisienne du remarquable Les Silences du palais, membre du jury de la Quinzaine des réalisateurs en 1994 et ancienne présidente du Fonds Sud Cinéma. Etaient du parti aussi, la comédienne iraqienne Awatif Naïm, la réalisatrice iranienne Rakhsan Bani Etemad et la jeune réalisatrice libanaise Nadine Labaki. Cette présence arabe avait aussi son prolongement à travers la projection de films égyptiens projetés dans le Marché du Film à Cannes, tels La Nuit du Baby Doll de Adel Adib, Al-Ghaba (la jungle) co-écrit, produit et réalisé par Ahmad Atef, L’Aquarium signé Yousri Nasrallah et Al-Guézira (l’île) de Chérif Arafa.

Bref, ce rendez-vous cannois a élargi sa carte de sélection avec davantage d’ouverture sur de nouveaux horizons.

Yasser Moheb

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Palmarès

Palme d’or : le film français Entre les murs, de Laurent Cantet.

Grand Prix : le film italien Gomorra De Matteo Garonne.

Prix spécial : le film français Un Conte de Noël d’Arnaud Desplechin.

Prix de la mise en scène : le film turc Les trois singes de Nuri Bilge Ceylan.

Prix du jury : le film Il divo de l’Italien Paolo Sorrentino.

Prix d’interprétation masculine : Benicio del Toro, pour son rôle dans le film Che de Steven Soderbergh.

Prix d’interprétation féminine : Sandra Corveloni pour son rôle dans le film brésilien Linha de Passe.

Scénario : Le silence de Lorna, des frères Dardenne.

Palme d’or du court métrage : Megatron de Marian Crisan (Roumanie).

Caméra d’or : le film britannique Hunger de Steve Mac Queen.

 




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