Mali.
Alors que la situation se détériore entre le gouvernement et
les rebelles touaregs, les tensions diplomatiques avec
l’Algérie semblent s’apaiser entraînant la relance du
processus de paix gelé quelques semaines auparavant.
La diplomatie algérienne à l’épreuve
De récents affrontements à Abeïbara, dans le nord du Mali
entre l’armée et des rebelles touaregs, ont entraîné la mort
de 15 personnes du côté des forces gouvernementales et 17
morts du côté des rebelles marquant ainsi le plus lourd
bilan depuis plusieurs années. L’attaque touareg à Abeïbara,
qui visait précisément le poste militaire d’Abeïbara, à
environ 150 km au nord de Kidal, chef-lieu de la région, se
veut être un acte vengeant la mort du commandant Barka
Cheik, un membre de l’Alliance démocratique du 23 mai pour
le changement, ex-rébellion touareg. Barka Cheik avait
rejoint les rangs de l’armée malienne après la signature
d’un accord à Alger en juillet 2006, qui devait mettre un
terme officiellement à la rébellion touareg. Son corps
criblé de balles et retrouvé le 11 avril dernier, dans des
conditions non élucidées, a certainement ravivé des tensions
et encouragé les membres de l’Alliance démocratique pour le
changement, impliqués dans la signature de l’accord, à
rejoindre le maquis. L’Organisation des Nations-Unies s’est
montrée inquiète face à cette nouvelle flambée de violence
au Mali. Le secrétaire général des Nations-Unies, Ban
Ki-moon a adressé un message transmis par le biais de son
porte-parole au gouvernement malien exprimant « la nécessité
urgente de trouver une solution immédiate et durable à ce
conflit récurrent afin que le Mali puisse se concentrer sur
ses priorités en matière de développement et sur la
consolidation de sa démocratie (…). Le secrétaire général
espère recevoir bientôt un compte rendu détaillé de la
situation au Mali, suite à la visite que son représentant
spécial pour l’Afrique de l’Ouest, M. Saïd Djinnit,
effectuera au Mali dans les prochains jours ».
Le gouvernement de Bamako s’est en revanche montré optimiste
et a salué la décision du gouvernement algérien de reprendre
sa médiation dans le conflit qui déstabilise le nord du Mali
: « Depuis quelques temps, le nord du Mali subit des
difficultés qui affectent notre stabilité interne et
l’Algérie a toujours joué le rôle de facilitateur pour le
règlement des différentes crises qui ont secoué cette région
», a indiqué le ministre malien des Affaires étrangères,
Moctar Ouane, dans une conférence de presse à l’issue de sa
rencontre avec le président algérien Abdelaziz Bouteflika. «
Aujourd’hui, nous sommes très heureux que le président
Bouteflika a annoncé la décision de l’Algérie de reprendre
toute sa place dans la dynamique du règlement de cette
question », a-t-il ajouté.
Les rebelles disposés à discuter
De leur côté, les proches du groupe rebelle de Brahim Agh
Bahanga ont fait savoir qu’ils étaient disposés à reprendre
« (…) toutes négociations sous la direction de l’Algérie ».
L’Algérie, pays frontalier avec le Mali, est un des
principaux pays médiateurs dans la crise qui oppose le
gouvernement de Bamako à la rébellion touareg. L’Algérie
avait décidé de suspendre sa médiation en avril dernier en
raison de critiques émanant de la presse malienne concernant
la détérioration de la situation sur le plan sécuritaire. Le
4 juillet 2006, les belligérants avaient accepté de signer
un accord de paix en vue de mettre un terme à ce conflit.
Les accords d’Alger stipulent que les touareg ne doivent
plus réclamer l’autonomie de leur région, alors que le
gouvernement de Bamako doit, lui pour sa part, accélérer le
développement des régions du Nord.
Par
conséquent, la Libye, impliquée dans la médiation du conflit,
avait relayé Alger. Le 2 avril 2008, est signé à Tripoli un
protocole d’entente entre le gouvernement malien et
l’Alliance des Touaregs du Nord du Mali (ATNM) dirigée par
Brahim Agh Bahanga. Ce protocole s’inscrit dans la logique
de l’accord d’Alger et devait mener à un apaisement des
tensions avec l’allégement du dispositif militaire, la
libération des détenus et l’accélération de la mise en place
des clauses de l’accord d’Alger.
Le 15
mai, le président de la Libye, Mouammar Kadhafi a dépêché
une délégation en vue de reprendre les pourparlers avec les
représentants du gouvernement et de la rébellion touareg et
parvenir ainsi à un cessez-le-feu. Les Touaregs, qui ont
déclenché des révoltes au Mali dans les années 1960 et 1990
ainsi qu’au Niger dans les années 1990, demandent davantage
d’autonomie dans leurs régions, situées à plus de mille
kilomètres des capitales. Le gouvernement, quant à lui, les
accuse de vouloir contrôler les routes frontalières du Nord
pour se livrer à de la contrebande d’armes et de drogues.
Les
Touaregs maliens et le Mouvement des Nigériens pour la
Justice (MNJ), dirigé par des Touaregs, ont démenti par le
passé toute alliance formelle mais des responsables des
services de sécurité maliens et nigériens les soupçonnent de
s’unir en certaines occasions.
Force
est de constater qu’en dépit du cessez-le-feu signé sous
l’égide de la Libye, le Mali reste le théâtre
d’affrontements entre les forces gouvernementales et la
rébellion touareg faisant craindre que l’accord d’Alger ne
soit caduc aujourd’hui. Reste à savoir si la reprise de la
médiation par le gouvernement algérien sera fructueuse et si
cet accord n’a pas été affaibli.
Lynda
Kartout