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 Semaine du 28 mai au 3 juin 2008, numéro 716

 

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Afrique

Mali. Alors que la situation se détériore entre le gouvernement et les rebelles touaregs, les tensions diplomatiques avec l’Algérie semblent s’apaiser entraînant la relance du processus de paix gelé quelques semaines auparavant. 

La diplomatie algérienne à l’épreuve

De récents affrontements à Abeïbara, dans le nord du Mali entre l’armée et des rebelles touaregs, ont entraîné la mort de 15 personnes du côté des forces gouvernementales et 17 morts du côté des rebelles marquant ainsi le plus lourd bilan depuis plusieurs années. L’attaque touareg à Abeïbara, qui visait précisément le poste militaire d’Abeïbara, à environ 150 km au nord de Kidal, chef-lieu de la région, se veut être un acte vengeant la mort du commandant Barka Cheik, un membre de l’Alliance démocratique du 23 mai pour le changement, ex-rébellion touareg. Barka Cheik avait rejoint les rangs de l’armée malienne après la signature d’un accord à Alger en juillet 2006, qui devait mettre un terme officiellement à la rébellion touareg. Son corps criblé de balles et retrouvé le 11 avril dernier, dans des conditions non élucidées, a certainement ravivé des tensions et encouragé les membres de l’Alliance démocratique pour le changement, impliqués dans la signature de l’accord, à rejoindre le maquis. L’Organisation des Nations-Unies s’est montrée inquiète face à cette nouvelle flambée de violence au Mali. Le secrétaire général des Nations-Unies, Ban Ki-moon a adressé un message transmis par le biais de son porte-parole au gouvernement malien exprimant « la nécessité urgente de trouver une solution immédiate et durable à ce conflit récurrent afin que le Mali puisse se concentrer sur ses priorités en matière de développement et sur la consolidation de sa démocratie (…). Le secrétaire général espère recevoir bientôt un compte rendu détaillé de la situation au Mali, suite à la visite que son représentant spécial pour l’Afrique de l’Ouest, M. Saïd Djinnit, effectuera au Mali dans les prochains jours ».

Le gouvernement de Bamako s’est en revanche montré optimiste et a salué la décision du gouvernement algérien de reprendre sa médiation dans le conflit qui déstabilise le nord du Mali : « Depuis quelques temps, le nord du Mali subit des difficultés qui affectent notre stabilité interne et l’Algérie a toujours joué le rôle de facilitateur pour le règlement des différentes crises qui ont secoué cette région », a indiqué le ministre malien des Affaires étrangères, Moctar Ouane, dans une conférence de presse à l’issue de sa rencontre avec le président algérien Abdelaziz Bouteflika. « Aujourd’hui, nous sommes très heureux que le président Bouteflika a annoncé la décision de l’Algérie de reprendre toute sa place dans la dynamique du règlement de cette question », a-t-il ajouté.

Les rebelles disposés à discuter

De leur côté, les proches du groupe rebelle de Brahim Agh Bahanga ont fait savoir qu’ils étaient disposés à reprendre « (…) toutes négociations sous la direction de l’Algérie ». L’Algérie, pays frontalier avec le Mali, est un des principaux pays médiateurs dans la crise qui oppose le gouvernement de Bamako à la rébellion touareg. L’Algérie avait décidé de suspendre sa médiation en avril dernier en raison de critiques émanant de la presse malienne concernant la détérioration de la situation sur le plan sécuritaire. Le 4 juillet 2006, les belligérants avaient accepté de signer un accord de paix en vue de mettre un terme à ce conflit. Les accords d’Alger stipulent que les touareg ne doivent plus réclamer l’autonomie de leur région, alors que le gouvernement de Bamako doit, lui pour sa part, accélérer le développement des régions du Nord.

Par conséquent, la Libye, impliquée dans la médiation du conflit, avait relayé Alger. Le 2 avril 2008, est signé à Tripoli un protocole d’entente entre le gouvernement malien et l’Alliance des Touaregs du Nord du Mali (ATNM) dirigée par Brahim Agh Bahanga. Ce protocole s’inscrit dans la logique de l’accord d’Alger et devait mener à un apaisement des tensions avec l’allégement du dispositif militaire, la libération des détenus et l’accélération de la mise en place des clauses de l’accord d’Alger.

Le 15 mai, le président de la Libye, Mouammar Kadhafi a dépêché une délégation en vue de reprendre les pourparlers avec les représentants du gouvernement et de la rébellion touareg et parvenir ainsi à un cessez-le-feu. Les Touaregs, qui ont déclenché des révoltes au Mali dans les années 1960 et 1990 ainsi qu’au Niger dans les années 1990, demandent davantage d’autonomie dans leurs régions, situées à plus de mille kilomètres des capitales. Le gouvernement, quant à lui, les accuse de vouloir contrôler les routes frontalières du Nord pour se livrer à de la contrebande d’armes et de drogues.

Les Touaregs maliens et le Mouvement des Nigériens pour la Justice (MNJ), dirigé par des Touaregs, ont démenti par le passé toute alliance formelle mais des responsables des services de sécurité maliens et nigériens les soupçonnent de s’unir en certaines occasions.

Force est de constater qu’en dépit du cessez-le-feu signé sous l’égide de la Libye, le Mali reste le théâtre d’affrontements entre les forces gouvernementales et la rébellion touareg faisant craindre que l’accord d’Alger ne soit caduc aujourd’hui. Reste à savoir si la reprise de la médiation par le gouvernement algérien sera fructueuse et si cet accord n’a pas été affaibli.

Lynda Kartout

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