Afrique du Sud.
Les attaques xénophobes, qui se sont multipliées ces
derniers jours et se sont propagées dans le pays, remettent
sur le tapis le problème endémique de la pauvreté dans la
première puissance économique du continent.
La stabilité en danger
Depuis
plus de deux semaines, l’Afrique du Sud vit dans le chaos à
cause de l’escalade des attaques xénophobes sanglantes. En
effet, les Sud-Africains, confrontés à quelque 40 % de
chômage et d’extrême misère, accusent de plus en plus les
étrangers de prendre des emplois et de contribuer à la
criminalité.
Les premières émeutes contre les immigrés africains ont
éclaté dans les townships de Johannesburg le 11 mai. Depuis
ce jour, les violences se sont propagées, touchant sept des
neuf provinces sud-africaines. Le bilan est déjà lourd : une
cinquantaine de personnes ont été tuées, des centaines
blessées, 500 personnes ont été arrêtées et 16 000 ont fui
les quartiers en proie aux troubles. Plus de 2 000 personnes
ont également manifesté samedi dernier dans le centre de
Johannesburg pour revendiquer l’arrêt des violences
xénophobes. Pour les calmer, le président sud-africain Thabo
Mbeki, qui avait jusque-là très peu intervenu, s’est exprimé
dans un communiqué. « Nous sommes confrontés aujourd’hui à
une honte et une humiliation pour notre nation où nous avons
une poignée de gens, une minorité dans notre société qui
commet des crimes contre d’autres Africains », a-t-il
déclaré.
M. Mbeki est critiqué pour la lenteur de sa réaction à ces
violences ainsi que pour ne pas avoir suffisamment combattu
la pauvreté, terreau de ces violences. En outre, le
gouvernement a admis qu’il était au fait des risques
d’explosion de violences. Ce qui met le pouvoir en bien
mauvaise posture. « Bien sûr, nous étions au courant que
quelque chose couvait. C’est une chose d’être conscient
qu’il y a un problème social et une autre de savoir quand
l’éruption va se produire », a déclaré le ministre du
Renseignement, Ronnie Kasrils, après avoir affirmé que les
autorités avaient été surprises de la férocité des attaques.
Pour arrêter ces violences, le gouvernement a créé une
commission d’enquête, composée de ministres nationaux et
provinciaux, « pour découvrir la source de certains des
problèmes », selon le ministre de la Présidence, Essop Pahad.
En plus, les forces militaires ont été déployées tout au
long du pays, pour la première fois depuis la fin du régime
d’apartheid en 1994. Une situation qui rappelle
paradoxalement l’époque où l’ancien régime de la minorité
blanche avait recours à l’armée pour réprimer les émeutes
des Noirs contre sa politique raciste. Cependant, certains
ont estimé que le recours à l’armée était superflu et
soulevé des craintes d’incidents, soulignant que les soldats
n’étaient pas entraînés à contrôler les mouvements de
foules. Mais, la police et les services du procureur général
ont annoncé des mesures exceptionnelles pour traiter «
rapidement et sévèrement » les cas de violence et envisagent
la création de tribunaux spécialisés.
Dès 2007, la Commission des droits de l’homme d’Afrique du
Sud avait mis en garde contre une xénophobie « croissante »
après des attaques contre des Somaliens au Cap (sud-ouest).
Et lorsqu’en mars dernier deux étrangers, dont un
Zimbabwéen, avaient été brûlés vifs près de Pretoria, la
commission avait réitéré ses « inquiétudes » et appelé au
vote d’une « loi sur les crimes haineux dans le cadre de
mesures pour lutter contre la xénophobie ».
Pour la première fois, l’Afrique du Sud avait présenté ses
excuses pour ces attaques, par la voix de sa vice-présidente
Phumzile Mlambo-Ngcuka, alors en visite au Nigeria.
Ces violences, qui ternissent l’image de la « nation
Arc-en-ciel » rêvée par le héros de la lutte anti-apartheid
et ex-président Nelson Mandela, portent aussi préjudice à la
réputation de stabilité de la première puissance économique
d’Afrique.
Maha
Salem