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 Semaine du 5 au 11 Mars 2008, numéro 704

 

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Opinion


Des Iraqiens contre l’influence iranienne

Hassan Abou-Taleb

La scène iraqienne est actuellement porteuse de nombreux sujets épineux ainsi que de nombreuses évolutions. La dernière évolution en date fut la visite du président iranien Ahmadinejad. Cette visite, qui est la première d’un président iranien depuis 1979, a soulevé un grand paradoxe. En effet, les Américains ont fermé les yeux sur la présence d’Ahmadinejad dans un pays dont ils maîtrisent le destin. Ce, au moment où ils soulèvent un tollé autour de l’Iran à cause de son programme nucléaire et de ses relations avec des parties arabes comme le Hezbollah et Hamas qui sont considérés par les Etats-Unis comme des mouvements terroristes. L’objectif déclaré de la visite était le renforcement des relations commerciales ainsi que des autres liens conjoints avec un pays qu’il a combattu pendant huit ans dans les années 1980. Cependant, d’autres y voient une visite de défi visant à confirmer l’importance du rôle iranien dans les affaires iraqiennes.

La visite d’Ahmadinejad dans un pays arabe occupé portait de grands risques. Cependant, ces risques peuvent disparaître si nous établissons un lien entre cette visite et la politique suivie par l’Iran pendant les deux dernières années. En effet, l’Iran a commencé à s’ouvrir sur le monde arabe, et notamment sur la région du Golfe. Cette ouverture vise à empêcher les pays arabes du Golfe de s’impliquer dans les plans américains visant à avorter le programme nucléaire iranien de manière militaire.

La visite d’Ahmadinejad pour l’Iraq avait été précédée par des accusations iraqiennes officielles et populaires selon lesquelles l’Iran aurait exploité illégalement 15 puits pétroliers iraqiens. Ces accusations ont également été accompagnées de réclamations iraqiennes de réviser le traité signé en 1975 concernant la région de Chat Al-Arab. Mais, l’Iran n’a pas accepté de manière claire. Cependant, les parties officielles qui approuvaient la visite d’Ahmadinejad y voient une grande importance symbolique. C’est la première visite d’un président iranien car elle tournera ainsi une longue page de différends et de guerres entre les deux pays. De plus, elle représente le prolongement de l’engagement de l’Iran de soutenir l’Iraq et son processus politique. Abstraction faite du caractère symbolique de cette visite, représenté par la présentation du soutien moral au gouvernement de Nouri Al-Maliki, cet esprit de soutien moral a toujours caractérisé la nature des relations étroites entre l’Iran et l’Iraq à la lumière du gouvernement d’Al-Maliki. Ce gouvernement a ouvert grand la porte au pouvoir iranien dans de nombreux domaines et secteurs. Par conséquent, la visite d’Ahmadinejad à ce moment précis, qui connaît des négociations difficiles pour la restructuration du gouvernement et l’intégration de nouvelles forces politiques iraqiennes au sein de ce gouvernement, signifie que l’objectif de l’Iraq est d’ajourner ces négociations, de garder le gouvernement de Maliki tel quel ou du moins d’influencer les amendements gouvernementaux partiels pour qu’ils ne coupent pas la voie face à l’avancée iranienne.

La visite d’Ahmadinejad pour l’Iraq en présence des forces américaines soulève de nombreuses interrogations autour du dialogue irano-américain concernant l’Iraq. Le deuxième tour de ce dialogue avait été ajourné il y a deux semaines sans déterminer de nouvelle date. Le premier tour du dialogue avait été tenu en automne dernier et s’était terminé par une sorte d’entente autour de la formation d’une commission sécuritaire pour contrôler les frontières conjointes entre l’Iraq et l’Iran de sorte que l’Iran assure le non-passage des combattants et des armes à l’intérieur de l’Iraq. Cette coordination militaire irano-américaine n’a pas réduit le volume des attaques en Iraq, y compris les attaques contre les soldats américains. Par contre, les conseils du réveil essentiellement fondés dans les régions sunnites ont commencé à affronter le pouvoir d’Al-Qaëda ainsi que le pouvoir iranien. Par conséquent, ils sont devenus la cible de l’Iran.

Abou-Azam, un dirigeant de l’Armée islamique en Iraq, proche des soufis sunnites de l’Iraq, a expliqué ce sujet en disant que le projet des conseils tribaux du réveil, dirigés en partie par l’armée islamique, ne sert ni l’agenda iranien ni celui syrien qui veulent prolonger les combattants, car ils constituent l’une des cartes du conflit avec l’Administration américaine. Des responsables iraqiens avaient accusé l’Iran de s’être emparé de 15 puits de pétrole. De plus, le président des services de sécurité, Mohamed Abdullah Al-Chahawani, avait déclaré que Téhéran est accusé de cibler l’expérience des conseils du réveil. Ce qui signifie que l’Iran ne veut pas que ces conseils deviennent plus forts ni qu’ils soient intégrés dans les institutions sécuritaires iraqiennes dominées par les chiites. Cette position reflète la nature du pouvoir iranien en Iraq. Il s’agit d’un pouvoir global qui tente de demeurer en Iraq et d’influencer ses politiques et orientations. De plus, l’Iran a intérêt à ce que les sunnites d’Iraq n’aient pas d’entité afin de ne pas entraver l’avancée chiite.

Viser les conseils du réveil qui représentent en quelque sorte les Iraqiens sunnites signifie affronter les ambitions du quart des Iraqiens qui espèrent vivre en sécurité loin du pouvoir iranien d’une part et du pouvoir d’Al-Qaëda d’autre part. Vu la nature des relations amicales entre les conseils du réveil et les forces américaines qui veulent fonder plus d’une institution officielle et civile pour jouer des rôles sécuritaires et sociaux afin d’affronter le pouvoir d’Al-Qaëda, les conseils du réveil sont considérés comme un prolongement américain, mais dans un aspect local. Le fait qui dérange évidemment l’Iran et ses partisans comme le CSII de Abdel-Aziz Hakim, exactement comme les conseils du réveil dérangent l’organisation d’Al-Qaëda. Selon certains rapports, l’armée islamique qui représente un large secteur du courant soufi iraqien aurait entrepris une transformation structurale depuis la moitié de 2007 lorsqu’elle a contribué à la formation des conseils tribaux sunnites du réveil en coordination avec les forces américaines. Et ce, car les commandants de l’armée sont désormais convaincus que « l’occupation élitiste iranienne » est bien plus dangereuse que l’occupation américaine, et que par conséquent il est plus important de combattre cette première. Vu la difficulté d’entrer dans une guerre sur les deux fronts, l’armée islamique a effectué une trêve avec les Américains et a ouvert le front avec les Iraniens afin de préserver l’identité sunnite de Bagdad. Les factions de la résistance iraqienne ont combattu les Américains à la place des Iraniens pendant 4 ans et il est temps de corriger cette erreur stratégique.

Par conséquent, une grande partie de la résistance iraqienne armée qui s’était donnée la priorité de combattre les Américains jusqu’à ce qu’ils partent a découvert que l’avancée iranienne est bien plus dangereuse et que c’est elle qu’il faut combattre en premier lieu. Ce avant que l’Iraq ne devienne un centre de pouvoir iranien difficile à combattre et à contrer. Ceci prédit une nouvelle étape du conflit iraqo-iranien.

 

 

 

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