Des Iraqiens contre l’influence iranienne
Hassan Abou-Taleb
La
scène iraqienne est actuellement porteuse de nombreux sujets
épineux ainsi que de nombreuses évolutions. La dernière
évolution en date fut la visite du président iranien
Ahmadinejad. Cette visite, qui est la première d’un
président iranien depuis 1979, a soulevé un grand paradoxe.
En effet, les Américains ont fermé les yeux sur la présence
d’Ahmadinejad dans un pays dont ils maîtrisent le destin.
Ce, au moment où ils soulèvent un tollé autour de l’Iran à
cause de son programme nucléaire et de ses relations avec
des parties arabes comme le Hezbollah et Hamas qui sont
considérés par les Etats-Unis comme des mouvements
terroristes.
L’objectif déclaré de la visite était le renforcement des
relations commerciales ainsi que des autres liens conjoints
avec un pays qu’il a combattu pendant huit ans dans les
années 1980. Cependant, d’autres y voient une visite de défi
visant à confirmer l’importance du rôle iranien dans les
affaires iraqiennes.
La
visite d’Ahmadinejad dans un pays arabe occupé portait de
grands risques. Cependant, ces risques peuvent disparaître
si nous établissons un lien entre cette visite et la
politique suivie par l’Iran pendant les deux dernières
années. En effet, l’Iran a commencé à s’ouvrir sur le monde
arabe, et notamment sur la région du Golfe. Cette ouverture
vise à empêcher les pays arabes du Golfe de s’impliquer dans
les plans américains visant à avorter le programme nucléaire
iranien de manière militaire.
La
visite d’Ahmadinejad pour l’Iraq avait été précédée par des
accusations iraqiennes officielles et populaires selon
lesquelles l’Iran aurait exploité illégalement 15 puits
pétroliers iraqiens. Ces accusations ont également été
accompagnées de réclamations iraqiennes de réviser le traité
signé en 1975 concernant la région de Chat Al-Arab. Mais,
l’Iran n’a pas accepté de manière claire. Cependant, les
parties officielles qui approuvaient la visite d’Ahmadinejad
y voient une grande importance symbolique. C’est la première
visite d’un président iranien car elle tournera ainsi une
longue page de différends et de guerres entre les deux pays.
De plus, elle représente le prolongement de l’engagement de
l’Iran de soutenir l’Iraq et son processus politique.
Abstraction faite du caractère symbolique de cette visite,
représenté par la présentation du soutien moral au
gouvernement de Nouri Al-Maliki, cet esprit de soutien moral
a toujours caractérisé la nature des relations étroites
entre l’Iran et l’Iraq à la lumière du gouvernement
d’Al-Maliki. Ce gouvernement a ouvert grand la porte au
pouvoir iranien dans de nombreux domaines et secteurs. Par
conséquent, la visite d’Ahmadinejad à ce moment précis, qui
connaît des négociations difficiles pour la restructuration
du gouvernement et l’intégration de nouvelles forces
politiques iraqiennes au sein de ce gouvernement, signifie
que l’objectif de l’Iraq est d’ajourner ces négociations, de
garder le gouvernement de Maliki tel quel ou du moins
d’influencer les amendements gouvernementaux partiels pour
qu’ils ne coupent pas la voie face à l’avancée iranienne.
La
visite d’Ahmadinejad pour l’Iraq en présence des forces
américaines soulève de nombreuses interrogations autour du
dialogue irano-américain concernant l’Iraq. Le deuxième tour
de ce dialogue avait été ajourné il y a deux semaines sans
déterminer de nouvelle date. Le premier tour du dialogue
avait été tenu en automne dernier et s’était terminé par une
sorte d’entente autour de la formation d’une commission
sécuritaire pour contrôler les frontières conjointes entre
l’Iraq et l’Iran de sorte que l’Iran assure le non-passage
des combattants et des armes à l’intérieur de l’Iraq. Cette
coordination militaire irano-américaine n’a pas réduit le
volume des attaques en Iraq, y compris les attaques contre
les soldats américains. Par contre, les conseils du réveil
essentiellement fondés dans les régions sunnites ont
commencé à affronter le pouvoir d’Al-Qaëda ainsi que le
pouvoir iranien. Par conséquent, ils sont devenus la cible
de l’Iran.
Abou-Azam, un dirigeant de l’Armée islamique en Iraq, proche
des soufis sunnites de l’Iraq, a expliqué ce sujet en disant
que le projet des conseils tribaux du réveil, dirigés en
partie par l’armée islamique, ne sert ni l’agenda iranien ni
celui syrien qui veulent prolonger les combattants, car ils
constituent l’une des cartes du conflit avec
l’Administration américaine. Des responsables iraqiens
avaient accusé l’Iran de s’être emparé de 15 puits de
pétrole. De plus, le président des services de sécurité,
Mohamed Abdullah Al-Chahawani, avait déclaré que Téhéran est
accusé de cibler l’expérience des conseils du réveil. Ce qui
signifie que l’Iran ne veut pas que ces conseils deviennent
plus forts ni qu’ils soient intégrés dans les institutions
sécuritaires iraqiennes dominées par les chiites. Cette
position reflète la nature du pouvoir iranien en Iraq. Il
s’agit d’un pouvoir global qui tente de demeurer en Iraq et
d’influencer ses politiques et orientations. De plus, l’Iran
a intérêt à ce que les sunnites d’Iraq n’aient pas d’entité
afin de ne pas entraver l’avancée chiite.
Viser
les conseils du réveil qui représentent en quelque sorte les
Iraqiens sunnites signifie affronter les ambitions du quart
des Iraqiens qui espèrent vivre en sécurité loin du pouvoir
iranien d’une part et du pouvoir d’Al-Qaëda d’autre part. Vu
la nature des relations amicales entre les conseils du
réveil et les forces américaines qui veulent fonder plus
d’une institution officielle et civile pour jouer des rôles
sécuritaires et sociaux afin d’affronter le pouvoir
d’Al-Qaëda, les conseils du réveil sont considérés comme un
prolongement américain, mais dans un aspect local. Le fait
qui dérange évidemment l’Iran et ses partisans comme le CSII
de Abdel-Aziz Hakim, exactement comme les conseils du réveil
dérangent l’organisation d’Al-Qaëda. Selon certains
rapports, l’armée islamique qui représente un large secteur
du courant soufi iraqien aurait entrepris une transformation
structurale depuis la moitié de 2007 lorsqu’elle a contribué
à la formation des conseils tribaux sunnites du réveil en
coordination avec les forces américaines. Et ce, car les
commandants de l’armée sont désormais convaincus que «
l’occupation élitiste iranienne » est bien plus dangereuse
que l’occupation américaine, et que par conséquent il est
plus important de combattre cette première. Vu la difficulté
d’entrer dans une guerre sur les deux fronts, l’armée
islamique a effectué une trêve avec les Américains et a
ouvert le front avec les Iraniens afin de préserver
l’identité sunnite de Bagdad. Les factions de la résistance
iraqienne ont combattu les Américains à la place des
Iraniens pendant 4 ans et il est temps de corriger cette
erreur stratégique.
Par
conséquent, une grande partie de la résistance iraqienne
armée qui s’était donnée la priorité de combattre les
Américains jusqu’à ce qu’ils partent a découvert que
l’avancée iranienne est bien plus dangereuse et que c’est
elle qu’il faut combattre en premier lieu. Ce avant que
l’Iraq ne devienne un centre de pouvoir iranien difficile à
combattre et à contrer. Ceci prédit une nouvelle étape du
conflit iraqo-iranien.