Al-Ahram Hebdo, Livres | Revisiter l’exégèse coranique
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
Nos Archives

 Semaine du 5 au 11 Mars 2008, numéro 704

 

Contactez-nous Version imprimable

  Une

  Evénement

  Enquête

  Dossier

  Nulle part ailleurs

  Invité

  Egypte

  Economie

  Monde Arabe

  Afrique

  Monde

  Opinion

  Société

  Arts

  Livres

  Littérature

  Visages

  Environnement

  Voyages

  Sports

  Vie mondaine

  Echangez, écrivez



  AGENDA


Publicité
Abonnement
 
Livres

Philosophie. Aux sources de la pensée coranique. Waël Ghali analyse l’universalité de l’histoire du texte saint.

Revisiter l’exégèse coranique

Depuis plusieurs années déjà, Waël Ghali se livre à une confrontation féconde des grands courants de la philosophie arabe avec d’autres formes de connaissance, en vue de fonder une nouvelle pensée critique. Il fait appel à cette fin aux sciences de l’homme, mais aussi aux mathématiques, à l’astronomie, la physique, et, d’autre part, aux traditions de réflexion occidentale ou conceptuelle européenne. Dans son nouveau livre Ma baad al-istichraq (post-orientalisme), il prend pour point de départ l’histoire de l’orientalisme et son rapport à l’exégèse coranique. Après avoir passé en revue les recherches érudites sur le sujet, il montre que l’interprétation coranique à laquelle nous sommes habitués dissimule en réalité une histoire fort différente. Dans l’optique islamique dominante, le texte sacré sert à former le premier panneau d’un diptyque : au récit de la création vient s’adjoindre l’interprétation par les créatures, nouveau Texte avec un grand T dont le sens redimera l’humanité en mal de sens.

Or, le texte saint est antérieur aux interprétations. Waël Ghali se livre donc à un patient travail de restaurateur, enlevant l’une après l’autre les « couches » ajoutées par la tradition pour retrouver l’histoire initiale du texte. Le problème naît de la prétention des interprétations des uns et des autres au statut d’une interprétation divine. Il s’agit d’un mythe de texte originaire nullement négligeable.

 

Entre deux traditions

La différence entre ces interprétations de la même séquence de textes devient pour Waël Ghali l’emblème d’une opposition beaucoup plus fondamentale, qui traverse l’histoire de l’islam, sinon de l’humanité, entre deux grandes conceptions des textes religieux. L’une et l’autre partent du même constat : aucune interprétation ne se suffit à elle-même. L’une des traditions, celle de l’exégèse occidentale, mais aussi du courant arabe d’inspiration moderne, et qui correspond à la philosophie inconsciente de la plupart des chercheurs modernes, prône l’aménagement de ce manque constitutif : l’incomplétude est le destin des interprétations, mais aussi la chance des interprètes, car grâce à elle, nous rencontrons les autres et nous en jouissons. L’autre tradition est celle des conformistes, qui promet le salut à condition que l’on s’efforce de s’élever au-dessus de notre humanité (une promesse d’immortalité de l’âme en échange du renoncement aux plaisirs de la chair). Il faut en somme choisir entre l’interprétation prétendument divine ou absolue et ce que les mystiques musulmans nomment al-taawil.

Waël Ghali propose, en complément à l’analyse des rapports entre l’exégèse islamiste et celle des occidentaux modernes, celles de Jacques Berque et de Mohamad Ragab Al-Bayoumi : le texte saint originel complet a été scindé en pluralité de textes interprétatifs, le manque est donc bien présent, mais il suffirait pour le combler de retrouver les parties perdues et de fusionner avec elles, hors de tout regard tiers.

Pour illustrer son propos, Waël Ghali esquisse une histoire de la pensée coranique, forcément détaillée (mais qu’il a synthétisée dans d’autres ouvrages), comportant notamment une brillante analyse de la position d’Edouard Saïd, paradoxal disciple des orientalistes, pour qui l’orientalisme est une imposture illégitime, un piège à éviter ; l’échange entre Orient et Occident est constitutif de l’humanité présente, mais apparaît dans l’œuvre de Saïd comme le camouflage de l’exploitation des Arabes par les autres et de la circulation du capital symbolique occidental.  Ecrits dans un style simple et entraînant, ces deux volumes révolutionnaires nous invitent à rien de moins que réviser nos habitudes millénaires de penser le monde humain et nous-mêmes, mais aussi à nous réconcilier avec notre condition, et à tirer parti de nos manques mêmes.

Nader Adel

Retour au sommaire

Post-orientalisme

(Ma baad al-istichraq), de Waël Ghali, Le Caire,

Dar Al-Hilal, 2008, deux volumes.

 




Equipe du journal électronique:
Equipe éditoriale: Névine Kamel- Howaïda Salah - Chourouq Chimy
Assistant technique: Karim Farouk
Webmaster: Samah Ziad

Droits de reproduction et de diffusion réservés. © AL-AHRAM Hebdo
Usage strictement personnel.
L'utilisateur du site reconnaît avoir pris connaissance de la Licence

de droits d'usage, en accepter et en respecter les dispositions.