Médias.
Chercheuse égyptienne vivant à l’étranger, Noha Mellor
dresse dans son dernier ouvrage l’état des lieux de
l’audiovisuel et de la presse écrite dans le monde arabe.
Miroir, mon beau miroir ...
Une étude nouvelle, on peut s’en féliciter, notamment
lorsqu’elle porte sur les médias arabes. Mais l’ouvrage de
l’académicienne Noha Mellor, publié en anglais sous le titre
de Modern Arab Journalism, est tellement soucieux de brosser
un panorama exhaustif de la scène médiatique arabe qu’il
risque d’en donner une image provisoire.
L’auteure aurait sans doute mieux fait de serrer les angles
d’approche afin de cerner le caractère complexe des supports
médiatiques en mouvance. Justement Mellor s’en défend dans
sa conclusion, comme tirant son épingle du jeu : « Les
chapitres précédents visaient plutôt à donner des
indicateurs aux futurs chercheurs travaillant sur les médias
arabes, que d’offrir une thèse cohérente ».
Au long
de sept chapitres bien étoffés, elle essaye de retracer les
évolutions récentes à l’échelle régionale et d’en saisir les
principaux enjeux sociopolitiques. Sur ce, elle évoque de
grands thèmes liés aux professionnels des médias, aux
changements concernant les espaces public et privé, la
démocratisation, les nouveaux shows religieux, le
panarabisme des chaînes satellites, … et l’on en passe.
La
culture étant un passage obligé, l’auteure commence par
poser une question : la mondialisation et la culture arabe
sont-elles des oxymorons ? On plaque constamment du nouveau
sur de l’ancien et vice versa, d’où une hybridation assez
bizarre, d’après elle.
Cette
femme d’origine égyptienne, actuellement installée en
Angleterre, après quelques années passées en Scandinavie,
guette les sociétés arabes pour en dégager les
contradictions. Son premier livre, Making of Arab News (Rowman
& Littlefield en 2005) opérait une sorte de comparaison
entre les informations en langue arabe et leurs traductions
anglaises pour révéler une certaine américanisation des
valeurs. Cela relève en partie de l’effet CNN, vécu comme un
choc lors de la deuxième guerre du Golfe. De quoi avoir
accéléré, selon Mellor, la réforme de l’audiovisuel arabe.
C’est
évident que depuis les années 1990, le paysage médiatique a
beaucoup changé avec la prolifération des chaînes satellites
; des techniques et concepts globaux sont saisis dans des
contextes locaux. Ces chaînes transfrontières, comme Al-Jazeera
lancée en 1996, ont donné lieu à un espace panarabe de
réception, « mettant en pratique le projet politique de
Nasser, le transférant au champ culturel ». Organisé en
chapitres thématiques, le livre rédigé dans une structure et
un style académiques a l’ambition de dresser un rapport en
miroir médias-sociétés. Cependant, l’ensemble reste assez
restreint — vu qu’elle aborde les pays et les médias arabes
en général.
Dalia
Chams