Journée Mondiale de la Femme.
Elles sont toutes en quête de liberté, quelles que soient
leur culture ou couche sociale. Si chacune a opté pour une
stratégie différente, leur objectif est le même. Histoires.
Petites batailles pour un grand rêve
«
Ma liberté veut dire ma volonté. Mener ma vie comme je
l’entends sans contrainte sociale ni soumission », lance
Hanane, femme de ménage de 26 ans. « Etre libre signifie
être indépendante, savoir dire non et posséder les outils et
les moyens qui me permettent de faire mon choix et d’en
subir les conséquences », estime Ghada, 37 ans, traductrice.
« La liberté de la femme est synonyme de sa capacité à
prendre ses décisions et gérer sa vie selon ses propres
principes », rétorque Héba, 40 ans, professeure à
l’université. « Pouvoir atteindre mon objectif est le but de
la liberté. La liberté est un outil non pas un objectif »,
avance Hoda, 30 ans, ouvrière.
Des cris de femmes qui reflètent leurs aspirations
actuelles, au moment où elles célèbrent la Journée Mondiale
de la Femme, le 8 mars.
Elles sont de différentes classes sociales, économiques et
culturelles et sont toutes en quête de cette liberté. Une
conception quasiment floue dans notre société (voir
encadré). « Etre une femme libre signifie être capable de
prendre ses décisions sans pression, tout en se rendant
compte des conséquences », explique l’avocate Nihad
Aboul-Qomsane, présidente de l’Association égyptienne des
droits de la femme. Elle explique, par exemple, que
l’excision contredit cette conception, puisque cela passe
contre la volonté de la fille, tout comme le mariage précoce
dont les conséquences sont graves. La féministe Fardos
Al-Bahnassi partage cet avis et estime que cette libération
fait partie d’un système intégral. « On ne peut pas parler
d’indépendance financière par exemple et la dissocier de la
capacité à prendre une décision et ainsi de suite ».
Chaque femme, selon ses conditions, lutte pour se libérer,
devenir plus autonome. Chacune a ses armes, ses outils et
ses tactiques pour changer sa réalité.
Eatimad, 40 ans, divorcée et mère de deux enfants, assure
que sa vie a été une série de soumissions. Elle a été
excisée malgré elle, n’a pas pu aller à l’école, alors
qu’elle était aussi intelligente que ses frères et ce étant
donné que sa famille ne possédait pas suffisamment de
moyens. Eatimad s’est mariée à 16 ans, car c’était la
volonté de sa famille. « Après 10 ans d’enfer, j’ai constaté
l’échec et je ne pouvais plus continuer avec mon mari. De
plus, il était constamment au chômage. J’ai alors décidé de
chercher du boulot. J’ai travaillé comme vendeuse. Je gagne
1 200 L.E. Une somme qui m’a permis de rembourser la dot à
mon mari pour acheter ma liberté et obtenir la garde de mes
enfants. Avoir une source de revenus est le moyen d’accéder
à sa liberté. L’argent que je gagne m’a garanti ma dignité
et je suis arrivée à me débarrasser de l’autorité qui a
guidé ma vie ».
Défier tous les tabous
Selon
Fardos Al-Bahnassi, l’indépendance financière permet à la
femme de décider de son sort. Pour elle et beaucoup d’autres
femmes, c’est le trajet le plus court pour accéder à la
liberté. « Une chose qui s’observe aussi dans le domaine
politique où l’indépendance économique et la liberté d’un
pays sont synonymes d’indépendance politique »,
avance-t-elle.
Or, le cas d’Eatimad n’est pas unique. Les chiffres de
l’Association de l’émancipation et du développement de la
femme, outre ceux du ministère de la Solidarité sociale,
assurent que le nombre de femmes qui subviennent aux besoins
de leurs familles est estimé à 2,5 millions. Un chiffre qui
va de pair avec le taux élevé de divorces, environ 46 % en
2007 (chiffre de l’Organisme central de la mobilisation et
des statistiques). En effet, beaucoup d’entre elles
utilisent aujourd’hui ce moyen pour s’affranchir et prendre
de grandes décisions.
Pour d’autres femmes, il faut oser affronter les conditions
sociales et tribales de leur entourage pour obtenir leur
autonomie. C’est l’exemple de Hanane, 24 ans, originaire de
la Haute-Egypte. Elle a été obligée de quitter l’école à 12
ans vu qu’à cet âge, les filles dans son village à Sohag
doivent se préparer au mariage. Arrivée avec sa famille au
Caire après les inondations de Dronka à la fin des années
1990, elle a profité de l’occasion pour commencer une
nouvelle vie. La marge de liberté existant dans la capitale
l’a stimulée à porter un voile plus moderne et mettre
quelques touches de maquillage sur son visage. « Mais la
chose la plus importante que j’ai faite a été de continuer
mes études. J’ai pu enfin décider de mon destin. Ma
libération se réalisera quand je serai consciente de mes
droits et capable de refuser un héritage culturel qui est un
obstacle à l’émancipation de la femme », confie Hanane qui
actuellement s’apprête à passer son bac.
Ses ambitions sont sans limites. Elle rêve de devenir un
jour une féministe. Un rêve légitime puisque l’avocate Nihad
Aboul-Qomsane a opté pour la même recette. « Je viens de
Warraq, une petite île bien connue, et j’allais dans une
école au quartier urbain de Agouza où l’on poussait les
filles de la classe moyenne à continuer leurs études
universitaire. Un moyen pour changer leur situation ».
Mais même si Hanane a profité d’une marge de liberté plus
large, elle rase encore les murs. Elle est, au sein de sa
tribu, l’exemple même de la rebelle qui s’élève contre
toutes les contraintes sociales. D’autres femmes ont préféré
bouleverser les traditions.
Hayam, 36 ans, directrice dans une chaîne satellite, ne
tient pas compte du regard de la société. Elle occupe un
poste important, touche un bon salaire et se considère libre
et indépendante. Elle ne veut pas se marier et a décidé de
mener sa vie comme elle l’entend, sans se soucier des
préjugés de son entourage. Il suffit pour elle d’être
convaincue de ce qu’elle fait. Elle a même fait le choix de
ses amis qui partagent ses mêmes idées. Elle pense ainsi
être une femme libre, puisqu’elle n’est soumise à personne.
Elle estime avoir brisé des chaînes, des tabous et des
contraintes.
« La liberté de la femme doit commencer par le changement
des mentalités des hommes. Il s’agit d’un éveil culturel »,
explique Riham, 39 ans et journaliste. Cette dernière a
longtemps souffert de l’indifférence de son mari. Elle
estime que la manière d’éduquer les garçons entrave la
liberté de la femme en Egypte. « Les mères élèvent leurs
garçons de façon à ce qu’ils soient les maîtres à la maison
et là, c’est une grosse erreur. Ils apprennent très tôt à
prendre et non à donner. Ils ne pourront jamais assumer
leurs responsabilités lorsqu’ils seront mariés », dit-elle,
en citant l’exemple des besognes ménagères qui sont
considérées pour les garçons comme une affaire de femmes. «
C’est là que je dois commencer avec mon fils pour éviter de
répéter la même faute. L’éduquer de manière à ce qu’il
respecte son épouse est le premier pas pour faire remuer
cette eau stagnante ».
Dina
Darwich