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Frères Musulmans.
Privée de son slogan « L’islam est la solution » et soumise
à une campagne d’intimidation sans faille, la confrérie
insiste à disputer les municipales en affichant un objectif
« social ».
La manœuvre des municipales
Après
leur succès aux élections législatives d’octobre et novembre
2005, les Frères musulmans ont annoncé cette semaine leur
intention de participer aux élections municipales qui
doivent se dérouler le 8 avril prochain. « Nous avons décidé
de participer à ces élections municipales pour faire face à
la corruption. Notre objectif est social et non politique »,
insiste Mohamad Mahdi Akef, le guide de la confrérie. Et
d’ajouter : « La corruption a atteint un niveau inégalé dans
les municipalités. Le résultat est plus de pauvreté et de
chômage et un manque de services ». La décision des Frères
de disputer les municipales intervient au moment où ils font
face à une campagne d’intimidation et d’arrestations sans
précédent. En une seule semaine, 90 membres de la confrérie
ont été arrêtés dans 5 gouvernorats. Il ne s’agit pas de
cadres traditionnels mais de « symboles populaires »,
candidats potentiels aux élections. Depuis 2005, 553 Frères
musulmans ont été arrêtés par les autorités dont une
quarantaine d’hommes d’affaires accusés de financement
d’organisations interdites. « Nous n’allons pas céder face à
cette campagne de répression. Ces arrestations visent à nous
empêcher de participer aux élections, mais nous allons
montrer au régime que nous n’avons rien perdu de nos
capacités », annonce Mahmoud Ezzat, secrétaire de la
confrérie. Il affirme qu’en 2005 l’Etat avait arrêté 6 000
membres de la confrérie, ce qui ne les a pas empêchés de
remporter 88 sièges au Parlement.
Les élections municipales qui se tiennent tous les quatre
ans devaient initialement être organisées en avril 2006,
mais suite à un décret présidentiel, elles ont été
repoussées par le gouvernement officiellement pour élaborer
une nouvelle loi sur les municipalités. Un projet qui n’a
toutefois pas vu le jour jusqu’à présent. Ces élections ont
un enjeu majeur, car elles interviennent à deux ans des
élections présidentielles. Or, conformément à l’amendement
constitutionnel de 2005, les candidats à la présidentielle
doivent obtenir l’approbation de 140 membres des
municipalités dans 10 gouvernorats en plus de 65 députés de
l’Assemblée du peuple et de 25 du Conseil consultatif.
La décision des Frères de disputer ces élections apparaît
comme un défi à l’Etat d’autant que les Frères seront privés
de leur traditionnel slogan « l’islam est la solution » en
vertu des amendements constitutionnels qui interdisent aux
candidats l’usage de slogans religieux. Privés de leur
slogan et soumis à une campagne d’intimidation sans faille,
pourquoi les Frères insistent-ils à disputer les municipales
? « Les Frères savent parfaitement qu’ils ne remporteront
aucun siège à ces élections à cause des entraves posées par
le gouvernement. Ils se souviennent de l’expérience des
élections du Conseil consultatif où ils avaient totalement
échoué après leur succès aux législatives précisément à
cause de l’intervention de l’Etat contre eux. Cependant, je
crois que les Frères veulent saisir cette opportunité pour
prouver d’une part qu’ils sont toujours là et d’autre part
parce que leur insistance à disputer ces élections va
peut-être leur permettre de négocier avec l’Etat et
d’obtenir des concessions sur d’autres questions importantes
», analyse Amr Al-Chobaki, chercheur au Centre des Etudes
Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram, soulignant que
la confrérie veut obtenir la libération de ses cadres
emprisonnés. Pour lui, la participation des Frères fait
partie d’un jeu politique. « La confrérie veut mettre à
profit ces élections pour intensifier médiatiquement la
pression sur le gouvernement et poser devant les médias des
questions comme le jugement de ces cadres devant les cours
militaires », ajoute Al-Chobaki.
52 000 sièges seront en jeu le 8 avril prochain. Les Frères
ont annoncé qu’ils présenteraient des candidats dans 20 %
des circonscriptions. La confrérie va tenter de mettre à
profit ces élections pour améliorer leur image. C’est dans
ce contexte qu’ils ont annoncé leur intention de présenter
des femmes candidates aux élections et de soutenir des
candidats coptes indépendants. Parallèlement à ces mesures,
les Frères chercheront à coordonner avec l’opposition
traditionnelle. « Nous souhaitons former une plateforme
commune avec les partis d’opposition », assure Saad
Al-Qatatni, député des Frères musulmans.
La Confrérie des Frères musulmans a été fondée en 1928 par
Hassan Al-Banna. Le mouvement, officiellement interdit
depuis 1954, poursuit plusieurs objectifs dont l’application
de la charia islamique et la création d’un Etat islamique en
Egypte. Après une période de relations tendues avec le
régime de Nasser, les Frères reviennent sur le devant de la
scène sous Sadate qui s’en sert pour faire face à ses
opposants communistes. Sous Moubarak, les relations entre la
confrérie et l’Etat ont vacillé entre la répression et la
tolérance. Dans les années 1980, les Frères parviennent à
entrer au Parlement dans le cadre d’une coalition avec
l’opposition et leur influence s’étend aux syndicats
professionnels comme ceux des ingénieurs et des avocats
(voir encadré). A l’approche de la fin du mandat du
président Moubarak en 2011, l’Etat cherche à exclure les
Frères de la scène politique. Une semaine avant la campagne
électorale des municipales, l’Etat multiplie les mesures
pour faire barrage aux Frères. Les membres des Frères
éprouvent des difficultés à présenter leurs dossiers de
candidature aux élections. « Les affiches électorales posées
par nos candidats sont systématiquement déchirées. Nos
candidats font face à des entraves administratives de toutes
sortes lors de la présentation de leurs dossiers de
candidature », dénonce Saad Al-Qatatni, affirmant que le
verdict dans le procès des cadres de la confrérie
actuellement en jugement a été remis pour les maintenir en
détention. Pour l’Etat, il n’est pas question de laisser les
Frères rééditer leur succès des législatives de 2005.
Chérif Soliman
Héba
Nasreddine
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Nasser, Sadate, Moubarak et les Frères
La Confrérie des Frères musulmans a vu le jour en 1928,
alors que l’Egypte était encore sous domination britannique.
Les Frères qui entretenaient des relations avec les
Officiers Libres se sont élevés contre cette occupation. Les
circonstances de la fondation de la confrérie ont vu la
naissance d’un groupe clandestin au sein des Frères qui
prônait l’usage de la violence contre ceux qui s’opposaient
au groupe. Après la Révolution, les relations entre les
Frères et les Officiers Libres se sont détériorées. Sous
Nasser, les Frères font l’objet de vastes campagnes
d’arrestations, et certains de ses membres prennent la fuite
à l’étranger, notamment dans les pays du Golfe. Les
activités de la confrérie deviennent alors clandestines. Les
relations avec Nasser sont restées tendues jusqu’à la mort
de celui-ci en 1970. L’arrivée de Sadate va alors changer la
nature des relations entre la confrérie et l’Etat. Soucieux
de limiter l’influence de ses adversaires communistes,
Sadate encourage les islamistes à émerger sur la scène et
fait preuve de complaisance envers les Frères. Il modifie la
Constitution pour ajouter une clause qui fait de la charia
la principale source de législation. En 1981, l’ancien
président ordonne la libération des membres emprisonnés de
la confrérie à qui il donnera une grande liberté. Les Frères
émergent alors comme une force politique importante avec
deux objectifs, le premier d’ordre stratégique consiste à
créer un Etat islamique et le second, en étroite liaison
avec le premier, consiste à faire pression par le biais des
recommandations de la charia sur les citoyens pour attirer
leur sympathie. Les Frères soutiennent la politique
d’ouverture économique initiée par Sadate, mais s’opposent
aux accords de Camp David.
Avec l’arrivée de Moubarak, les relations entre les Frères
et l’Etat prennent une nouvelle tournure. L’Etat alterne
alors la répression et la tolérance à l’encontre de la
confrérie. Bien que lui accordant une certaine liberté, l’Etat
sous Moubarak n’a jamais voulu lui concéder une quelconque
légitimité. Privés de cette légitimité, les Frères agissent
sur le terrain corporatif et infiltrent des syndicats comme
ceux des médecins, des ingénieurs et des avocats. Dans les
années 1990, l’Etat décide de réagir et place certains de
ces établissements sous la tutelle judiciaire dans une
tentative d’écarter les Frères de la scène politique. Si l’Etat
a utilisé la répression contre la confrérie, il s’en est
aussi servi comme épouvantail face à l’Occident. C’est ce
qui s’est passé notamment lors des législatives de 2005,
après qu’ils eurent remporté 88 sièges au Parlement. Le
message à l’Occident, qui fait pression sur le régime
égyptien pour engager des réformes démocratiques, était
clair : si de telles réformes étaient engagées, les
islamistes arriveraient au pouvoir.
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