Diplomatie.
Le président Moubarak a reçu mardi au Caire la secrétaire d’Etat
américaine Condoleezza Rice. Au centre des discussions : la
flambée de la violence à Gaza et le suivi des accords
d’Annapolis.
L’Egypte dénonce l’escalade israélienne
Pour
sa deuxième visite dans la région en l’espace de 6 mois, la
secrétaire d’Etat américaine, arrivée mardi au Caire, doit
se rendre également à Ramallah et à Jérusalem.
Officiellement, il s’agit de relancer les accords
d’Annapolis conclus en novembre dernier et parrainés par les
Etats-Unis. Cependant, l’évolution des événements dans la
région a jeté son ombre sur l’ordre du jour de la visite.
Celle-ci intervient tout d’abord au moment où Israël a
intensifié ses attaques dans la bande de Gaza, ce qui menace
les fragiles efforts de paix entre Israéliens et
Palestiniens et laisse augurer une escalade dans les
territoires palestiniens. Ensuite, la visite de Mme Rice
intervient en pleine crise libanaise. En effet, le Liban n’a
toujours pas de président, alors que le mandat d’Emile
Lahoud a expiré depuis déjà trois mois. Et jusqu’à présent
l’initiative lancée par la Ligue arabe et soutenue par l’Egypte
et l’Arabie saoudite pour mettre d’accord les différentes
parties libanaises n’a abouti à rien. Ces deux questions
précisément ont été au centre des discussions de la
secrétaire d’Etat américaine au Caire.
D’abord, la situation dans les territoires palestiniens. Une
semaine avant sa visite, Condoleezza Rice avait réitéré ses
critiques envers l’Egypte sur la question de la contrebande
d’armes en direction d’Israël. Washington souhaite que Le
Caire accentue ses efforts pour empêcher cette contrebande
qui transite par le Sinaï. Or, l’Egypte qui estime avoir
freiné cette contrebande veut orienter les négociations sur
les moyens d’arrêter le cycle de la violence qui pourrait
broyer les négociations de paix d’Annapolis. Celle-ci
s’étaient fixé pour objectif un accord de paix avant la fin
2008 et avant la fin de la présidence de George Bush. Le
Caire a demandé à la secrétaire d’Etat américaine de
s’impliquer davantage dans les pourparlers de paix sous
peine de voir les accords d’Annapolis s’effondrer. « Nous
avons conseillé aux Américains d’user de leur influence sur
les Israéliens pour amener ces derniers à stopper la
violence et poursuivre les négociations avec les
Palestiniens, car le temps passe. Nous avons dit à Rice
qu’il y a une grande chance pour relancer les négociations
de paix entre Israéliens et Palestiniens sous l’actuel chef
de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbass qu’on peut
considérer comme un modéré. Les Américains doivent aider
Mahmoud Abbass au lieu de l’affaiblir », explique une source
diplomatique ayant requis l’anonymat. Les événements à Gaza
où plusieurs dizaines de Palestiniens sont morts au cours
des derniers jours ont eu des répercussions en Egypte. Des
syndicats et des représentants de la société civile étaient
mobilisés cette semaine pour appeler à la fin de l’offensive
israélienne meurtrière dans la bande de Gaza et dénoncer les
pertes civiles. Samedi et dimanche, plusieurs milliers
d’étudiants ont manifesté dans ce même contexte. Ils étaient
quelque 6 000 étudiants à manifester à l’Université d’Al-Azhar,
4 000 à l’Université du Caire et 3 000 à Alexandrie. Les
manifestants ont brûlé des drapeaux israéliens et américains
et brandi des slogans réclamant aux gouvernements arabes
d’agir pour faire cesser l’opération israélienne. D’autre
part, le chef des services de renseignements, Omar Soliman,
a reporté sa visite en Israël en raison de l’escalade
israélienne dans la bande de Gaza.
Condoleezza Rice, qui s’est toujours montrée réticente à
intervenir dans les négociations au jour le jour, avait à
plusieurs reprises souligné l’échec de ses prédécesseurs au
Proche-Orient affirmant qu’elle préférait utiliser ses
propres méthodes. Les responsables égyptiens, tout en
rappelant à la secrétaire d’Etat ses propos, tentent de
l’inciter à jouer un rôle plus efficace dans la région. Pour
certains observateurs, cette visite de Rice dans la région
n’apportera rien, car les divergences sont nombreuses afin
de parvenir à un accord final avant fin 2008 sans compter
que l’offensive israélienne à Gaza peut tout compromettre.
C’est l’avis de Chadi Abdel-Aziz, professeur de sciences
politiques à l’Université du Caire, « l’Administration
américaine et le président Bush vont partir d’ici quelques
mois sans rien faire pour la paix au Proche-Orient. Mais ce
qui va rester, c’est le lobby juif. C’est ce dernier qui met
la politique étrangère de la Maison Blanche et pas le
président Buh », explique-t-il. Selon lui, la visite de Rice
ne relancera pas la paix ni les négociations d’Annapolis. «
Rice est venue au Caire pour imposer ses conceptions
concernant la démocratie et la contrebande des armes vers
Israël », ajoute Chadi Abdel-Aziz.
Le deuxième dossier d’intérêt pour Washington est celui du
Liban. Quelques jours avant la visite de Rice, les
Etats-Unis ont affrété dans la région leur navire USS Cole.
Une mesure destinée à intimider la Syrie que Washington
accuse d’être à l’origine de la crise libanaise. Rice a
demandé à l’Egypte d’intensifier la pression sur le régime
syrien, en concordance avec l’Arabie saoudite, pour
permettre l’élection d’un président au Liban.
Chérif Ahmed