Gaz Naturel.
Deux ans après la signature de l’accord d’exportation, les
livraisons à Israël ont commencé dans la discrétion. Mais
non sans soulever des indignations.
Profil bas sur le contrat
«
Le gaz égyptien est vendu à un pays qui mène des assauts
contre la bande de Gaza », annonce, furieux, Mohamad
Al-Beltagui, le secrétaire général du groupe des Frères
musulmans au Parlement. Des propos qui font allusion aux
premières livraisons, la semaine dernière, de gaz naturel
égyptien à Israël. L’information a été émise par Radio
Israël le vendredi 22 février, reprise par la presse
égyptienne ainsi qu’internationale, et confirmée par une
source anonyme au Caire à une grande agence de presse
étrangère.
Ce contrat de 2,5 milliards de dollars porte sur la vente
annuelle pendant 15 ans de 1,7 milliard de m3 de gaz naturel
à la Compagnie Electrique Israélienne (CEI) par EMG, dont
l’un des actionnaires est la compagnie nationale égyptienne
du pétrole et du gaz, ENGPC, avec 10 % du capital.
Du côté du gouvernement égyptien, c’est le silence total. «
Le ministère n’a rien à voir avec cette histoire. Posez la
question à East Mediterranean Gas (EMG), l’entreprise privée
directement concernée », répond le ministère du Pétrole et
de l’Energie. Il est vrai que Sameh Fahmi, le ministre du
Pétrole, avait annoncé au Parlement en janvier dernier que
l’accord gazier avec Israël est un accord-cadre et que les
détails sont négociés entre la société exportatrice et le
gouvernement israélien. Et chez EMG, un consortium
israélo-égyptien basé au Caire, on n’est pas plus loquace.
Après plusieurs appels téléphoniques, on a annoncé à l’Hebdo
que la seule personne en mesure de s’exprimer sur le sujet
était en déplacement à l’étranger.
En fait, depuis la signature de cet accord gazier en 2005,
le peu d’éléments sur la transaction a été dévoilé par le
côté israélien ou confié par des sources ayant requis
l’anonymat. Sans toutefois pouvoir apporter de preuves
formelles, il ressort de ces informations que le
gouvernement égyptien est, contrairement à ce qu’il prétend,
impliqué à un degré plus ou moins important, dans l’affaire.
Celle-ci remonte à l’été 2005 quand a été signé au Caire
après des années de négociations pratiquement secrètes, un
mémorandum entre le ministre égyptien du Pétrole, Sameh
Fahmi, et le ministre israélien des Infrastructures,
Binyamin Ben Eliezer.
Arguments politiques
A l’époque, l’accord a été accueilli par d’importantes
protestations qui persistent encore aujourd’hui et qui sont
basées sur des arguments politiques. Plusieurs partis
d’opposition comme le Parti nassérien, Al-Karama (également
de tendance nassérienne), le parti de gauche Al-Tagammoe,
les Frères musulmans ainsi qu’une grande partie de l’opinion
publique sont en effet contre toute normalisation avec
Israël. « Cet accord doit être revu car il va à l’encontre
des aspirations du peuple égyptien », estime Mohamad
Al-Beltagui. Les députés des Frères musulmans ont d’ailleurs
demandé à Sameh Fahmi, en janvier dernier, la raison pour
laquelle l’Egypte ne concluait pas d’accord pour
l’exportation de gaz en faveur de la bande de Gaza. Une
question à laquelle le ministre a répondu qu’il le souhaite
tout autant qu’eux ... Puis, aux arguments politiques sont
venues se greffer des considérations économiques aux
protestations. Car il a été souligné que le gaz naturel
égyptien est vendu à Israël à très bas prix, en comparaison
avec les échanges observés sur le marché international.
Certains sont même allés jusqu’à accuser le gouvernement de
vendre du gaz subventionné à Israël. Amr Kamal Hammouda,
chercheur dans le domaine de l’énergie et ex-responsable
dans l’une des sociétés publiques de gaz, explique qu’« il
ne s’agit pas de subvention au sens propre du mot. Mais le
prix fixé est vraiment bas. Le million d’unités thermiques
britanniques (BTU) (1 m3 = 35 310 BTU) est vendu à Israël à
75 cents alors que sur le marché international le prix se
situe entre 7 et 11 dollars ». Pire encore, ce prix ne
sera pas modifié lors des 15 ans à venir. Il ne s’agit
cependant pas là du seul mauvais accord d’exportation de gaz
que le ministère du Pétrole ait conclu. L’accord
d’exportation vers l’Espagne a été également fort critiqué.
« L’Espagne paye quand même le double de ce que paye Israël
qui a mené ses négociations plus tôt », annonce Amr Kamal
Hammouda. Un aspect sur lequel une révision peut être opérée
selon les opposants à cet accord, à défaut de pouvoir
obtenir gain de cause sur des arguments politiques.
Marwa
Hussein