Al-Ahram Hebdo, Economie | Profil bas sur le contrat
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 Semaine du 5 au 11 Mars 2008, numéro 704

 

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Economie

Gaz Naturel. Deux ans après la signature de l’accord d’exportation, les livraisons à Israël ont commencé dans la discrétion. Mais non sans soulever des indignations.  

Profil bas sur le contrat 

« Le gaz égyptien est vendu à un pays qui mène des assauts contre la bande de Gaza », annonce, furieux, Mohamad Al-Beltagui, le secrétaire général du groupe des Frères musulmans au Parlement. Des propos qui font allusion aux premières livraisons, la semaine dernière, de gaz naturel égyptien à Israël. L’information a été émise par Radio Israël le vendredi 22 février, reprise par la presse égyptienne ainsi qu’internationale, et confirmée par une source anonyme au Caire à une grande agence de presse étrangère.

Ce contrat de 2,5 milliards de dollars porte sur la vente annuelle pendant 15 ans de 1,7 milliard de m3 de gaz naturel à la Compagnie Electrique Israélienne (CEI) par EMG, dont l’un des actionnaires est la compagnie nationale égyptienne du pétrole et du gaz, ENGPC, avec 10 % du capital.

Du côté du gouvernement égyptien, c’est le silence total. « Le ministère n’a rien à voir avec cette histoire. Posez la question à East Mediterranean Gas (EMG), l’entreprise privée directement concernée », répond le ministère du Pétrole et de l’Energie. Il est vrai que Sameh Fahmi, le ministre du Pétrole, avait annoncé au Parlement en janvier dernier que l’accord gazier avec Israël est un accord-cadre et que les détails sont négociés entre la société exportatrice et le gouvernement israélien. Et chez EMG, un consortium israélo-égyptien basé au Caire, on n’est pas plus loquace. Après plusieurs appels téléphoniques, on a annoncé à l’Hebdo que la seule personne en mesure de s’exprimer sur le sujet était en déplacement à l’étranger.

En fait, depuis la signature de cet accord gazier en 2005, le peu d’éléments sur la transaction a été dévoilé par le côté israélien ou confié par des sources ayant requis l’anonymat. Sans toutefois pouvoir apporter de preuves formelles, il ressort de ces informations que le gouvernement égyptien est, contrairement à ce qu’il prétend, impliqué à un degré plus ou moins important, dans l’affaire. Celle-ci remonte à l’été 2005 quand a été signé au Caire après des années de négociations pratiquement secrètes, un mémorandum entre le ministre égyptien du Pétrole, Sameh Fahmi, et le ministre israélien des Infrastructures, Binyamin Ben Eliezer.

Arguments politiques

A l’époque, l’accord a été accueilli par d’importantes protestations qui persistent encore aujourd’hui et qui sont basées sur des arguments politiques. Plusieurs partis d’opposition comme le Parti nassérien, Al-Karama (également de tendance nassérienne), le parti de gauche Al-Tagammoe, les Frères musulmans ainsi qu’une grande partie de l’opinion publique sont en effet contre toute normalisation avec Israël. « Cet accord doit être revu car il va à l’encontre des aspirations du peuple égyptien », estime Mohamad Al-Beltagui. Les députés des Frères musulmans ont d’ailleurs demandé à Sameh Fahmi, en janvier dernier, la raison pour laquelle l’Egypte ne concluait pas d’accord pour l’exportation de gaz en faveur de la bande de Gaza. Une question à laquelle le ministre a répondu qu’il le souhaite tout autant qu’eux ... Puis, aux arguments politiques sont venues se greffer des considérations économiques aux protestations. Car il a été souligné que le gaz naturel égyptien est vendu à Israël à très bas prix, en comparaison avec les échanges observés sur le marché international. Certains sont même allés jusqu’à accuser le gouvernement de vendre du gaz subventionné à Israël. Amr Kamal Hammouda, chercheur dans le domaine de l’énergie et ex-responsable dans l’une des sociétés publiques de gaz, explique qu’« il ne s’agit pas de subvention au sens propre du mot. Mais le prix fixé est vraiment bas. Le million d’unités thermiques britanniques (BTU) (1 m3 = 35 310 BTU) est vendu à Israël à 75 cents alors que sur le marché international le prix se situe  entre 7 et 11 dollars ». Pire encore, ce prix ne sera pas modifié lors des 15 ans à venir. Il ne s’agit cependant pas là du seul mauvais accord d’exportation de gaz que le ministère du Pétrole ait conclu. L’accord d’exportation vers l’Espagne a été également fort critiqué. « L’Espagne paye quand même le double de ce que paye Israël qui a mené ses négociations plus tôt », annonce Amr Kamal Hammouda. Un aspect sur lequel une révision peut être opérée selon les opposants à cet accord, à défaut de pouvoir obtenir gain de cause sur des arguments politiques.

Marwa Hussein

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