Marchés Emergents.
Le sixième Forum des pays émergents qui vient de se tenir au
Caire s’est penché sur les défis qu’affrontent les marchés
financiers dans ces Etats, notamment en Egypte.
A la recherche d’une dynamique indispensable
Dans une conjoncture de ralentissement mondial, il est fort
espéré que la croissance des marchés émergents en Asie et au
Proche-Orient pourra en alléger les conséquences. Espoir qui
n’est guère à portée, selon le
sixième Forum des marchés émergents, tenu au Caire les 24 et
25, et parrainé par la Fédération internationale des Bourses
de valeurs. « L’accroissement du taux d’inflation menace les
marchés des pays émergents, le ralentissement économique
sera inévitable notamment si la croissance américaine
régresse à 0 % », estime Galil
Tarif, le président de la Bourse d’Amman.
Mahmoud Mohieddine, ministre
égyptien de l’Investissement, déclare que la hausse du taux
d’inflation est devenue le défi menaçant le plus la
croissance des Bourses des pays émergents et notamment celle
égyptienne. Mais pour Alaa
Al-Sabae, PDG de la banque
d’investissement Beltone
Financials, « l’Egypte reste
pour quelques temps protégée par l’afflux des capitaux
provenant des marchés de l’Extrême-Orient. Ceci en plus des
nouveaux comptes américains qui ont été ouverts dans la
Bourse égyptienne, enregistrant une hausse dans l’indice
Case 30 de 51,3 % en 2007 ». Mais
Mohieddine souligne que quand même, « ces turbulences
internationales ont mené à réduire les prévisions du taux de
croissance égyptienne annuelle de 8 à 7 % pendant 2008 ». Et
d’ajouter que le gouvernement tente de freiner l’inflation
ascendante par la baisse du déficit budgétaire et le
développement de la politique monétaire.
La taille réduite est une autre faille des marchés
émergents. En fait, une bourse idéale doit être à grande
liquidité, à actions variées et à laquelle un grand nombre
d’investisseurs s’intéressent. Tarif souligne à cet égard
que la faible valeur des échanges est considérée comme un
des défis les plus importants face à la croissance des
Bourses de la région : la valeur totale des échanges dans
les Bourses des pays émergents a atteint 1 400 milliards de
dollars. « Chiffre négligeable si on le compare à ceux des
échanges des marchés développés ». Dans le même contexte,
Yusli Mohamed
Yusoff, PDG de la Bourse de la
Malaisie, croit qu’il faut introduire des produits
financiers variés. Et de préciser : « Les produits que
présentent les marchés émergents n’attirent pas la grande
masse de la clientèle internationale ».
A cet égard, Magued Chawqi, président de la Bourse du Caire,
s’est félicité d’introduire prochainement un nouveau genre
de fonds d’investissement, dont la composition des actions
est identique à celle de l’indice Case 30, ce qui facilite
aux investisseurs de suivre de près la performance. «
L’objectif est d’augmenter la moyenne quotidienne de la
valeur des échanges à plus d’un milliard de L.E. »,
déclare-t-il.
Les marchés émergents souffrent aussi du peu de nombre de
sociétés cotées en Bourse : « Il faut émettre d’autres
sociétés opérant dans de nouveaux secteurs, notamment ceux
qui manquent dans la Bourse et qui sont demandés par les
investisseurs étrangers à l’exemple du secteur logistique
qui produit une valeur ajoutée non seulement pour la Bourse
mais pour l’ensemble de l’économie du pays », explique-t-il
à l’Hebdo. Yusoff estime également que ces marchés ont
besoin principalement d’introduire des produits boursiers à
l’exemple des contrats à terme et des dérivés. « Pourvu que
les marchés soient bien équipés afin de pouvoir assimiler
les risques qui en résultent », exprime-t-il. A savoir la
présence d’institutions financières géantes jouant le rôle
de teneur de marché ainsi qu’une base de législations. Dans
ce cadre, L’Inde donne l’exemple par son expérience qui
remonte à plus de dix ans. « Elle a commencé par élaborer
les législations et les bases organisant le marché des
dérivés et des contrats à terme. Ainsi c’est depuis cinq ans
que le marché indien a prouvé une maturité gardant un niveau
propice de liquidité », renchérit-il. De son côté, Magued
Chawqi, a déclaré lors de la conférence que l’an 2009 verra
l’introduction de ce genre de produits à terme sur le marché
égyptien. Mesure saluée par Yusoff qui s’est déclaré prêt à
coopérer avec les Bourses du Caire et d’Alexandrie dans ce
domaine.
Reste la base de législation appropriée. Là, vient en tête
la propriété de l’entité même. La Bourse en Egypte
appartient à l’Etat. Or, en terme de surveillance et de
transparence, il vaut mieux que la Bourse soit une propriété
« publique », c’est-à-dire qu’une base importante de
particuliers détienne les actions. Ce concept est très
important chez les investisseurs étrangers, voulant ainsi
par leurs participations au capital boursier avoir des
garanties de transparence. « L’idée déjà conçue en 2003 a
été réfutée par la majorité des acteurs du marché. C’est une
décision stratégique que personne ne peut trancher que le
gouvernement même », se défend Chawqi.
Bref, il est demandé aux Bourses émergentes de devenir des
Bourses mûres en un clin d’œil, pour pouvoir bien assimiler
le rôle du salvateur de l’économie mondiale.
Le
sauront-ils
dans un délai
si
étroit
?
Dahlia Réda