Al-Ahram Hebdo, Dossier | Le silence embarrassé des Arabes
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 5 au 11 Mars 2008, numéro 704

 

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Dossier

Palestine. A l’heure où la liste des pays européens reconnaissant l’indépendance du Kosovo s’allonge, les pays arabes ont observé le mutisme. Crainte de voir l’exemple se répéter sur leur territoire ou peur de nuire à leur relation avec la Russie ?

Le silence embarrassé des Arabes

Sur un total de 27 pays qui ont reconnu officiellement l’indépendance du Kosovo, aucun pays arabe n’y figure. Ils se sont d’emblée abstenus d’afficher au grand jour leur opinion vis-à-vis du nouvel Etat. Ils conservent une attitude de neutralité totale, alors que théoriquement on supposait qu’ils seraient les premiers à accueillir favorablement cette indépendance. N’est-ce pas que le Kosovo est devenu aujourd’hui un Etat à majorité musulmane en Europe ? L’histoire de cet Etat a bien en commun des racines avec le monde arabe du temps de l’Empire ottoman. Mais il semble que ces pays ont d’autres calculs. Sans aucun doute, cette reconnaissance du Kosovo pourrait donner une impulsion puissante aux mouvements séparatistes partout dans le monde. Et pour le cas des pays arabes, cette impulsion pourrait être de plus en plus forte. C’est l’effet de contagion que les régimes arabes craignent le plus. L’hypothèse d’une potentielle balkanisation du monde arabe n’est pas tout à fait nouvelle. L’Iraq est le cas le plus évident de risques de ce genre. Il est menacé d’une division en trois Etats : sunnite, chiite et kurde. Une décision votée, en octobre dernier, par le Congrès américain, appelant à cette partition est un indice dangereux. Les Kurdes pourraient ainsi simplement prendre la relève. Massoud Barazani, président du gouvernement kurde d’Erbil, a appelé récemment à la tenue d’un référendum sur la question de savoir si la majorité kurde de la population souhaite se joindre au gouvernement régional kurde. « Nous avons une jeune génération qui nous dit : Pourquoi est-ce que nous n’avons pas l’indépendance ? Pourquoi faites-vous partie du Conseil intérimaire de gouvernement ? », a-t-il souligné. Un autre pays arabe n’échappe pas à un tel scénario : le Soudan, ce plus grand pays d’Afrique attend un référendum pour l’indépendance du sud, en 2011. C’est ce qu’a prévu l’accord de Nairobi signé en 2005 entre John Garang et Ali Osman Taha, mettant fin ainsi à deux décennies de guerre civile entre le nord et le sud. Mais en attendant cette date, il est bien clair que le sud s’apprête pratiquement et psychologiquement à s’en séparer. Il y a plus de 25 missions diplomatiques du sud œuvrant avec les divers pays du monde. Le dossier du Darfour, cette région dans l’ouest du Soudan qui est en proie à une guerre civile depuis cinq ans, rend la situation encore de plus en plus dangereuse. Les populations du Soudan sont plus que jamais tentées par la séparation comme solution à leur différend.

D’autres pays arabes vivent aussi dans la hantise du spectre de séparatisme, mais à des degrés beaucoup moins importants. L’Arabie saoudite a depuis toujours été le sujet de conflits internes avec les habitants du sud, à savoir les chiites. Ils se disent souffrants de discrimination et privés de leurs droits et libertés fondamentaux. Une série d’affrontements ont marqué leur histoire, dont la plus célèbre a été en 1979 lorsqu’ils ont manifesté contre la politique du gouvernement saoudien. Le gouvernement leur a envoyé 20 000 hommes de la sécurité nationale pour mettre fin à leurs mouvements. Des affrontements se sont répétés, mais de manière beaucoup moins importante.

Le Liban cristallise autant cette hypothèse d’une potentielle division. Aujourd’hui, la crise des élections présidentielles rend le scénario de sa division plus raqué que jamais. Un Liban, à trois républiques, musulmane, chrétienne et chiite, fait partie des théories avancées par certains pour résoudre la crise.

L’Egypte aussi se trouve dans le collimateur. Même si son dossier de la Nubie n’est pas aussi chaud comme dit Moustapha Magdi, politologue au Centre d’études arabes et africaines. Mais selon lui, « devant cet état des lieux, les régimes arabes vont mille fois penser avant de déclarer leur position. S’ils reconnaissent aujourd’hui l’indépendance du Kosovo, ils donneront une sorte de carte blanche à ces mouvements séparatistes d’emboîter le pas aux Kosovars ».

Pour Ahmad Sabet, professeur à la faculté des sciences politiques à l’Université du Caire, l’attitude des pays arabes ne peut être interprétée par la seule crainte d’une division des territoires arabes. Ces Etats cherchent aussi à conserver leurs relations stratégiques et leurs intérêts économiques avec la Russie. « Reconnaître l’indépendance du Kosovo sera certainement contre le gré de Moscou pour qui l’indépendance du Kosovo porte atteinte à ses intérêts », dit Sabet. En fait, la Russie se positionne en tant que médiateur entre l’Occident et l’Orient. Et la politique russe des dernières années est profondément marquée par un rapprochement sans précédent avec le monde musulman et un souci de renforcer les relations économiques avec les pays arabes.

Si les régimes arabes ne sont pas prêts à sacrifier une telle relation, ils ne veulent pas non plus contrarier la volonté américaine, le sponsor de cette indépendance. Réaliser un compromis est évident : maintenant, ils s’expriment par un silence total. Ils attendront certainement la décision de l’Onu qui détermine le destin du Kosovo et la suivront. Leur expérience par le passé le démontre. C’était le cas pour la Tchétchénie et celui du Timor oriental aussi.

Aliaa Al-Korachi

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