Palestine.
A l’heure où la liste des pays européens reconnaissant
l’indépendance du Kosovo s’allonge, les pays arabes ont
observé le mutisme. Crainte de voir l’exemple se répéter sur
leur territoire ou peur de nuire à leur relation avec la
Russie ?
Le silence embarrassé des Arabes
Sur
un total de 27 pays qui ont reconnu officiellement
l’indépendance du Kosovo, aucun pays arabe n’y figure. Ils
se sont d’emblée abstenus d’afficher au grand jour leur
opinion vis-à-vis du nouvel Etat. Ils conservent une
attitude de neutralité totale, alors que théoriquement on
supposait qu’ils seraient les premiers à accueillir
favorablement cette indépendance. N’est-ce pas que le Kosovo
est devenu aujourd’hui un Etat à majorité musulmane en
Europe ? L’histoire de cet Etat a bien en commun des racines
avec le monde arabe du temps de l’Empire ottoman. Mais il
semble que ces pays ont d’autres calculs. Sans aucun doute,
cette reconnaissance du Kosovo pourrait donner une impulsion
puissante aux mouvements séparatistes partout dans le monde.
Et pour le cas des pays arabes, cette impulsion pourrait
être de plus en plus forte. C’est l’effet de contagion que
les régimes arabes craignent le plus. L’hypothèse d’une
potentielle balkanisation du monde arabe n’est pas tout à
fait nouvelle. L’Iraq est le cas le plus évident de risques
de ce genre. Il est menacé d’une division en trois Etats :
sunnite, chiite et kurde. Une décision votée, en octobre
dernier, par le Congrès américain, appelant à cette
partition est un indice dangereux. Les Kurdes pourraient
ainsi simplement prendre la relève. Massoud Barazani,
président du gouvernement kurde d’Erbil, a appelé récemment
à la tenue d’un référendum sur la question de savoir si la
majorité kurde de la population souhaite se joindre au
gouvernement régional kurde. « Nous avons une jeune
génération qui nous dit : Pourquoi est-ce que nous n’avons
pas l’indépendance ? Pourquoi faites-vous partie du Conseil
intérimaire de gouvernement ? », a-t-il souligné. Un autre
pays arabe n’échappe pas à un tel scénario : le Soudan, ce
plus grand pays d’Afrique attend un référendum pour
l’indépendance du sud, en 2011. C’est ce qu’a prévu l’accord
de Nairobi signé en 2005 entre John Garang et Ali Osman Taha,
mettant fin ainsi à deux décennies de guerre civile entre le
nord et le sud. Mais en attendant cette date, il est bien
clair que le sud s’apprête pratiquement et psychologiquement
à s’en séparer. Il y a plus de 25 missions diplomatiques du
sud œuvrant avec les divers pays du monde. Le dossier du
Darfour, cette région dans l’ouest du Soudan qui est en
proie à une guerre civile depuis cinq ans, rend la situation
encore de plus en plus dangereuse. Les populations du Soudan
sont plus que jamais tentées par la séparation comme
solution à leur différend.
D’autres pays arabes vivent aussi dans la hantise du spectre
de séparatisme, mais à des degrés beaucoup moins importants.
L’Arabie saoudite a depuis toujours été le sujet de conflits
internes avec les habitants du sud, à savoir les chiites.
Ils se disent souffrants de discrimination et privés de
leurs droits et libertés fondamentaux. Une série
d’affrontements ont marqué leur histoire, dont la plus
célèbre a été en 1979 lorsqu’ils ont manifesté contre la
politique du gouvernement saoudien. Le gouvernement leur a
envoyé 20 000 hommes de la sécurité nationale pour mettre
fin à leurs mouvements. Des affrontements se sont répétés,
mais de manière beaucoup moins importante.
Le Liban cristallise autant cette hypothèse d’une
potentielle division. Aujourd’hui, la crise des élections
présidentielles rend le scénario de sa division plus raqué
que jamais. Un Liban, à trois républiques, musulmane,
chrétienne et chiite, fait partie des théories avancées par
certains pour résoudre la crise.
L’Egypte aussi se trouve dans le collimateur. Même si son
dossier de la Nubie n’est pas aussi chaud comme dit
Moustapha Magdi, politologue au Centre d’études arabes et
africaines. Mais selon lui, « devant cet état des lieux, les
régimes arabes vont mille fois penser avant de déclarer leur
position. S’ils reconnaissent aujourd’hui l’indépendance du
Kosovo, ils donneront une sorte de carte blanche à ces
mouvements séparatistes d’emboîter le pas aux Kosovars ».
Pour Ahmad Sabet, professeur à la faculté des sciences
politiques à l’Université du Caire, l’attitude des pays
arabes ne peut être interprétée par la seule crainte d’une
division des territoires arabes. Ces Etats cherchent aussi à
conserver leurs relations stratégiques et leurs intérêts
économiques avec la Russie. « Reconnaître l’indépendance du
Kosovo sera certainement contre le gré de Moscou pour qui
l’indépendance du Kosovo porte atteinte à ses intérêts »,
dit Sabet. En fait, la Russie se positionne en tant que
médiateur entre l’Occident et l’Orient. Et la politique
russe des dernières années est profondément marquée par un
rapprochement sans précédent avec le monde musulman et un
souci de renforcer les relations économiques avec les pays
arabes.
Si les régimes arabes ne sont pas prêts à sacrifier une
telle relation, ils ne veulent pas non plus contrarier la
volonté américaine, le sponsor de cette indépendance.
Réaliser un compromis est évident : maintenant, ils
s’expriment par un silence total. Ils attendront
certainement la décision de l’Onu qui détermine le destin du
Kosovo et la suivront. Leur expérience par le passé le
démontre. C’était le cas pour la Tchétchénie et celui du
Timor oriental aussi.
Aliaa
Al-Korachi