Al-Ahram Hebdo,Monde | Medvedev et l’avenir de Poutine
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Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 5 au 11 Mars 2008, numéro 704

 

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Russie. La victoire de Dmitri Medvedev aux présidentielles n’aura été pour beaucoup qu’une simple formalité faisant perpétuer le pouvoir du président sortant Vladimir Poutine.

Medvedev et l’avenir de Poutine

La victoire de Dmitri Medvedev, ex-premier vice-premier ministre et président du conseil d’administration du géant gazier russe Gazprom, avec 70,23 % des voix aux élections présidentielles en Russie n’a semble-t-il suscité aucun doute au sein de la population russe et de la communauté internationale.

En effet, la seule inconnue résidait dans le score que chacun allait obtenir. Le dauphin de Vladimir Poutine, comme il se fait si fréquemment surnommer, avait en effet, déjà revêtu la casquette de président, et ce bien avant l’annonce des résultats du scrutin présidentiel.

Le président sortant Vladimir Poutine a en personne lancé un appel télévisé en vue de mobiliser la population et l’inciter à se rendre aux urnes : « la voix de chacun d’entre vous sera importante pour le scrutin du 2 mars (...). Vous avez l’occasion de répondre à ces questions en toute indépendance et de faire un choix conscient », avait-il déclaré.

Ainsi, Vladimir Poutine qui a lui-même propulsé M. Medvedev dans cette course à la présidentielle se s’est assuré son propre avenir selon les observateurs internationaux.

Alors que la Constitution russe lui interdit de se représenter pour un troisième mandat consécutif à la présidentielle, V. Poutine semble malgré tout s’attacher au Kremlin et sa quête du pouvoir reste intacte. Il a en effet, dès le début des élections, fait connaître son intention de participer au prochain gouvernement de son successeur en tant que premier ministre, comme D. Medvedev le lui aurait demandé.

Ce soutien sans faille de la part de V. Poutine aura été plus que bénéfique pour D. Medvedev et son élection, sa campagne électorale n’étant vraisemblablement pas un axe majeur pour atteindre les marches du Kremlin. Lui qui ne souhaita pas s’engager dans une campagne électorale digne de ce nom estimant qu’il n’avait pas de temps à perdre avec des meetings et débats télévisés a pourtant bel et bien bénéficié d’un traitement de faveur sans équivoque par rapport aux trois autres candidats en lice, l’ultranationaliste Vladimir Jirinovski, le communiste Guennadi Ziouganov et le pro-européen Andreï Bogdanov qui ont obtenu respectivement 9,97 %, 17,76 % et 1,29 % des voix.

Selon des ONG locales et internationales, M. Medvedev a été omniprésent et surreprésenté dans les médias fédéraux au détriment des autres candidats durant les derniers jours de campagne.

« Ce problème ne se pose pas uniquement pour notre pays, mais je dois reconnaître que tous les candidats n’ont pas bénéficié d’un traitement médiatique équivalent », a reconnu Vladimir Tchourov, président de la puissante commission électorale dans une interview à la BBC.

Les principales chaînes de télévision lui auraient consacré beaucoup plus de temps d’antenne négligeant ses concurrents et confirmant ainsi le soutien du Kremlin à son « poulain ».

 

Changement ou pas ?

A 42 ans, Dmitri Medvedev devient le troisième président de la République de la Russie post-soviétique après Boris Eltsine (1991-1999) et Vladimir Poutine (2000-2008) et le président le plus jeune de la Russie depuis le tsar Nicolas II.

Avocat de profession et ancien espion du KGB, il va très vite susciter l’intérêt chez V. Poutine qui voyait déjà en lui un futur héritier. Son ascension fulgurante commence en 2000 lorsque le chef du Kremlin lui demande d’être son directeur de campagne pour la présidentielle. Il prend alors la tête du conseil d’administration du géant gazier Gazprom et se prépare ainsi, dans l’ombre du président russe, à diriger le Kremlin.

Si une grande majorité des Russes estiment qu’il poursuivra la politique de Poutine, d’autres, plus jeunes, pensent qu’il apportera du changement en Russie dû à son âge et au fait qu’il soit le premier président à ne pas être imprégné par le régime de l’ex-Union soviétique. En effet, D. Medvedev n’avait que 26 ans lors de la chute du communisme en 1991.

V. Poutine jouit toujours d’une grande popularité au sein de la population russe qui le considère comme l’homme fort de la croissance économique.

Le pays enregistre une période de forte croissance économique, avec des prix record du pétrole et du gaz, un produit intérieur brut qui a augmenté de 70 % entre 2000 et 2007, une hausse des revenus et une réduction effective de la pauvreté.

En revanche, il reste au-delà de la croissance économique, un autre héritage que V. Poutine aura laissé au nouveau président comme par exemple le manque de pluralisme politique, le harcèlement des opposants et la suppression de nombreux partis politiques. Cette politique de répression inquiète beaucoup l’alliance de l’opposition libérale dirigée entre autres par Gary Gasparov, ancien champion d’échecs écarté du scrutin, sceptique quant à un quelconque changement, surtout lorsque le nouveau président déclare : « je crois que nous avons en Russie une vraie démocratie ».

L’opposition non libérale, qui n’a pas été représentée lors de ce scrutin, dénonce et conteste la légitimité de ces élections qu’elle qualifie de « farce ».

Une grande majorité de Russes voient dans le couple Medvedev-Poutine une aubaine pour perpétuer la prospérité économique en Russie, alors que les différents observateurs internationaux s’interrogent sur le rôle de Poutine au sein du nouveau gouvernement craignant qu’il ne dirige finalement le pays en coulisses.

Lynda Kartout

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