Russie.
La victoire de Dmitri Medvedev aux présidentielles n’aura
été pour beaucoup qu’une simple formalité faisant perpétuer
le pouvoir du président sortant Vladimir Poutine.
Medvedev et l’avenir de Poutine
La victoire de Dmitri Medvedev, ex-premier
vice-premier ministre et président du conseil
d’administration du géant gazier russe Gazprom, avec 70,23 %
des voix aux élections présidentielles en Russie n’a
semble-t-il suscité aucun doute au sein de la population
russe et de la communauté internationale.
En effet, la seule inconnue résidait dans le score que
chacun allait obtenir. Le dauphin de Vladimir Poutine, comme
il se fait si fréquemment surnommer, avait en effet, déjà
revêtu la casquette de président, et ce bien avant l’annonce
des résultats du scrutin présidentiel.
Le président sortant Vladimir Poutine a en personne
lancé un appel télévisé en vue de mobiliser la population et
l’inciter à se rendre aux urnes : « la voix de chacun
d’entre vous sera importante pour le scrutin du 2 mars
(...). Vous avez l’occasion de répondre à ces questions en
toute indépendance et de faire un choix conscient »,
avait-il déclaré.
Ainsi, Vladimir Poutine qui a lui-même propulsé M.
Medvedev dans cette course à la présidentielle se s’est
assuré son propre avenir selon les observateurs
internationaux.
Alors que la Constitution russe lui interdit de se
représenter pour un troisième mandat consécutif à la
présidentielle, V. Poutine semble malgré tout s’attacher au
Kremlin et sa quête du pouvoir reste intacte. Il a en effet,
dès le début des élections, fait connaître son intention de
participer au prochain gouvernement de son successeur en
tant que premier ministre, comme D. Medvedev le lui aurait
demandé.
Ce soutien sans faille de la part de V. Poutine aura
été plus que bénéfique pour D. Medvedev et son élection, sa
campagne électorale n’étant vraisemblablement pas un axe
majeur pour atteindre les marches du Kremlin. Lui qui ne
souhaita pas s’engager dans une campagne électorale digne de
ce nom estimant qu’il n’avait pas de temps à perdre avec des
meetings et débats télévisés a pourtant bel et bien
bénéficié d’un traitement de faveur sans équivoque par
rapport aux trois autres candidats en lice,
l’ultranationaliste Vladimir Jirinovski, le communiste
Guennadi Ziouganov et le pro-européen Andreï Bogdanov qui
ont obtenu respectivement 9,97 %, 17,76 % et 1,29 % des
voix.
Selon des ONG locales et internationales, M. Medvedev
a été omniprésent et surreprésenté dans les médias fédéraux
au détriment des autres candidats durant les derniers jours
de campagne.
« Ce problème ne se pose pas uniquement pour notre
pays, mais je dois reconnaître que tous les candidats n’ont
pas bénéficié d’un traitement médiatique équivalent », a
reconnu Vladimir Tchourov, président de la puissante
commission électorale dans une interview à la BBC.
Les principales chaînes de télévision lui auraient
consacré beaucoup plus de temps d’antenne négligeant ses
concurrents et confirmant ainsi le soutien du Kremlin à son
« poulain ».
Changement ou pas ?
A 42 ans, Dmitri Medvedev devient le troisième
président de la République de la Russie post-soviétique
après Boris Eltsine (1991-1999) et Vladimir Poutine
(2000-2008) et le président le plus jeune de la Russie
depuis le tsar Nicolas II.
Avocat de profession et ancien espion du KGB, il va
très vite susciter l’intérêt chez V. Poutine qui voyait déjà
en lui un futur héritier. Son ascension fulgurante commence
en 2000 lorsque le chef du Kremlin lui demande d’être son
directeur de campagne pour la présidentielle. Il prend alors
la tête du conseil d’administration du géant gazier Gazprom
et se prépare ainsi, dans l’ombre du président russe, à
diriger le Kremlin.
Si une grande majorité des Russes estiment qu’il
poursuivra la politique de Poutine, d’autres, plus jeunes,
pensent qu’il apportera du changement en Russie dû à son âge
et au fait qu’il soit le premier président à ne pas être
imprégné par le régime de l’ex-Union soviétique. En effet,
D. Medvedev n’avait que 26 ans lors de la chute du
communisme en 1991.
V. Poutine jouit toujours d’une grande popularité au
sein de la population russe qui le considère comme l’homme
fort de la croissance économique.
Le pays enregistre une période de forte croissance
économique, avec des prix record du pétrole et du gaz, un
produit intérieur brut qui a augmenté de 70 % entre 2000 et
2007, une hausse des revenus et une réduction effective de
la pauvreté.
En revanche, il reste au-delà de la croissance
économique, un autre héritage que V. Poutine aura laissé au
nouveau président comme par exemple le manque de pluralisme
politique, le harcèlement des opposants et la suppression de
nombreux partis politiques. Cette politique de répression
inquiète beaucoup l’alliance de l’opposition libérale
dirigée entre autres par Gary Gasparov, ancien champion
d’échecs écarté du scrutin, sceptique quant à un quelconque
changement, surtout lorsque le nouveau président déclare : «
je crois que nous avons en Russie une vraie démocratie ».
L’opposition non libérale, qui n’a pas été représentée
lors de ce scrutin, dénonce et conteste la légitimité de ces
élections qu’elle qualifie de « farce ».
Une grande majorité de Russes voient dans le couple
Medvedev-Poutine une aubaine pour perpétuer la prospérité
économique en Russie, alors que les différents observateurs
internationaux s’interrogent sur le rôle de Poutine au sein
du nouveau gouvernement craignant qu’il ne dirige finalement
le pays en coulisses.
Lynda
Kartout