Iran.
L’étau
se resserre autour de Téhéran avec l’adoption lundi d’une
troisième série de sanctions internationales. Mais rien n’y
fait, Téhéran reste déterminé à poursuivre la voie du
nucléaire.
Les sanctions se durcissent
Après la 1 737 (décembre 2006) et la 1 747 (mars 2007), une
troisième résolution, la 1 803, alourdissant les sanctions
internationales contre Téhéran pour son refus de suspendre
ses activités nucléaires sensibles, a été adoptée, lundi
soir, par le Conseil de sécurité de l’Onu. La résolution,
qui a intensifié le régime de sanctions économiques et
commerciales mis en place à l’égard de l’Iran dans les deux
résolutions précédentes, a été adoptée à la quasi-unanimité,
14 voix pour une abstention. Dans ce nouveau texte, la liste
des individus et entités liés aux programmes nucléaire et
balistique iraniens, frappés d’un gel de leurs avoirs à
l’étranger et, pour certains, d’une interdiction de voyager,
est allongée. Elle interdit la fourniture à l’Iran de biens
sensibles à double usage civil et militaire. Elle exhorte
les Etats à la vigilance dans les transactions avec les
banques iraniennes, notamment les banques Melli et Saderat.
Le texte donne enfin trois mois à l’Iran pour suspendre
l’enrichissement d’uranium et le retraitement, avant
d’envisager un nouveau train de sanctions.
En effet, de gros efforts diplomatiques ont été déployés ces
derniers jours par les co-parrains de la résolution, France,
Grande-Bretagne et Allemagne, pour obtenir « le soutien le
plus large possible » de ce texte. Ces efforts leur ont
enfin permis de rallier trois Etats membres qui étaient très
hésitants : l’Afrique du Sud, le Vietnam et la Libye. Seule
l’Indonésie est restée sur sa position, selon laquelle le
moment n’est pas opportun pour frapper l’Iran de nouvelles
sanctions, d’autant plus que le dernier rapport de l’Agence
Internationale de l’Energie Atomique (AIEA) sur le programme
nucléaire iranien fait état d’un début de coopération,
quoique insuffisant, de la part de Téhéran.
Tenant à ne pas nuire à ses relations économiques avec
Téhéran, la Chine a tenté de calmer le jeu en affirmant,
mardi, que l’objectif de la nouvelle résolution n’était pas
de punir l’Iran, mais de permettre la reprise des
discussions sur le dossier nucléaire. Prouvant la
crédibilité de l’optique chinoise, les cinq membres
permanents du Conseil (Chine, Etats-Unis, France,
Grande-Bretagne, Russie) et l’Allemagne avaient demandé au
diplomate en chef de l’Union européenne, Javier Solana, de
rencontrer sans tarder le négociateur du nucléaire iranien,
Saïd Jalili, « pour tenter de sortir de l’impasse ».
Selon les experts, ces sanctions onusiennes ne sont pas les
uniques et les dernières à frapper Téhéran. A ces dernières
s’ajoutent celles unilatérales des Etats-Unis et peut-être à
l’avenir de l’Union européenne. « Après les sanctions
américaines, qui visent tout investisseur dans le secteur
pétrolier et gazier, quasiment pas un seul contrat
d’importance n’a été signé avec Téhéran. Toutefois, ce pays
considère le dossier nucléaire comme une affaire de dignité
nationale et n’est pas donc disposé à y céder d’un iota,
quelles que soient les pertes », analyse Mohamad Abbass,
expert politique.
Téhéran joue ses cartes
L’analyse de M. Abbass a sa part de crédibilité, puisque
Téhéran a paru cette semaine plus déterminé que jamais à
poursuivre son parcours, assurant ne pas craindre les
nouvelles sanctions, même si ces dernières devraient
compliquer les transactions avec les autres pays. « Les
actes irrationnels et illégaux n’aideront pas à résoudre la
question du nucléaire iranien, ils compliqueront les
négociations autour de la question nucléaire et celles-ci
deviendront plus difficiles », a défié lundi le directeur
adjoint de l’agence iranienne à l’énergie atomique, Mohamad
Saeedi. Pour sa part, le porte-parole de la diplomatie,
Mohamad Ali Hosseini, a minimisé l’impact de ces nouvelles
mesures, en évoquant de « légers problèmes », mais aussi «
différentes options pour les régler ».
Quant au président iranien Mahmoud Ahmadinejad, il a paru
cette semaine plus altier que jamais : « L’Iran est la
première puissance du monde. Son nom résonne comme un coup
de poing dans les dents des puissants et les remet à leur
place », a-t-il affirmé à la veille des sanctions.
Jouant aussi ses cartes pour prouver aux Américains son
poids régional, le président iranien a fait un geste
hautement symbolique, samedi dernier, en effectuant une
première visite historique en Iraq, marquant l’ouverture
d’une « nouvelle page » entre les deux pays. Est-ce par pure
coïncidence que cette visite tombait exactement à la veille
de l’adoption d’une nouvelle série de sanctions contre son
pays ? Où s’agit-il d’un stratagème iranien bien dessiné
visant à voler le sommeil au « Grand Satan américain », lui
affirmant l’hégémonie iranienne, non seulement en Iraq, mais
dans toute la région : « Il s’agit d’un message bien clair à
Washington : si vous n’arrêtez pas de faire pression sur mon
pays en matière nucléaire, l’Iran peut nuire très fort à vos
intérêts dans le monde arabe. En Iraq, en soutenant les
groupes chiites iraqiens ; en Palestine, en soutenant le
Hamas et au Liban, en soutenant le Hezbollah. Ahmadinejad
est sûr et certain que Washington sera, en fin de compte,
obligée de parvenir à un compromis avec lui car, sans
l’appui de l’Iran, Bush et ses successeurs seront confrontés
à des problèmes insolubles au Moyen-Orient », analyse
Mohamad Abbass.
Selon Dr Hicham Ahmad, professeur à la faculté des sciences
politiques et économiques, Université du Caire, la visite d’Ahmadinejad
en Iraq est une sorte de défi ouvert aux Américains qui
tentent d’endiguer l’influence iranienne au Moyen-Orient,
notamment en Iraq : « Mais voilà qu’Ahmadinejad leur fait un
pied de nez en visitant un pays qu’ils occupent déjà. Il va
chez eux pour relever le défi et les accuser d’avoir créé le
terrorisme au Moyen-Orient », ironise Dr Hicham.
Il semble que le jeu est fini, au moins de la part du joueur
iranien, qui a déjà dit son mot. Reste aux « Grands », et
surtout aux Américains, de changer leur tactique, de stopper
le langage des pressions toujours infructueux et de tenter
une nouvelle voie, peut-être beaucoup plus féconde, celle du
dialogue avec leur bête noire devenue, grâce à eux, une
puissance régionale de poids. « Au lieu d’effacer le pouvoir
iranien comme elle le souhaitait, Washington n’a fait que le
servir en déracinant ses ennemis : Saddam Hussein en Iraq et
les Talibans en Afghanistan », estime M. Abbass.
Maha
Al-Cherbini