Al-Ahram Hebdo,Monde | Les sanctions se durcissent
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 Semaine du 5 au 11 Mars 2008, numéro 704

 

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Iran. Létau se resserre autour de Téhéran avec l’adoption lundi d’une troisième série de sanctions internationales. Mais rien n’y fait, Téhéran reste déterminé à poursuivre la voie du nucléaire.

Les sanctions se durcissent

Après la 1 737 (décembre 2006) et la 1 747 (mars 2007), une troisième résolution, la 1 803, alourdissant les sanctions internationales contre Téhéran pour son refus de suspendre ses activités nucléaires sensibles, a été adoptée, lundi soir, par le Conseil de sécurité de l’Onu. La résolution, qui a intensifié le régime de sanctions économiques et commerciales mis en place à l’égard de l’Iran dans les deux résolutions précédentes, a été adoptée à la quasi-unanimité, 14 voix pour une abstention. Dans ce nouveau texte, la liste des individus et entités liés aux programmes nucléaire et balistique iraniens, frappés d’un gel de leurs avoirs à l’étranger et, pour certains, d’une interdiction de voyager, est allongée. Elle interdit la fourniture à l’Iran de biens sensibles à double usage civil et militaire. Elle exhorte les Etats à la vigilance dans les transactions avec les banques iraniennes, notamment les banques Melli et Saderat. Le texte donne enfin trois mois à l’Iran pour suspendre l’enrichissement d’uranium et le retraitement, avant d’envisager un nouveau train de sanctions.

En effet, de gros efforts diplomatiques ont été déployés ces derniers jours par les co-parrains de la résolution, France, Grande-Bretagne et Allemagne, pour obtenir « le soutien le plus large possible » de ce texte. Ces efforts leur ont enfin permis de rallier trois Etats membres qui étaient très hésitants : l’Afrique du Sud, le Vietnam et la Libye. Seule l’Indonésie est restée sur sa position, selon laquelle le moment n’est pas opportun pour frapper l’Iran de nouvelles sanctions, d’autant plus que le dernier rapport de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA) sur le programme nucléaire iranien fait état d’un début de coopération, quoique insuffisant, de la part de Téhéran.

Tenant à ne pas nuire à ses relations économiques avec Téhéran, la Chine a tenté de calmer le jeu en affirmant, mardi, que l’objectif de la nouvelle résolution n’était pas de punir l’Iran, mais de permettre la reprise des discussions sur le dossier nucléaire. Prouvant la crédibilité de l’optique chinoise, les cinq membres permanents du Conseil (Chine, Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Russie) et l’Allemagne avaient demandé au diplomate en chef de l’Union européenne, Javier Solana, de rencontrer sans tarder le négociateur du nucléaire iranien, Saïd Jalili, « pour tenter de sortir de l’impasse ».

Selon les experts, ces sanctions onusiennes ne sont pas les uniques et les dernières à frapper Téhéran. A ces dernières s’ajoutent celles unilatérales des Etats-Unis et peut-être à l’avenir de l’Union européenne. « Après les sanctions américaines, qui visent tout investisseur dans le secteur pétrolier et gazier, quasiment pas un seul contrat d’importance n’a été signé avec Téhéran. Toutefois, ce pays considère le dossier nucléaire comme une affaire de dignité nationale et n’est pas donc disposé à y céder d’un iota, quelles que soient les pertes », analyse Mohamad Abbass, expert politique.

 

Téhéran joue ses cartes

L’analyse de M. Abbass a sa part de crédibilité, puisque Téhéran a paru cette semaine plus déterminé que jamais à poursuivre son parcours, assurant ne pas craindre les nouvelles sanctions, même si ces dernières devraient compliquer les transactions avec les autres pays. « Les actes irrationnels et illégaux n’aideront pas à résoudre la question du nucléaire iranien, ils compliqueront les négociations autour de la question nucléaire et celles-ci deviendront plus difficiles », a défié lundi le directeur adjoint de l’agence iranienne à l’énergie atomique, Mohamad Saeedi. Pour sa part, le porte-parole de la diplomatie, Mohamad Ali Hosseini, a minimisé l’impact de ces nouvelles mesures, en évoquant de « légers problèmes », mais aussi « différentes options pour les régler ».

Quant au président iranien Mahmoud Ahmadinejad, il a paru cette semaine plus altier que jamais : « L’Iran est la première puissance du monde. Son nom résonne comme un coup de poing dans les dents des puissants et les remet à leur place », a-t-il affirmé à la veille des sanctions.

Jouant aussi ses cartes pour prouver aux Américains son poids régional, le président iranien a fait un geste hautement symbolique, samedi dernier, en effectuant une première visite historique en Iraq, marquant l’ouverture d’une « nouvelle page » entre les deux pays. Est-ce par pure coïncidence que cette visite tombait exactement à la veille de l’adoption d’une nouvelle série de sanctions contre son pays ? Où s’agit-il d’un stratagème iranien bien dessiné visant à voler le sommeil au « Grand Satan américain », lui affirmant l’hégémonie iranienne, non seulement en Iraq, mais dans toute la région : « Il s’agit d’un message bien clair à Washington : si vous n’arrêtez pas de faire pression sur mon pays en matière nucléaire, l’Iran peut nuire très fort à vos intérêts dans le monde arabe. En Iraq, en soutenant les groupes chiites iraqiens ; en Palestine, en soutenant le Hamas et au Liban, en soutenant le Hezbollah. Ahmadinejad est sûr et certain que Washington sera, en fin de compte, obligée de parvenir à un compromis avec lui car, sans l’appui de l’Iran, Bush et ses successeurs seront confrontés à des problèmes insolubles au Moyen-Orient », analyse Mohamad Abbass.

Selon Dr Hicham Ahmad, professeur à la faculté des sciences politiques et économiques, Université du Caire, la visite d’Ahmadinejad en Iraq est une sorte de défi ouvert aux Américains qui tentent d’endiguer l’influence iranienne au Moyen-Orient, notamment en Iraq : « Mais voilà qu’Ahmadinejad leur fait un pied de nez en visitant un pays qu’ils occupent déjà. Il va chez eux pour relever le défi et les accuser d’avoir créé le terrorisme au Moyen-Orient », ironise Dr Hicham.

Il semble que le jeu est fini, au moins de la part du joueur iranien, qui a déjà dit son mot. Reste aux « Grands », et surtout aux Américains, de changer leur tactique, de stopper le langage des pressions toujours infructueux et de tenter une nouvelle voie, peut-être beaucoup plus féconde, celle du dialogue avec leur bête noire devenue, grâce à eux, une puissance régionale de poids. « Au lieu d’effacer le pouvoir iranien comme elle le souhaitait, Washington n’a fait que le  servir en déracinant ses ennemis : Saddam Hussein en Iraq et les Talibans en Afghanistan », estime M. Abbass.

Maha Al-Cherbini

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