Al-Ahram Hebdo,Arts | Septuagénaires aventuriers
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 Semaine du 5 au 11 Mars 2008, numéro 704

 

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Arts

Symposium d’Assouan. Pour sa treizième édition qui s’achève le 10 mars, cet événement majeur privilégiant la sculpture regroupe 15 artistes jeunes et moins jeunes, qui tentent de se rapprocher du grand public. Al-Magdoub anime sa montagne sculptée et Hénein met en place un projet sur les petites œuvres, alors que d’autres favorisent le mouvement.

Septuagénaires aventuriers

Georges Bahgouri et Abdel-Hadi Al-Wechahi, deux grands noms égyptiens qui viennent dialoguer avec le granit, chacun à sa manière. Bahgouri, ce caricaturiste, adorateur des couleurs et des dessins et sculpteur de portraits de petites tailles, garde sur le chantier son humour et son sourire. « Beaucoup de personnes se méfiaient de ma sculpture. Pour eux, je ne suis qu’un dessinateur … », dit-il. Bahgouri n’y tient pas compte. Pour lui, il s’agit de profiter de cette nouvelle expérience et de découvrir les secrets de la sculpture en granit. « Au départ, Al-Wechahi m’a dit : Attention, tu ne fais pas de dessins sur le granit ». Un autre artiste lui a conseillé de ne plus charger la sculpture de beaucoup de détails. Bahgouri taille un portrait d’une femme d’où sort un enfant. Il y résume l’idée d’une nouvelle naissance. N’est-ce pas son cas ? Un nouveau-né qui joue avec un bloc de granit rose de 3,50 m x 1 m x 1 m. Avec son assistant Mohamad Al-Doueihi, Bahgouri apprend les astuces du métier. Après une longue journée de travail, il cherche simplement un papier, un stylo et des couleurs, dessinant des caricatures pour ses amis du symposium.

L’autre aventurier, Abdel-Hadi Al-Wechahi, se redécouvre à son tour. En fait, tout le monde connaît parfaitement bien ce professeur de sculpture. Un homme stricte, sévère pour d’aucuns, un maître débonnaire, pour les autres. Sérieux ou goguenard, Al-Wechahi choisit ses mots avec précaution. Il change d’intonation rapidement, passe d’un arabe classique au dialectal, et parfois s’exprime en espagnol ou en d’autres langues, rigolant avec les jeunes artistes étrangers. Sur le chantier, il est toujours en jean bleu, tee-shirt et foulard vivace. Avec sa béquille, il pointe à ses assistants les lignes et les courbes qu’ils doivent tailler. Sur une chaise, il s’assied pour tout observer. Avec le granit, il se trouve face à un grand défi dans sa vie de sculpteur. « Je n’ai pas eu peur de travailler le granit d’Assouan. Je n’ai pas fait de maquette préalable ». Pour lui, l’émotion compte beaucoup. Dès qu’il a vu son bloc de granit rose, Al-Wechahi, dont les sculptures sont toujours d’une grande finesse et souplesse, a pioché dans son passé et s’est posé la question : Que se passe-t-il lorsqu’un bloc envahit un autre ? « Une catastrophe, une destruction, une disparition ou plutôt une union, un accord … C’est une tentative d’avoir un équilibre », déclare-t-il. Le grand sculpteur taille une forme abstraite alliant un corps humain et celui d’un oiseau reposant sur un socle incliné. A jamais, l’homme tâchera de maintenir son équilibre.

 

A échelle réduite

Là, dans la ville du symposium, on s’attend à des sculptures monumentales, faisant partie de la collection du musée en plein air ou placées dans les rues de la ville. Mais pour mieux se rapprocher du public, le commissaire Adam Hénein a lancé le projet des petites œuvres artistiques. Il s’agit de sculptures dont la taille ne dépasse pas un mètre. « Dans les services publics et les institutions gouvernementales, les petites œuvres en granit peuvent avoir un rôle décoratif. C’est une manière d’habituer les gens à voir et à contempler la sculpture. Les œuvres du symposium ne doivent pas se limiter aux artistes, ni aux spécialistes. La sculpture doit renouer entre l’art et les gens », souligne Hénein. Le projet a débuté l’an dernier avec la participation de Hani Fayçal et Mohamad Radwane. Tous les deux sculptaient une série de pièces en granit noir. Fayçal a choisi de rendre le granit noir très souple. A travers la création des formes cylindriques abstraites, il a réussi à ôter au granit son aspect austère. Quant à Radwane, il s’est inspiré de motifs pharaoniques pour faire de petites sculptures évoquant Anubis, les vases canopes, etc.

Le projet continue encore cette année avec Viviane Al-Batanoni, Sarkis Tossonian et la Japonaise Haruko Yamashita. Al-Batanoni utilise le granit rose pour achever des sculptures inspirées de la nature et de la vie humaine. Un cactus symbolise la patience, une fenêtre ayant un rideau fragile évoque l’espoir … Des formes en granit chargées d’émotions, munies d’une touche très féminine. Tossonian en tant que sculpteur s’intéresse toujours à l’être humain. Il cherche à dévoiler sa fragilité, loin de toute violence. « Faire des petites sculptures est plus simple. On n’a pas besoin de grandes machines pour sculpter, ou changer la disposition du bloc. Avec une petite pièce de granit, on ne risque pas de briser la statue. La décision de changer de forme, d’angle, est plus facile. Je me sens plus libre en travaillant », dit-il.

La Japonaise Yamashita travaille avec différents genres de granit : rose, rouge, blanc et noir. Elle sculpte des pièces symbolisant l’idée du contraste et de l’accord en même temps. On retrouve une forme ovale qui sort d’un carré. Les lignes circulaires et droites renvoient à l’idée de la complémentarité et celle de l’opposition existant entre l’homme et la femme. De manière plus large, elle évoque les significations du yin et de yang. 

La montagne sculptée d’Al-Magdoub

Quand le sculpteur architecte Akram Al-Magdoub a participé au Symposium de sculpture d’Assouan l’an dernier, il a choisi de travailler dans la montagne, près du musée en plein air. Il s’est inspiré par le travail des artistes français qui ont sculpté la montagne, à savoir Patrice Belin avec son naos et Léonard Rachita avec la fente dans une muraille. Dans l’œuvre d’Al-Magdoub, les blocs de granit polis et travaillés sont mis en relation avec les roches déjà existantes à l’état brut. Il étudie la réflexion des rayons solaires sur la pierre, afin de créer un jeu de lumière et d’ombre. En fait, Al-Magdoub adopte l’idée de l’art environnemental dans son travail. La règle est simple : entrer en relation avec la nature sans la détruire. Cette année, il développe encore cette idée dans le même site. La montagne avec ses roches de granit et de sable se calme, ouvre ses bras pour accueillir cette nouvelle création. Il s’agit d’un espace de méditation. Akram joue avec les blocs de granit, les réarrange, les met debout comme des murailles qui se succèdent les uns après les autres. Un couloir de murailles en granit sert à nous faire voyager, à quitter notre monde et à chercher refuge dans les roches. Là-bas, Akram nous offre son sanctuaire de méditation : une salle de granit à ciel ouvert, qui donne sur le beau paysage verdâtre et le Nil. Là-bas, il est temps de s’arrêter et de prendre son souffle.

Avec ce projet, le site entier se transforme. Et d’une année à l’autre un sculpteur vient y ajouter ses retouches. La montagne s’apaise et témoigne d’une grande harmonie entre les sculptures divines et humaines. 

En mouvement

Trois artistes tentent de rompre avec le côté statique de la pierre. C’est le défi des grands formats de l’Américain Jesse Salissbury qui élabore les concepts du mouvement et du temps. Avec un bloc de granit rose de 2,50 x 1,20 x 1, sa sculpture prend la forme d’un œil, avec un axe diagonal. Jouant avec la texture et la forme, les creux, au centre de la sculpture, permettent de nous faire passer à un autre monde. Le temps n’est qu’un mouvement de passage.

Le Brésilien Samuel puise, lui, dans sa culture propre. Il reprend la légende d’Ochosi, ce dieu afro-brésilien qui personnifie la chasse et la médecine. Et taille avec le granit rose et noir un arc et une flèche symboliques. Un voyage vers le ciel.

Quant à Wen Cheng Tsai, de Taïwan, il présente une sculpture horizontale en granit blanc. A la surface, il sculpte des corps humains et formes végétales. Les courbes et les lignes arrondies donnent vie à l’œuvre. Tsai ne le nie pas. Ce sont des êtres qui cherchent à fuir le bloc et à se libérer.

Page réalisée par May Sélim

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