Al-Ahram Hebdo, Arts | La voix vecteur de passion
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 Semaine du 5 au 11 Mars 2008, numéro 704

 

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Arts

Drame Lyrique. Rigoletto, qui vient d’être présenté fin février à l’Opéra du Caire, nous a offert la chance d’admirer deux célèbres sopranos, Amira Sélim et Dalia Farouq, dont les chants résonnent avec émotion dans le monde.

La voix vecteur de passion

Intense drame de passion, de trahison, d’amour filial et de vengeance, Rigoletto de Verdi offre une combinaison parfaite de richesse mélodique et de pouvoir dramatique et met en éclairage des tensions sociales et la condition féminine minorisée au XIXe siècle, représentée par Gilda. Ce rôle féminin vedette, dans Rigoletto, a été parfaitement interprété en alternance par les deux fameuses sopranos Amira Sélim et Dalia Farouq. Elles ont enchanté le public par leurs performances remarquables et leurs voix puissantes.

Partageant un talent inné de jeu de piano dès leur tendre enfance, professeures de chants et interprètes de rôles d’opéras lyriques, Amira Sélim et Dalia Farouq, lauréates d’un même diplôme de chant d’opéra avec mention d’honneur du Conservatoire du Caire en 1999, envisagent le professionnalisme, sous différents angles.

Installées à Paris, Amira Sélim prévoit une carrière artistique à l’étranger, alors que Dalia Farouq préfère conserver une présence confirmée à l’Opéra du Caire.

Intelligente et charismatique, la jeune soprano Amira Sélim, élevée dans une famille d’artistes, a réussi avant même d’obtenir son diplôme supérieur de concertiste en 2004, de l’Ecole normale de Paris, à forger davantage une carrière en plein essor de chant d’opéra à l’étranger. Elle a été initiée au chant, en Italie, de 1993 à 1998, par sa professeure Gabriela Ravazzi. « Elle m’a inculqué la base du chant lyrique : technique, style et méthode de travail. Elle a construit ma voix et ma personnalité. Elle m’a appris comment étudier un personnage dramatique, pour pouvoir interpréter son air. Je lui dois ma première production sur scène dans l’opéra La Cloche de Donizetti, en 1998, en Italie », atteste Amira Sélim. Cette première apparition sur scène a précédé et annoncé celle de l’Opéra du Caire en 1999 dans Le Barbier de Séville. De tout temps, Amira Sélim a privilégié la formation à l’étranger. Néanmoins, cette soliste qui a accumulé beaucoup d’expérience de chant à l’étranger se voit sollicitée incessamment par l’Opéra du Caire qui lui confie des rôles principaux de chant lyrique.

De son côté, sa collègue Dalia Farouq à la voix vigoureuse, qui est actuellement sur le point d’obtenir son diplôme supérieur de l’Ecole normale de Paris, ne manque pas de faire ses premières preuves dans des théâtres parisiens tels le théâtre de Versailles, dans l’illustre salle Cortot à Paris et à la Cité internationale des arts. Cependant, cette chanteuse très attachée à sa patrie, met passionnément un point d’honneur à y conserver sa place éminente de soliste. « Ma première apparition sur scène était à l’Opéra du Caire, dans le rôle d’Oscar dans Le Bal masqué. Une première production artistique qui m’a été attribuée, avant même d’achever mes études au Conservatoire du Caire en 1997, par le directeur de la troupe de chant de l’Opéra du Caire, Hassan Kami », évoque Dalia Farouq, sans omettre de saluer sa prof de chant égyptienne Violette Maqqar, lui dédiant son succès. « A l’étranger, on acquiert plus d’expérience car les opportunités sont multiples. Cependant, la compétition est dure. L’émulation entre les nombreux chanteurs d’opéras incite notre motivation à travailler davantage », affirme-t-elle. Et d’ajouter : « Bien que le chant d’opéra soit un art occidental pas tout à fait omniprésent en Egypte, et qu’il n’existe qu’un seul théâtre et une seule troupe de chant d’opéra au Caire, nous avons la chance d’avoir en Orient un théâtre de chant lyrique. Le Caire est le seul pays arabe à posséder une saison d’opéras lyriques ». Cet avis n’est pas partagé par Amira Sélim qui ne voit pas d’avenir pour cet art en Egypte. « Je rêve qu’un jour il y ait plus de théâtres lyriques, en Egypte. Nous avons besoin d’une réforme du système et des moyens de production qui lui sont affectés. Si j’étais restée en Egypte, je ne n’aurais pas pu améliorer ma performance. A l’étranger, on valorise les gens avec leurs défauts et leurs qualités. Ici, les choses sont moins distinctes », avance Amira Sélim. Sa prof Caroline Dumas l’a encouragée à s’inscrire, en France, à une agence de chanteurs d’opéras, et signer plusieurs contrats. Sa voix a acquis ainsi plus de maturité au contact de chefs d’orchestre et de metteurs en scène talentueux. Elle avait fait une formation similaire à celle de Dalia Farouq, sous l’égide de la même professeure, Caroline Dumas, à l’Ecole normale de Paris, qui leur a appris la technique et le style des mélodies françaises, les habilitant à participer aux concours internationaux d’audition. Un apprentissage qui a porté ses fruits lorsqu’Amira Sélim s’est prévalue en 2004 du rôle principal à succès de Lakmé de Léo Delibes, à l’Opéra de Rennes, puis en 2007 à Saint-Etienne. « Lakmé est l’opéra le plus proche de mon cœur. C’est un rôle très populaire en France, pour ses airs de clochettes qui demandent une virtuosité vocale. J’ai une prédilection pour les rôles romantiques et passionnels, qui touchent l’émotion », exprime Amira, dont le deuxième volume du disque Mozart, l’Egyptien a remporté  en 2006 un succès retentissant. Dalia Farouq, quant à elle, préfère le rôle de Muzetta dans La Bohème, qui lui a été confié après une audition pour une production italiano-arabe, où était convié le chef d’orchestre italien Alessio Vlad. « C’était le rôle qui convient à merveille à ma voix, capable de perfectionner l’agilité des notes aiguës. Puccini est mon compositeur préféré. Ses opéras sont très touchants et riches en drame », explique Dalia.

Ainsi les deux fameuses sopranos partagent-elles un penchant naturel pour les rôles chargés d’émotion. Et leur émulation, non dénuée d’amitié, confirme leur credo commun : l’essentiel n’est pas de jouer les stars, mais de réussir un bon spectacle. Amira Sélim se prépare pour un concert lyrique, le 21 mars avec l’Orchestre philharmonique de Londres, à la salle Ewart de l’AUC. Alors que Dalia Farouq chantera en avril dans la salle Cortot, à Paris, accompagnée au piano de la Géorgienne Olga Bakhutashvili.

Névine Lameï

 

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