Drame Lyrique.
Rigoletto, qui vient d’être présenté fin février à l’Opéra
du Caire, nous a offert la chance d’admirer deux célèbres
sopranos, Amira Sélim et Dalia Farouq, dont les chants
résonnent avec émotion dans le monde.
La voix vecteur de passion
Intense
drame de passion, de trahison, d’amour filial et de
vengeance, Rigoletto de Verdi offre une combinaison parfaite
de richesse mélodique et de pouvoir dramatique et met en
éclairage des tensions sociales et la condition féminine
minorisée au XIXe siècle, représentée par Gilda. Ce rôle
féminin vedette, dans Rigoletto, a été parfaitement
interprété en alternance par les deux fameuses sopranos
Amira Sélim et Dalia Farouq. Elles ont enchanté le public
par leurs performances remarquables et leurs voix
puissantes.
Partageant un talent inné de jeu de piano dès leur tendre
enfance, professeures de chants et interprètes de rôles
d’opéras lyriques, Amira Sélim et Dalia Farouq, lauréates
d’un même diplôme de chant d’opéra avec mention d’honneur du
Conservatoire du Caire en 1999, envisagent le
professionnalisme, sous différents angles.
Installées à Paris, Amira Sélim prévoit une carrière
artistique à l’étranger, alors que Dalia Farouq préfère
conserver une présence confirmée à l’Opéra du Caire.
Intelligente et charismatique, la jeune soprano Amira Sélim,
élevée dans une famille d’artistes, a réussi avant même
d’obtenir son diplôme supérieur de concertiste en 2004, de
l’Ecole normale de Paris, à forger davantage une carrière en
plein essor de chant d’opéra à l’étranger. Elle a été
initiée au chant, en Italie, de 1993 à 1998, par sa
professeure Gabriela Ravazzi. « Elle m’a inculqué la base du
chant lyrique : technique, style et méthode de travail. Elle
a construit ma voix et ma personnalité. Elle m’a appris
comment étudier un personnage dramatique, pour pouvoir
interpréter son air. Je lui dois ma première production sur
scène dans l’opéra La Cloche de Donizetti, en 1998, en
Italie », atteste Amira Sélim. Cette première apparition sur
scène a précédé et annoncé celle de l’Opéra du Caire en 1999
dans Le Barbier de Séville. De tout temps, Amira Sélim a
privilégié la formation à l’étranger. Néanmoins, cette
soliste qui a accumulé beaucoup d’expérience de chant à
l’étranger se voit sollicitée incessamment par l’Opéra du
Caire qui lui confie des rôles principaux de chant lyrique.
De
son côté, sa collègue Dalia Farouq à la voix vigoureuse, qui
est actuellement sur le point d’obtenir son diplôme
supérieur de l’Ecole normale de Paris, ne manque pas de
faire ses premières preuves dans des théâtres parisiens tels
le théâtre de Versailles, dans l’illustre salle Cortot à
Paris et à la Cité internationale des arts. Cependant, cette
chanteuse très attachée à sa patrie, met passionnément un
point d’honneur à y conserver sa place éminente de soliste.
« Ma première apparition sur scène était à l’Opéra du Caire,
dans le rôle d’Oscar dans Le Bal masqué. Une première
production artistique qui m’a été attribuée, avant même
d’achever mes études au Conservatoire du Caire en 1997, par
le directeur de la troupe de chant de l’Opéra du Caire,
Hassan Kami », évoque Dalia Farouq, sans omettre de saluer
sa prof de chant égyptienne Violette Maqqar, lui dédiant son
succès. « A l’étranger, on acquiert plus d’expérience car
les opportunités sont multiples. Cependant, la compétition
est dure. L’émulation entre les nombreux chanteurs d’opéras
incite notre motivation à travailler davantage »,
affirme-t-elle. Et d’ajouter : « Bien que le chant d’opéra
soit un art occidental pas tout à fait omniprésent en Egypte,
et qu’il n’existe qu’un seul théâtre et une seule troupe de
chant d’opéra au Caire, nous avons la chance d’avoir en
Orient un théâtre de chant lyrique. Le Caire est le seul
pays arabe à posséder une saison d’opéras lyriques ». Cet
avis n’est pas partagé par Amira Sélim qui ne voit pas
d’avenir pour cet art en Egypte. « Je rêve qu’un jour il y
ait plus de théâtres lyriques, en Egypte. Nous avons besoin
d’une réforme du système et des moyens de production qui lui
sont affectés. Si j’étais restée en Egypte, je ne n’aurais
pas pu améliorer ma performance. A l’étranger, on valorise
les gens avec leurs défauts et leurs qualités. Ici, les
choses sont moins distinctes », avance Amira Sélim. Sa prof
Caroline Dumas l’a encouragée à s’inscrire, en France, à une
agence de chanteurs d’opéras, et signer plusieurs contrats.
Sa voix a acquis ainsi plus de maturité au contact de chefs
d’orchestre et de metteurs en scène talentueux. Elle avait
fait une formation similaire à celle de Dalia Farouq, sous
l’égide de la même professeure, Caroline Dumas, à l’Ecole
normale de Paris, qui leur a appris la technique et le style
des mélodies françaises, les habilitant à participer aux
concours internationaux d’audition. Un apprentissage qui a
porté ses fruits lorsqu’Amira Sélim s’est prévalue en 2004
du rôle principal à succès de Lakmé de Léo Delibes, à
l’Opéra de Rennes, puis en 2007 à Saint-Etienne. « Lakmé est
l’opéra le plus proche de mon cœur. C’est un rôle très
populaire en France, pour ses airs de clochettes qui
demandent une virtuosité vocale. J’ai une prédilection pour
les rôles romantiques et passionnels, qui touchent l’émotion
», exprime Amira, dont le deuxième volume du disque Mozart,
l’Egyptien a remporté en 2006 un succès retentissant.
Dalia Farouq, quant à elle, préfère le rôle de Muzetta dans
La Bohème, qui lui a été confié après une audition pour une
production italiano-arabe, où était convié le chef
d’orchestre italien Alessio Vlad. « C’était le rôle qui
convient à merveille à ma voix, capable de perfectionner
l’agilité des notes aiguës. Puccini est mon compositeur
préféré. Ses opéras sont très touchants et riches en drame
», explique Dalia.
Ainsi les deux fameuses sopranos partagent-elles un penchant
naturel pour les rôles chargés d’émotion. Et leur émulation,
non dénuée d’amitié, confirme leur credo commun :
l’essentiel n’est pas de jouer les stars, mais de réussir un
bon spectacle. Amira Sélim se prépare pour un concert
lyrique, le 21 mars avec l’Orchestre philharmonique de
Londres, à la salle Ewart de l’AUC. Alors que Dalia Farouq
chantera en avril dans la salle Cortot, à Paris, accompagnée
au piano de la Géorgienne Olga Bakhutashvili.
Névine Lameï