Iraq-Iran. Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad a effectué cette semaine une visite de deux
jours à Bagdad placée sous le signe de la réconciliation entre les deux pays.
Le rapprochement qui dérange
C’est
sous les drapeaux iraniens et iraqiens flottant et les airs des hymnes
nationaux des deux pays respectifs que Mahmoud Ahmadinejad
est arrivé à Bagdad ce dimanche classant ainsi sa visite dans l’histoire.
Une
rencontre qui a permis de resserrer les liens entre les deux pays avec la
signature ce lundi de sept accords bilatéraux.
Dès
son arrivée à l’aéroport international de Bagdad, le président iranien a
souhaité faire entendre les motifs de sa visite en déclarant lors d’une
conférence de presse commune avec son homologue iraqien Jalal
Talabani : « Ce voyage ouvre une nouvelle page dans les relations bilatérales
et un nouveau climat dans la région (...). Nous avons une compréhension commune
des choses et les deux parties sont déterminées à renforcer leur coopération
politique, économique et culturelle ».
De son
côté, le président iraqien a qualifié cette visite de point positif pour les
relations futures entre l’Iran et l’Iraq. « Nous considérons que cette visite
est historique et est un message envoyé aux peuples iraqien et iranien
indiquant que les relations entre les deux pays sont bonnes », a indiqué M.
Talabani. Cette visite « je le crois, aura des résultats positifs », a-t-il
ajouté. Cette rencontre marque certainement le début d’une nouvelle ère entre
les deux pays, considérés comme acteurs-clés de la région.
En
revanche, du côté occidental et notamment du côté des Etats-Unis, pays avec qui
l’Iran entretient des relations plus que tumultueuses depuis les années 1980,
cette visite n’est pas vraiment perçue d’un très bon œil. Qualifiée de pays
dangereux du fait de son intention de se doter de l’arme nucléaire et de son
hostilité envers Israël, l’Iran, par cette visite, ne fait certes pas plaisir à
Washington.
M. Ahmadinejad a ainsi dénoncé l’occupation américaine en Iraq
en adressant directement un message aux Etats-Unis. « Nous considérons que
l’insécurité, les désaccords et les tensions sont orchestrés par les occupants
de l’Iraq », a-t-il dit, faisant ainsi référence aux 158 000 soldats
actuellement postés en Iraq depuis l’offensive américaine en 2003. Et d’ajouter
: « Les Américains doivent comprendre que les Iraqiens n’aiment pas l’Amérique
» lors d’une rencontre avec le premier ministre Nouri
Al-Maliki.
Cette
rencontre avec le premier ministre, dans le quartier de la « zone verte »,
quartier sous haute surveillance de l’armée américaine du fait qu’il abrite le
Parlement iraqien, les ministères et l’ambassade des Etats-Unis, a fait mugir
Washington qui a affirmé que la sécurité du président iranien ne serait pas
assurée.
Le
président des Etats-Unis, George W. Bush, a d’ailleurs souhaité répondre au
président iranien en déclarant : « Mon message, à son attention, c’est : cessez
d’exporter le terrorisme (...). Le message doit être le suivant : cessez
d’envoyer (en Iraq) des équipements sophistiqués qui tuent ».
Bush
accuse de ce fait l’Iran d’être le principal fournisseur de l’Iraq en matière
d’engins explosifs destinés à servir les combattants chiites contre l’armée
américaine. Les Etats-Unis et l’Iran ont rompu leurs relations diplomatiques
depuis 1980 au même titre que l’Iraq et l’Iran sous le règne de Saddam Hussein.
Ce dernier avait lancé une offensive contre la République islamique entraînant
un conflit sanglant qui dura huit ans et qui coûta la vie à 800 000 personnes. De
nombreux dirigeants chiites iraqiens avaient trouvé refuge en Iran sous le
régime de Saddam Hussein.
Même
si les deux pays ont signé un cessez-le-feu en 1988, les relations bilatérales
ne se sont guère améliorées depuis. Il aura fallu attendre la chute de Saddam
Hussein en 2003 et la domination chiite au pouvoir pour que la situation se
normalise entre Téhéran et Bagdad.
Ahmadinejad profite ainsi de sa visite pour
montrer à Washington une fois de plus que l’Iran est un acteur influent dont il
faut tenir compte en Iraq.
Lynda Kartout