Kenya.
A la suite de la signature d’un accord sur la formation d’un
gouvernement de coalition, gouvernement et opposition ont
repris leurs pourparlers pour s’attaquer aux problèmes de
fond.
Le plus dur reste à faire
Malgré la signature d’un accord entre l’opposition et le
gouvernement, la crise interne kényane est loin d’être
entièrement résolue. Les pourparlers entre les deux camps
ont en effet repris lundi sur les causes profondes de cette
crise post-électorale sanglante, notamment les inégalités
sociales et économiques, les questions foncières et les
réformes constitutionnelles.
Des dossiers bien lourds qui risquent de prendre des
semaines, voire des mois de négociations. Les deux camps
tenteront sans doute de profiter de l’accalmie due à la
signature de l’accord pour tirer le maximum de profit des
négociations à venir.
En effet, deux mois après les élections présidentielles qui
ont marqué le début de la crise politico-sécuritaire dans le
pays, le président kényan Mwai Kibaki et le chef de
l’opposition Raila Odinga ont signé jeudi dernier à Nairobi
un accord de gouvernement afin de mettre fin aux violences
politico-ethniques qui ont ébranlé le Kenya.
Signé en présence du médiateur de l’Union Africaine (UA),
Kofi Annan, et du président de l’UA, le Tanzanien Jakaya
Kikwete, l’accord du gouvernement de coalition prévoit
notamment la création d’un poste de premier ministre et de
deux vice-premiers ministres. Ce premier ministre, poste
jusqu’à présent inexistant au Kenya et qui devrait revenir à
l’opposition, devra être « un membre élu du Parlement ».
Selon l’accord, il précise que la composition du
gouvernement doit exprimer le rapport de force au Parlement
des partenaires de la coalition. M. Kibaki a convoqué le
Parlement ce 6 mars pour entériner l’accord.
Cet accord prévoit aussi la formation d’un gouvernement dont
les portefeuilles seront répartis entre les deux camps
rivaux en proportion de leur représentation parlementaire.
Après la signature de l’accord, M. Odinga a affirmé qu’« un
nouveau chapitre de l’histoire (du Kenya) a été ouvert ».
Mais il a insisté que « cet accord n’est qu’un bout de
papier, le plus important est la volonté de faire la paix »,
a expliqué Odinga. « De très nombreuses plaies ont été
ouvertes dans ce conflit. On a assisté au visage le plus
noir de l’affrontement ethnique dans notre pays ».
L’accord n’est en effet qu’un premier pas pour résoudre
réellement la crise. Il insiste d’ailleurs sur la création
d’une nouvelle Constitution d’ici un an. Kofi Annan lui a
donné une durée de vie maximale de deux années. « Au terme
de ces deux ans, nous referons le point », a-t-il proposé.
En effet, le Mouvement démocratique Orange (ODM) d’Odinga a
le plus grand nombre de sièges au Parlement depuis les
élections législatives qui ont eu lieu en même temps que la
présidentielle le 27 décembre. Ces dernières ont causé ces
affrontements à caractère ethnique, ternissant l’image de
stabilité dont jouissait ce pays. Mais, quelques heures
après la signature de l’accord d’autres incendies ont causé
la mort de trois personnes et fait plusieurs blessés.
Odinga a annoncé qu’il serait aussi nécessaire d’organiser
des réunions avec les dirigeants des communautés ethniques
du pays afin d’engager un processus de réconciliation pour
panser les plaies.
Depuis le début de cette semaine, la communauté
internationale avait accentué ses pressions sur les
dirigeants kényans. A New York, le secrétaire général de
l’Onu, Ban Ki-moon, avait exhorté fermement les parties au
processus national de dialogue et de réconciliation à
prendre sans retard les mesures nécessaires pour trouver une
solution à la crise. « Le différend électoral est maintenant
réglé, le calme est revenu dans le pays et la population va
pouvoir se remettre au travail », a déclaré Odinga. Ce
dernier a souligné que la reconstruction, dont le
financement dépasse les moyens du gouvernement, nécessitera
une aide internationale.
Maha
Salem