Al-Ahram Hebdo, Afrique | Mugabe face au désastre économique
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 5 au 11 Mars 2008, numéro 704

 

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Afrique

Zimbabwe. Le président Mugabe dispute son sixième mandat présidentiel le 29 mars sur fond de crise économique sans précédent. Il devrait toutefois profiter de la division de ses adversaires.

Mugabe face au désastre économique

Le président Robert Mugabe, 84 ans, au pouvoir depuis l’indépendance de la Rhodésie britannique en 1980, sera-t-il réélu, pour un sixième mandat de cinq ans, lors des prochaines élections présidentielles, législatives et locales du 29 mars, ou sera-t-il battu par l’opposition ? L’incertitude est désormais de mise depuis que Mugabe est devenu cible de critiques dans son propre camp face à l’ampleur du désastre économique qu’affronte le pays.

L’entrée en lice pour la présidentielle de son ancien ministre des Finances, Simba Makoni, a infligé un coup sévère au chef de l’Etat, qui comptait sur une victoire facile compte tenu de l’éclatement de l’opposition. Exclu du parti au pouvoir, la Zanu-PF, Makoni se présente en indépendant. La donne a été ainsi bouleversée car Mugabe n’aura pas cette année comme seul grand rival le chef de file de l’opposition Morgan Tsvangirai, leader du Mouvement pour un changement démocratique (MDC), mais aussi un ancien allié, qui promet de s’attaquer à la profonde crise économique.

L’inflation au Zimbabwe bat record mondial sur record, dépassant en janvier 100 000 %. « Le taux annuel d’inflation pour le mois de janvier 2008 (...) est de 100 580,2 %, en hausse de 34 367,9 points par rapport au taux de 66 212,3 % de décembre », a indiqué l’Office central des statistiques (CSO). Cela signifie qu’en un an, les prix de détail ont été multipliés par plus de 1 000. Ce chiffre faramineux et le marasme économique devraient être dans toutes les têtes au moment des élections du 29 mars. « L’état de l’économie va certainement jouer un rôle proéminent dans le scrutin », prédit Rangarirai Mberi, rédacteur en chef d’un hebdomadaire économique, The Financial Gazette. Godfrey Kanyenze, économiste en chef du Congrès des syndicats zimbabwéens (ZCTU, proche de l’opposition), partage cette opinion. « L’état de l’économie sera déterminant dans les élections ». Pour lui, l’approche du scrutin explique d’ailleurs cette dernière envolée. « Elle résulte d’un usage excessif de la planche à billets à des fins électorales », assure-t-il. Le syndicaliste estime que le taux est encore sous-évalué et que l’inflation pourrait être près de 150 000 %.

Depuis huit ans, l’économie du Zimbabwe, autrefois grenier à grains de l’Afrique, se désagrège. Outre cette hyperinflation, le pays souffre de pénuries régulières de denrées et de carburant, d’un taux de chômage de près de 80 % et d’un effondrement de sa production. L’espérance de vie a chuté en dessous de 36 ans. L’Occident accuse la réforme agraire de 2000 suivie de l’expropriation des fermiers blancs d’avoir désorganisé le secteur agricole, un pilier vital de l’économie. Le président Mugabe met en cause les sanctions imposées aux membres de son régime après sa réélection controversée en 2002. Son gouvernement a tenté en juin dernier d’imposer un contrôle des prix qui n’a fait qu’aggraver les pénuries, la plupart des producteurs s’estimant incapables de couvrir leurs frais aux prix imposés. La Banque Centrale a dû dévaluer à plusieurs reprises sa monnaie et a introduit en janvier des billets allant jusqu’à 10 millions de dollars zimbabwéens. Les Zimbabwéens survivent en faisant des courses avec des sacs de billets — souvent au marché noir —, en sautant des repas, en ne se déplaçant qu’à pied et grâce à l’aide financière de la diaspora. David Mupamhadzi, économiste au sein du groupe bancaire Zimbabwe Allied, craint que leur situation ne devienne encore plus difficile. « Les prix sont déjà hors d’atteinte pour la plupart, cela va empirer », regrette-t-il.

Makoni, comme d’autres adversaires de Mugabe, impute la responsabilité de cette situation à une gestion catastrophique du pays par le chef de l’Etat. Le président répond d’ordinaire que les problèmes économiques du Zimbabwe sont le résultat du sabotage du pays par les puissances occidentales, qu’il accuse de comploter pour le chasser du pouvoir en raison de sa politique d’expropriation des terres appartenant aux Blancs pour les redistribuer aux Noirs. Le dirigeant a récemment affirmé que l’ancienne puissance coloniale britannique et ses alliés tentaient de déstabiliser le pays en envoyant des centaines de personnes au Zimbabwe sous couvert d’organisations non gouvernementales. Les opposants à Mugabe voient là une nouvelle accusation destinée à masquer les propres failles du gouvernement mais placent dans l’élection du 29 mars quelques « minces » espoirs de changement, en raison de la division de l’opposition.

Autrefois une vraie force, le MDC, qui représentait une vraie menace pour le régime au début des années 2000, est scindé en deux factions depuis 2005 et ne parvient pas à se réconcilier. Le leader de la faction minoritaire dissidente, Arthur Mutaramba, a indiqué qu’il soutenait Makoni. Après l’annonce de la candidature de ce dernier, certains observateurs avaient estimé que le leader du MDC, Morgan Tsvangirai, lui aussi candidat déclaré à la présidentielle, pourrait se rallier à lui. Mais il a maintenu sa candidature, expliquant que leurs différences étaient trop importantes. Tout en louant le courage et le patriotisme de Makoni, qui a démissionné du gouvernement en 2003, Tsvangirai a souligné qu’il « était resté membre du bureau politique de la Zanu-PF, alors que les espoirs de libération étaient ruinés, l’économie détruite, un quart de la population en fuite ». « Il est resté et n’a rien fait », a-t-il martelé. En 2002, M. Tsvangirai était déjà candidat contre le président Mugabe, qui avait été réélu dans un scrutin qualifié de frauduleux par l’opposition et les Occidentaux.

Hicham Mourad

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