La culture de la vantardise
Salama
A. Salama
Pendant
les mois chauds de l’été, alors que les Egyptiens sont
exposés aux dangers du trou dans la couche d’ozone et des
rayons ultraviolets, les médias lancent des campagnes
impressionnantes pour vendre l’illusion de la belle vie dans
les villas et les résidences de luxe, que ce soit dans les
villages touristiques, sur les plages ou dans les villes
nouvelles.
Une publicité provocante d’un projet immobilier, qu’on ne
peut lire ni en Europe ni même aux Etats-Unis, dit : «
Désolé, ces palais de luxe ne sont pas destinés à n’importe
qui ! ». Cela pour confirmer à la majorité de la société
qu’elle n’est pas digne de ce luxe et qu’elle ne le mérite
pas.
L’Egypte connaît actuellement une énorme expansion des
investissements immobiliers. Une expansion gouvernée par les
excédents pétroliers du Golfe qui recherchent des
investissements et des gains, sur le marché égyptien par
exemple. Un marché épuisé, divisé en une tranche d’hommes
d’affaires et de courtiers de la nouvelle classe d’une part,
et une majorité écrasante d’artisans, employés, paysans et
ouvriers qui subviennent à peine à leur besoins
élémentaires, d’autre part.
Cette campagne est accompagnée d’une autre campagne
publicitaire non moins violente lancée par les sociétés de
téléphonie portable. Celles-ci exploitent les mentalités
superficielles et incitent le public à prolonger ses appels
parfois sous prétexte que le coût de ces appels sera
consacré à des œuvres de charité, comme la construction
d’écoles et d’hôpitaux, ou parfois pour gagner des prix sans
valeur.
Selon les économistes, le flux des investissements destinés
à la construction des villages touristiques et des villas de
luxe pour une tranche ne dépassant pas les 0,5 % de la
société et qui ne les utilise que quelques jours par an est
à même de ranimer l’économie. Cependant, à l’instar de
l’expansion des réseaux de lignes portables, ces
investissements ne servent que peu l’économie. De plus, ils
créent un nombre limité d’offres d’emplois. Ce sont en effet
des activités non-productives dont l’effet disparaît dès
qu’elles sont achevées, sans laisser aucune trace.
Le ministre de l’Habitat est intervenu dans les médias pour
défendre la politique de la vente de terrains aux enchères
aux sociétés d’investissements du Golfe. Il a indiqué que
ces ventes avaient apporté à la trésorerie de l’Etat des
dizaines de milliards de livres. Cependant, il a omis de
citer combien d’appartements et d’habitations ces compagnies
présentent aux citoyens aux revenus limités.
La diffusion par l’Etat de la culture de la vantardise et de
la prodigalité dans un pays pauvre qui compte sur les aides
étrangères, dont le revenu par habitant ne dépasse pas les 1
200 dollars par an et dont 40 % des habitants vivent en
dessous du seuil de pauvreté pousse certains à vivre dans un
monde imaginaire de prospérité et de rêves où le désert se
transforme en paradis.
Ces investissements fastueux soulèvent des questions autour
des facilités que présente l’Etat aux investisseurs
étrangers. Ces investissements servent-ils seulement les
classes privilégiées ou bien des projets productifs aux
revenus permanents qui profitent à la société dans toutes
ses tranches ?.