Iraq.
Les profondes divergences entre sunnites et chiites mettent
en danger le gouvernement de Nouri
Al-Maliki. Le dialogue est mis à
mal et les Etats-Unis appellent les pays arabes au secours.
La réconciliation menacée d’épuisement
Pendant que la population iraqienne célébrait son équipe
nationale qui a remporté, dimanche dernier, la Coupe d’Asie
de football pour la première fois, la situation en Iraq
glisse, de plus en plus, vers l’impasse. En plus de la
violence et des attentats terroristes quasi quotidiens, la
situation politique est elle aussi en crise. En effet, le
principal parti sunnite et le gouvernement chiite continuent
à échanger les accusations. Le plus important groupe
politique sunnite iraqien, le Front de la concorde
nationale, a rejeté samedi les déclarations du gouvernement
de Nouri
Al-Maliki, publiées la veille dans un communiqué du
porte-parole du gouvernement, M. Ali
Al-Dabbagh accusant le Front d’entraver le processus
de réconciliation nationale en se retirant du cabinet. Ces «
déclarations sont un tissu de mensonges et de déformation de
nos positions », a indiqué dans un communiqué le Front de la
concorde nationale.
Tout a commencé lorsque les six ministres représentant ce
groupe sunnite ont décidé, en juin dernier, de boycotter les
réunions du gouvernement pour protester contre un mandat
d’arrêt lancé contre l’un de ces ministres, Mahmoud
Machhadani. Le Front de la
concorde, qui compte 44 sièges sur 275 au Parlement iraqien,
a donné, mercredi 25 juillet, une semaine au premier
ministre chiite pour répondre à ses exigences et pour mettre
fin aux campagnes d’arrestations menées, selon lui, par des
milices chiites alliées à la coalition gouvernementale d’Al-Maliki
dans les localités et quartiers sunnites. Faute de quoi, il
prendrait de nouvelles mesures sur sa participation au
gouvernement sans exclure le départ définitif de ses
ministres du cabinet. Une mise en garde à laquelle M.
Dabbagh s’est contenté de
répondre : « Le Front sait que le gouvernement iraqien n’a
pas fait venir de milices au sein des forces armées, mais
qu’il les a combattues ». De son côté, le député
Ezzat
Al-Shahbender, de la Liste nationale iraqienne, a
réagi en disant : « Le Front de la concorde est un
partenaire-clé de la coalition
gouvernementale et son retrait peut provoquer la
chute du gouvernement ».
Des échanges qui soulignent les profonds désaccords qui
minent le gouvernement iraqien au moment où le Parlement
doit ajourner sa session pour les vacances estivales sans
avoir adopté d’importantes mesures visant la réconciliation
nationale, prônée par Washington. Ce qui donne l’occasion à
cette dernière d’insister sur la présence des troupes
américaines en Iraq. Le président Bush a ainsi justifié cela
en déclarant qu’Al-Qaëda en Iraq
avait des liens étroits avec le chef du réseau mondial,
Ossama bin
Laden, responsable des attentats du 11 septembre, en
s’appuyant sur un récent rapport des services de
renseignements américains.
Mal en point en Iraq, l’Administration Bush se tourne donc
vers les pays arabes. La secrétaire d’Etat américaine,
Condoleezza
Rice, et le secrétaire à la Défense, Robert Gates,
ont entamé lundi dernier une visite au Proche-Orient.
Objectif : essayer de convaincre les nations arabes qu’elles
ont plus à perdre en conservant une position attentiste par
rapport à l’Iraq qu’en aidant ce pays à se redresser. « Les
Etats-Unis veulent convaincre tous les pays de la région
d’être actifs d’une manière qui aide », explique Samir
Sumaidaie, ambassadeur de l’Iraq
à Washington. « Attendre et regarder, ce n’est pas une
attitude qui aide », a-t-il ajouté. Washington veut donc
pousser les pays voisins de l’Iraq à contribuer à la
stabilisation de ce pays et à soutenir son gouvernement
dirigé par des chiites. Le but de la tournée des deux
responsables est aussi de tenter de rassurer leurs alliés
arabes, surtout les pays du Golfe, qui s’inquiètent du
risque que pourrait provoquer un retrait trop rapide des
troupes américaines.
Mais cette mission n’est pas facile. Selon des diplomates,
les pays arabes, avec leurs populations à majorité sunnite,
voient peu d’avantages à soutenir le gouvernement de Bagdad,
considéré comme hostile aux sunnites, même si leurs
dirigeants craignent une propagation du conflit si le régime
iraqien s’effondre. Certains voisins de l’Iraq tolèrent
même, ou peut-être soutiennent en secret, les affrontements
internes en Iraq visant les forces américaines et les
milices chiites. Pour faciliter sa tâche, Washington, a
annoncé, avant l’arrivée dans la région de
Rice et Gates, une série de
contrats d’armement avec l’Arabie saoudite et cinq autres
pays du Golfe (Emirats arabes unis, Koweït, Qatar, Bahreïn
et Oman) pour un montant au moins de 20 milliards de dollars
selon la presse américaine. Ces contrats qui constituent les
plus importantes cartes de négociation de l’Administration
Bush.
Yasmine
Chérif